L’épopée de Gilgameš (2100 avant J.C.) : Tablette VI (2)
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L’épopée de Gilgameš
(Version ninivite)
TABLETTE VI
Nouveau triomphe et démesure :
Le Taureau – céleste
....................................................................
Anu lui demande de parer à la famine provoquée par les ravages
du Taureau
Anu ouvrit donc la bouche
Et prit la parole,
Pour s’adresser
A Ištar-la-Princesse :
« Si tu obtiens de moi
Le Taureau,
Ce seront, pour le pays d’Uruk,
Sept années de famine !
Tu devrais donc d’abord
Amonceler le grain
Et faire abonder
La verdure ! »
Ištar mensongèrement le rassure
Ištar ouvrit la bouche
Prit la parole
Et s’adressa
A son « père » Anu :
« Mon « père »
Je t’ai obéi :
J’ai déjà mis en place
.......
En prévision
Des sept années de famine,
J’ai amoncelé
Du grain
Et fait abonder
La verdure ! »
Anu lui accorde le Taureau géant
Lorsque Anu eut ouï
Cette déclaration d’Ištar
Il lui remit
La longe du Taureau ;
Et Ištar, la tenant en main,
L’emmena avec elle.
Lequel provoque des désastres
Lorsqu’ils furent arrivés
En plein centre d’Uruk
Au premier ébrouement du Taureau
S’ouvrit une crevasse,
Et deux cents, trois cents habitants d’Uruk
Y furent précipités.
Oui ! deux cents, trois cents habitants d’Uruk
Y furent précipités !
A son deuxième ébrouement
S’ouvrit une autre crevasse,
Et deux cents, trois cents habitants d’Uruk
Y furent précipités.
Oui ! deux cents, trois cents habitants d’Uruk
Y furent précipités !
Enkidu se saisit du Taureau et cherche à l’abattre
A son troisième ébrouement,
Une crevasse s’ouvrit tout près d’Enkidu,
Lequel y tomba
Jusqu’à la ceinture !
Mais il en sortit d’un bond
Et se saisit du Taureau par les cornes.
En lui résistant le Taureau
Bavait, par devant,
Et, par derrière,
Laissait choir de la bouse !
Il suggère à Gilgameš une tactique pour abattre le Taureau
Ouvrant alors la bouche
Et prenant la parole,
Enkidu s’adressa
A Gilgameš en ces termes :
Mon ami, nous nous sommes glorieusement tirés
De la forêt des Cèdres,
Mais comment faire face
A ce nouveau péril ?
...................
Puis, entre cou,
Cornes et nuque du Taureau
Tu longeras ton coutelas^
Ils le tuent
Enkidu, poursuivant le Taureau,
Se mit derrière lui
Et le saisit
Fermement par la queue
Et Gilgameš, comme un
Vaillant
Plongea son coutelas
Entre cou, cornes et nuque du Taureau,
et offrent son cœur à Samaš
Le Taureau abattu
Ils lui arrachèrent le cœur,
Qu’ils déposèrent devant Samaš ;
Puis, s’étant écartés,
Ils se prosternèrent devant ce dieu,
Et s’assirent, tous deux
Côte à côte.
Lamentation d’Ištar humiliée et furieuse
Cependant, Ištar,
Montée sur le rempart d’Uruk-les-clos,
Prit la tenue du deuil
Et jeta une longue plainte :
« Gilgameš m’a humiliée :
En tuant le Taureau-céleste ! »
Enkidu ne l’en insulte que plus gravement
Mais lorsqu’Enkidu entendit
Ces paroles d’Ištar,
Il arracha une patte du Taureau,
Et la lui jeta au visage en disant :
« Si seulement je t’avais attrapée,
Toi aussi,
Je t’en aurais fait autant !
Je t’aurais suspendu aux bras
Sa tripaille ! »
Ištar pleure le Taureau
Alors, Išta rassembla
Prostituées, Courtisanes et Filles-de-joie,
Pour faire une déploration
Devant la patte du Taureau !
Gilgameš conserve et fait orner les cornes du Taureau
Apres quoi, Gilgameš convoqua, au complet,
Artisans et travailleurs du métal,
Lesquels louèrent l’épaisseur
Des cornes du Taureau :
Leur masse
Faisait trente kilos de lazulite,
Et leur placage d’or
Un kilo !
A toutes d’eux, leur capacité
Etait de mille huit cents litres d’huile !
pour les offrir au culte de son père
Gilgameš en fit offrande
Pour les onguents de Lugalbanda, son protecteur :
Les ayant donc introduites
En la Chambre du Chef-de-sa-Famille,
Il les y suspendit !
Promenade triomphale des deux héros en ville
Gilgameš et Enkidu lavèrent ensuite leurs mains
Dans l’Euphrate
Et s’en furent
De compagnie,
Déambuler-à-char
Par les rues de leur ville,
Sous les regards
Des habitants d’Uruk rassemblés !
Gilgameš se glorifie lui et Enkidu
Et Gilgameš disait
Aux femmes qui servaient en son Palais :
« Qui est
Le plus beau des gaillards ?
Qui est
Le plus glorieux des mâles.
Le plus beau des gaillards,
C’est Gilgameš !
Le plus glorieux des mâles.
C’est Enkidu !
C’est nous qui, de colère,
Avons jeté contre Ištar la patte du Taureau :
Et elle n’a trouvé, en la ville
Personne pour la consoler !
La fête finale et le songe d’Enkidu
Et Gilgameš
D’organiser en son Palais
De grandes réjouissances !
Mais tandis que dormaient les Gaillards
Allongés en leur lit,
Enkidu, endormi lui aussi,
Vit un songe,
Qu’à son réveil
Il raconta
A son ami,
En ces termes :
Traduit de l’akkadien par Jean Bottéro
in, « L’épopée de Gilgameš, le grand homme qui ne voulait pas mourir »
Editions Gallimard 1992
Du même auteur :
L’épopée de Gilgameš : Tablette I (14/04/2022)
Tablette II et III (14/04/2023)
Tablette IV (1 et 2) (14/04/2024)
Tablette V (14/04/2025)
Tablette VI(1) (14/04/2026)