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Poèmes de la Somme athéologique (2)
Le Coupable
Trop de jour trop de joie trop de ciel
la terre trop vaste un cheval rapide
j’écoute les eaux je pleure le jour
la terre tourne dans mes cils
les pierres roulent dans mes os
l’anémone le ver luisant
m’apportent la défaillance
dans un suaire de roses
une larme incandescente
annonce le jour.
absence de tonnerre
éternelle étendue des eaux pleurantes
et moi la mouche hilare
et moi la main coupée
moi je mouillais mes draps
et j’étais le passé
l’aveugle étoile morte
chien jaune
il est là lui
l’horreur
hurlant comme un œuf
et vomissant mon cœur
dans l’absence de main
je crie
je crie au ciel que
ce n’est pas moi qui crie
dans ce déchirement de tonnerre
ce n’est pas moi qui meurs
c’est le ciel étoilé
le ciel étoilé crie
le ciel étoile pleure
je tombe de sommeil
et le monde s’oublie
enterrez-moi dans le soleil
enterrez mes amours
enterrez ma femme
nue dans le soleil
enterrez mes baisers
et ma bave blanche
Sur Nietzsche
M’exprimant sur l’état que désigne un sobriquet (le pal), j’écris ces quelques
lignes en forme de thème de méditation :
je me représente : un objet d’attrait,
la flamme
brillante et légère
se consumant en elle-même,
s’annihilant
et de cette façon révélant le vide,
l’identité de l’attrait,
de ce qui enivre
et du vide ;
Je me représente
le vide
identique à une flamme,
la suppression de l’objet
révélant la flamme
qui enivre
et illumine
Et je crie
hors des gonds
qu’est-ce
plus d’espoir
en mon cœur se cac1he
une souris morte
la souris meurt
elle est traquée
et dans ma main le monde est mort
soufflée la vielle bougie
avant de me coucher
la maladie la mort du monde
je suis la maladie
je suis la mort du monde.
Le silence dans le cœur
au coup de vent violent
mes tempes battent la mort
et une étoile tombe noire
dans mon squelette debout
noir
silence j’envahis le ciel
noir ma bouche est un bras
noir
écrire sur un mur en flammes
noires
le vent vide de la tombe
siffle dans ma tête.
Le silence fou d’un pas
le silence d’un hoquet
où est la terre où est le ciel
et le ciel égaré
je deviens fou.
J’égare le monde et je meurs
je l’oublie et je l’enterre
dans la tombe de mes os.
Ö mes yeux d’absent
de tête de mort.
Espoir
ô mon cheval de bois
dans les ténèbres un géant
c’est moi ce géant
sur un cheval de bois.
ciel étoilé
ma sœur
hommes maudits
étoile tu es la mort
la lumière d’un grand froid
solitude de la foudre
absence de l’homme enfin
je me vide de mémoire
un soleil désert
efface le nom
étoile je la vois
son silence glace
il crie comme un loup
sur le dos je tombe à terre
elle me tue je la devine
Ô les dés joués
du fond de la tombe
en des doigts de fine nuit
dés d’oiseaux de soleil
saut d’ivre alouette
moi comme la flèche
issue de la nuit
ô transparence des os
mon cœur ivre de soleil
est la hampe de la nuit.
L'Archangélique et autres poèmes
Editions Gallimard (Poésie), 2008
Du même auteur :
L’aurore / Le vide (09/10/2018)
Invocation à la chance (29/09/2024)
Poèmes de la Somme Athéologique (1) (29/09/2025)