L’épopée de Gilgameš (2100 avant J.C.) : Tablette VI (1)
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L’épopée de Gilgameš
(Version ninivite)
TABLETTE VI
Nouveau triomphe et démesure :
Le Taureau – céleste
Gilgameš de retour, se fait beau
Gilgameš lava sa crinière
Se mit un bandeau propre,
Et rejeta
Ses boucles dans son dos.
Il quitta son linge sali,
Pour en revêtir de net,
S’enveloppant d’une large tunique,
Qu’il lia d’une écharpe.
Ištar tombe amoureuse de lui
Quand il eut
Coiffé sa couronne
Ištar-la-princesse fut fascinée
Par la beauté de Gilgameš.
Et lui offre sa main
« Allons, Gilgameš lui dit-elle
Epouse-moi !
Offre-moi
Ta volupté !
Sois mon mari,
Je serai ton épouse !
En lui détaillant les charmes de cette union
Je te ferai équiper
Un char de lazulite et d’or,
Aux roues d’or pur,
Au guide-rênes en ambre,
Attelé de bêtes fougueuses :
De grands mulets,
Pour t’introduire en nôtre Palais,
Parmi les fragrances du cèdre !
Et quand
Tu y pénètreras
Les plus hauts dignitaires du clergé
Te baiseront les pieds !
Se prosterneront devant toi
Les rois, les seigneurs et les princes !
Ils t’apporteront en tribut
Tous les produit de l’étranger et de chez nous.
Tes chèvres ne mettront bas que triplés,
Tes brebis que bessons ;
A la charge, tes ânons l’emporteront
Sur les mulets adultes ;
Tes chevaux de char
Triompheront à la course ;
Et tes bœufs, sous le joug,
N’auront pas leur pareil.
Il refuse, et rappelle les prétentions d’Ištar
Mais Gilgameš ouvrit la bouche,
Prit la parole
Et s’adressa
A Ištar-la-princesse :
« Combien devrai-je te payer
Si je t’épouse ?
Te faudra-t-il pour ton corps,
Parfums et garde-robes ?
Te faudra-t-il
Provisions et victuailles ?
Devrai-je te nourrir
D’une chair divine ?
Et te désaltérer
De breuvages royaux ?
Me faudra-t-il t’envelopper
D’une cape ?
Non, je ne veux pas de toi
Pour épouse !
Ses faux semblants
Car tu n’es qu’un fourneau
Qui s’éteint au froid
Une porte branlante
Qui n’arrête ni courants d’air, ni vents ;
Un palais qui s’écrase
Sur ses plus braves défenseurs ;
Un éléphant
Qui jette à bas son harnachement ;
Un morceau-de-bitume
Qui souille qui le touche ;
Une outre
Qui se vide sur son porteur
Un bloc de pierre-à-chaux
Qui cause l’effondrement d’un mur de pierre ;
Un bélier-de-siège
Qui démolit le rempart d’alliés ;
Une chaussure
Qui blesse son porteur !
Et ses infidélités
Pas un de tes amants
Que tu aurais aimé toujours !
Pas un de tes favoris
Qui aurait échappé à tes pièges !
Viens çà, que je te récite
Le triste sort de tes amoureux !
Tammuz
Tammuz
Le chéri de ton jeune âge,
Tu lui as assigné
Une déploration annuelle !
Le Rollier
Le Rollier polychrome,
Tu l'as aimé,
Puis tout à coup, tu l’as frappé,
Et tu lui as brisé les ailes !
Et le voilà, réfugié dans les bois
Et qui piaille : « Mes ailes ! »
Le lion
Le lion, à la vigueur incomparable
Tu l’as aimé,
Puis tout à coup, tu n’as cessé de lui faire tendre
Embûches sur embûches !
Le cheval
Le Cheval, passionné de combat,
Tu l’as aimé,
Puis tout à coup, tu lui as assigné
Le Fouet à pointes de lanières ;
Tu l’as condamné
A des courses sans fin,
Et à ne boire son eau
Qu’après l’avoir souillée !
Tu as même endeuillé
Sa mère Silili !
Le Pâtre
Tu as aimé le Pâtre
Le Berger-chef
Qui te préparait assidûment
Galettes cuites sous la cendre,
Et chaque jour
Te sacrifiait ses chevrettes,
Puis tout à coup, tu l’as frappé
Et changé en loup,
Si bien que ses propres valets
Le pourchassent,
Et que ses chiens
Lui entament l’arrière-train !
Le Jardinier
Tu as aimé Bullânu,
Le Jardinier de ton Père,
Qui ne cessait de t‘offrir
Des dattes par couffins
Et te procurait tous les jours
Un menu plantureux.
Tu avais jeté les yeux sur lui
Et tu l’étais allée provoquer :
« Jouissons de ta vigueur,
Mon petit Bullânu !
Avance donc ta main
Et me touche la vulve ! »
Mais Bullânu
Te disait
« Que me demandes-tu là ?
Ma mère n’a-t-elle pas cuisiné ?
Et n’ai-je pas déjà mangé ?
Tu ne m’offres pour aliments
Que pain de malédiction et d’opprobres,
Et, contre le froid,
Que joncs pour me couvrir ! »
Et toi,
En l’entendant ainsi parler,
Tu l’as frappé
Et changé en Crapaud,
L’assignant à demeure
A son lieu de travail,
Où
Ne monte ni ne descend !
Alors moi aussi, si tu m’aimes,
Tu me traiteras donc comme eux ! »
Fureur d’Istar qui va demander à son père de qoui venger
ces rebuffades et insultes
Lorsqu’elle eut
Entendu tout cela,Istar furibonde
Grimpa jusqu’au ciel
Et s’en fut sangloter
Devant son « père » Anu,
Et laisser découler ses larmes
Devant Antu, « sa mère » :
Mon « père »
Gilgameš m’a couvert d’opprobres !
Gilgameš m'a récité
Une série d’ignominies,
D’ignominies
Et d’imprécations ! »
Mais Anu ouvrit la bouche,
Et, prenant la parole,
S’adressa
A Ištar-la-Princesse :
« Eh ! Serait-ce pas toi qui aurais cherché noise
Au roi Gilgameš ?
Voilà pourquoi
Il t’a récité tant d’ignominies,
D’ignominies
Et d’imprécations ! »
Elle lui réclame le Taureau-céleste géant
Ištar ayant alors ouvert la bouche
Et pris la parole
S’adressa
A son « père » Anu :
« Crée-moi le taureau-céleste, mon « père »,
Que je tue Gilgameš,
Et que j’incendie
Sa Demeure !
Si tu ne m’accordes pas
Ce Taureau,
Je frapperaî
..... de sa Demeure !
Puis, dirigeant mes pas
Vers les Régions-infernales,
J’en ferai remonter les morts,
Qui dévorerons les vivants,
Et je multiplierai les morts
Aux dépens des vivants ! »
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Traduit de l’akkadien par Jean Bottéro
in, « L’épopée de Gilgameš, le grand homme qui ne voulait pas mourir »
Editions Gallimard 1992
Du même auteur :
L’épopée de Gilgameš : Tablette I (14/04/2022)
Tablette II et III (14/04/2023)
Tablette IV (1 et 2) (14/04/2024)
Tablette V (14/04/2025)