Anne-José Lemonnier (1958- 2024) : Epreuves du soleil
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Epreuves du soleil
J’avais cueilli en toi de quoi mourir
doucement dans la lie haute du silence
le gué de ton corps ensevelissait l’or
d’un verbe fraternel épreuves d’absolu
sous le baume sensuel des fenaisons
carillonnait la tourmente d’été
nos morts hantaient les granges bleues
du jour semence de splendeur nocive
et je te regardais pour mieux mourir
tu abreuvais ce drame de lumière
moulin de connaissance l’adoration
crucifia en toi la nuit de mon poème
La souffrance par la lumière suinte
des marches intimes de nos vies
les nuages méditent
l’épître des saisons
et s’emmurent conscients
dans la liberté sobre des arbres
sur les claies
hautes de désir
un long devoir mûrit
l’exaucement du corps
et tissant
l’heure translucide
l’étrave bleue
de tes sourires
émerveille la pauvreté
de la parole havre fatal
La vie fait une flambée
de tous les cœurs
nous avons beau lutter
une passion arrime
la démence et l’espoir
à la pitié des lunes
fenouils ivres du corps
dont le lyrisme infuse
un langage plénier
entre nos mains
fondent les souffles
de l’inquiétude innée
la mort et l’amour
vont distillant
notre être
image par image
selon l’ensorcellement
d’ineffables grandeurs
Dans l’herbe d’une magie paisible
tu guéris la souffrance tu fais
de son désir une pure extase
écris vite le monde dort docile
entre ses pôles de plénitude
la nuit est une gourde de lumière
bois vite les trains scandent
le chœur des dualités fatales
l’angoisse menace les pampres
ajuste chaque caresse à l’aune
de sa douleur ton corps saigne
la liesse de l’imagination
Clé de sable et de miel
tu scellas en ton corps
les dons de la lumière
j’entretenais sans fin
l’inquiétude charmeuse
d’un vigne assoiffée
de forces alluviales
dans l’osmose de la pierre
et du fleuve les serments
fusent inextinguibles
éclats d’humanité
qu’un baiser éternise
nous renaissons
aux délices du verbe
la lampe de ton souffle
à mon chevet éclaire
une victoire de l’âme
au-dessus de la mort
gravite la sagesse
des amants ivres
de paradis
Il y eut un don
par l’âme
exerçant
son emprise
une soudure
de splendeurs
en nos bras
et nous glanions
sur l’inachèvement
les airelles vives
des voix humaines
le goût d’une blessure
efficace attise l’être
mais les mots tremblent
d’humilité devant
l’indescriptible profusion
leurs jonchées de désirs
exsudent la lumière
d’une paix virginale
dans le recueillement
des crépuscules
Peu de vœux aboutissent
mais la sagesse ourle
de brumes mélodieuses
les plages
avec la conversion
des larmes
en gratitude
alterneront
l’éclipse
et le regain
du sens
l’été tel
une ascension
de la désespérance
moissonne le silence
et la parole au feu
de son éreintement
écoute les souffles
de sereines divinations
la miséricorde des merles
éteint le sacrifice
des blés à la lumière
tu nourris le reflet
de la beauté des jours
dans leur brûlure vaine
notre existence érige
son âtre bleu
par delà nos vies
iris enténébrés
de passion
jusqu’à souffrir
d’implacables délires
la parole est un gué
de la voie lactée
sur nos fronts
des grèves immenses
absorbent nos pas
tu signes avec l’amour
la teneur de tes actes
la prophéties du lierre
sur les calvaires
où nous guettons l’aveu
de fièvres transfigurantes
Le temps octroie
le mûrissement
tout se fait don
l’acceptation
de la blessure
garde l’amour
intact
l’âme est un osier
d’outremer tressé
mythiquement
le ciel offre aux images
un magnificat de couleurs
dans l’ordalie des vagues
les gestes des amants
prennent une douceur
de gloire
force de racines
génie de l’affection
la poésie nous voue
aux récifs absolus
dans le mystère
d’une liberté
forgeant un mât
de son silence
Incendiaire
des jours
dans l’unité
de ta folie
tu obéis
au tourment
de l’été
avec l’haleine
du soleil
sur les champs
pour dégager
des profondeurs
de la patience
et de la mort
doux lent et sûr
le principe d’amour
le sang respire
toute fidélité
au travail
du poème
comme un sourire
de ténèbres éblouies
Une soif nous tenaille
de nager sans limites
le baume de l’eau
doue le corps
d’une sublime
sensualité
par la fluidité
lumineuse
des vérités
la vie et la mort
s’intervertissent
la connaissance coule
sur le village
aux toits tranquilles
une joie immortelle
enfile comme
des perles
pour les convier
au bruissement
des rêves de génie
les saisons et les hommes
La Paque des mers
Editions Rougerie, 87330 Mortemart, 1986
De la même autrice :
« Au lieu de pleurer… » (06/11/2017)
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