Myrddin (vers 540 - ?) : Chant des pourceaux
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Merlin, changé en cerf, rencontre l'empereur César (manuscrit de la Suite-Vulgate, XIIIéme siècle
Le chant des pourceaux
Ecoute petit pourceau. J’ai peine à dormir
tant mes chagrins m’agitent
Pendant dix et quarante ans j’ai tant souffert
que maintenant la joie me fait mal.
Qu’importe à Rydderch (1), en fête cette nuit,
que j’ai passé la nuit dernière sans dormir,
la neige au-dessus du genou
et des aiguilles de glace dans les cheveux – triste sort ! –
Ecoute petit pourceau. La montagne n’est-elle pas verte ?
Mon manteau est mince – pour moi plus de repos –
Pâle est mon visage – Gwendydd ne vient plus me voir –
Quand les hommes de Brynych mèneront leurs armées sur ces rivages,
les Kymris seront vainqueurs et le jour sera glorieux.
Ecoute petit pourceau. Ce n’est pas mon dessein
d’entendre les oiseaux d’eau qui mènent grand tapage.
Mes cheveux sont rares, mon vêtement n’est pas chaud,
le vallon est mon grenier mais je n’ai pas de blé,
peu satisfaisante est ma récolte de l’été.
Depuis la bataille d’Arderyd (2) plus rien ne me touche
même si le ciel tombait et la mer débordait.
(1) Rydderch, roi de Strathclyde, en Bretagne insulaire, vers 570 – 600. Il est l’époux de
Gwendydd, sœur de Myrddin (Merlin).
(2) La bataille d’Ardery ; en 576, opposa deux factions des Bretons du Nord.
Myrddyn, gagné par la folie, se réfugia dans la forêt, pour ne plus en sortir.
Traduit du gallois par Jean Markale
in, « Les grands bardes gallois »
Editions Jean Picollec, 1981
Du même auteur : Les pommiers (30/08/2025)