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Le bar à poèmes
19 octobre 2026

François Pétrarque / Francesco Petrarca (1304 - 1374) : « Des plus beaux yeux... / « Da’ piú belli occhi... »

Portait de Pétrarque par Jacques Le Bouc. Bibliothèque municipale d'Arras

 

 

 

 

Des plus beaux yeux, et du plus clair visage

 

Qui oncques fut, et des beaux cheveux longs,

 

Qui faisaient l’or et le soleil moins blonds,

 

Du plus doux ris, et du plus doux langage,

 

 

 

Des bras et des mains qui eussent en servage

 

Sans se bouger mené les plus félons,

 

De celle qui du chef jusqu’aux talons

 

Semblait divin, plus qu’humain personnage,

 

 

 

Je prenais vie. Or d’elle se consolent

 

Le roi céleste, et ses courriers qui volent,

 

Me laissant nu aveugle en ce bas être :

 

 

 

Un seul confort attendant à mon deuil,

 

C’est que là-haut, elle qui sait mon veuil

 

M’impétrera qu’avec elle puisse être.

 

 

 

 

 

Traduit de l’italien par Clément Marot


in, « Six sonnets de Pétrarque sur la mort de sa dame Laure »


Au Palais en la bouticque de Gilles Corrozet,1539,


Orthographe modernisée par Françoise Morvan


in, « Clair soleil des esprits. Amour  et mort à l’âge baroque »


Editions Mesures, 2025

 

 

     Des plus beaux yeux et du front le plus clair qui jamais ait brillé, et des plus

 

beaux cheveux qui faisaient paraître moins beaux et l’or et le Soleil ; du plus

 

doux parler et du plus doux sourire ;

 

 

 

     Des mains, des bras qui, sans se mouvoir, auraient triomphé des rebelles les

 

plus hardis qu’Amour trouva jamais ; des pieds agiles, les plus beaux qu’on ait vus,

 

et de toute cette personne formée en paradis,

 

 

 

     Mes esprits recevaient la vie ; ils charment maintenant le Roi des cieux et ses

 

courriers ailés, et moi je suis resté ici aveugle et dépouillé.

 

 

 

     Je n’attends qu’un seul soulagement à mes peines, c’est que celle dont le regard

 

pénètre toutes mes pensées obtienne par grâce que je puisse être avec elle.

 

 

 

Traduit de l’italien par le comte Ferdinand Léopold de Gramont


In, Pétrarque : « Canzoniere »


Editions Gallimard (Poésie), 1983

 

 

Du même auteur :

 

« Quand parfois, au milieu d’autres dames… / « Quando fra l'altre donne ad ora ad ora… » (30/08/2017)


« La vie fuit... » / « La vita fugge... » (21/02/2019)


« A chaque pas je me tourne en arrière... » / « Io mi rivolgo indietro a ciascun passo... » (19/10/2021)


 De mon visage il pleut larmes amères... » / « Piovonmi amare lagrime dal viso... » (19/10/2022)


« La douceur des coteaux... » / « Je dolci colli... » (19/10/2023)


« Comme un pauvre vieillard... / Movesi il vecchierel... » (19/10/2024)

 

« Le premier jour que trépassa la belle... / « Li angeli elleti, e l'anime beata... » (19/10/2025)

 

 

 

Da’ piú belli occhi, et dal piú chiaro viso


che mai splendesse, et da piú bei capelli,


che facean l’oro e ’l sol parer men belli,


dal piú dolce parlare et dolce riso,

 



da le man’, da le braccia che conquiso


senza moversi avrian quai piú rebelli


fur d’Amor mai, da’ piú bei piedi snelli,


da la persona fatta in paradiso,

 



prendean vita i miei spirti: or n’à diletto


il Re celeste, i Suoi alati corrieri;


et io son qui rimaso ignudo et cieco.

 



Sol un conforto a le mie pene aspetto:


ch’ella, che vede tutt’i miei penseri,


m’impetre grazia, ch’i’ possa esser seco.

 

 

Poème précédent en italien :

 

Luigi Capelli : Soir au Lido / Sera al lido (19/09/2026)

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