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Le bar à poèmes
14 avril 2026

L’épopée de Gilgameš (2100 avant J.C.) : Tablette VI (1)

 

 

 

 

 

L’épopée de Gilgameš

 


(Version ninivite)

 

 


 
TABLETTE VI

 

 

Nouveau triomphe et démesure :

 

Le Taureau – céleste

 

 

 

Gilgameš de retour, se fait beau

 

Gilgameš lava sa crinière

 

     Se mit un bandeau propre,

 

Et rejeta

 

     Ses boucles dans son dos.

 

Il quitta son linge sali,

 

     Pour en revêtir de net,

 

S’enveloppant d’une large tunique,

 

     Qu’il lia d’une écharpe.

 

 

 

 Ištar tombe amoureuse de lui

 

Quand il eut

 

     Coiffé sa couronne

 

Ištar-la-princesse fut fascinée

 

     Par la beauté de Gilgameš.

 

 

 

Et lui offre sa main

 

« Allons, Gilgameš lui dit-elle

 

     Epouse-moi !

 

Offre-moi

 

     Ta volupté !

 

Sois mon mari,

 

     Je serai ton épouse !

 

 

 

En lui détaillant les charmes de cette union

 

Je te ferai équiper

 

     Un char de lazulite et d’or,

 

Aux roues d’or pur,

 

     Au guide-rênes en ambre,

 

Attelé de bêtes fougueuses :

 

     De grands mulets,

 

Pour t’introduire en nôtre Palais,

 

     Parmi les fragrances du cèdre !

 

Et quand

 

     Tu y pénètreras

 

Les plus hauts dignitaires du clergé

 

     Te baiseront les pieds !

 

Se prosterneront devant toi

 

     Les rois, les seigneurs et les princes !

 

Ils t’apporteront en tribut

 

     Tous les produit de l’étranger et de chez nous.

 

Tes chèvres ne mettront bas que triplés,

 

     Tes brebis que bessons ;

 

A la charge, tes ânons l’emporteront

 

     Sur les mulets adultes ;

 

Tes chevaux de char

 

     Triompheront à la course ;

 

Et tes bœufs, sous le joug,

 

     N’auront pas leur pareil.

 

 

 

Il refuse, et rappelle les prétentions d’Ištar

 

Mais Gilgameš ouvrit la bouche,

 

     Prit la parole

 

Et s’adressa

 

     A Ištar-la-princesse :

 

« Combien devrai-je te payer

 

     Si je t’épouse ?

 

Te faudra-t-il pour ton corps,

 

     Parfums et garde-robes ?

 

Te faudra-t-il

 

     Provisions et victuailles ?

 

Devrai-je te nourrir

 

     D’une chair divine ?

 

Et te désaltérer

 

     De breuvages royaux ?

 

Me faudra-t-il t’envelopper

 

     D’une cape ?

 

Non, je ne veux pas de toi

 

     Pour épouse !

 

 

 

Ses faux semblants

 

Car tu n’es qu’un fourneau

 

     Qui s’éteint au froid

 

Une porte branlante 

 

     Qui n’arrête ni courants d’air, ni vents ;

 

Un palais qui s’écrase

 

     Sur ses plus braves défenseurs ;

 

Un éléphant

 

     Qui jette à bas son harnachement ;

 

Un morceau-de-bitume

 

     Qui souille qui le touche ;

 

Une outre

 

     Qui se vide sur son porteur

 

Un bloc de pierre-à-chaux

 

     Qui cause l’effondrement d’un mur de pierre ;

 

Un bélier-de-siège

 

     Qui démolit le rempart d’alliés ;

 

Une chaussure

 

     Qui blesse son porteur !

 

 

 

Et ses infidélités

 

Pas un de tes amants

 

     Que tu aurais aimé toujours !

 

Pas un de tes favoris

 

     Qui aurait échappé à tes pièges !

 

Viens çà, que je te récite

 

     Le triste sort de tes amoureux !

 

 

 

Tammuz

 

Tammuz

 

     Le chéri de ton jeune âge,

 

Tu lui as assigné

 

     Une déploration annuelle !

 

 

 

 Le Rollier

 

Le Rollier polychrome,

 

     Tu l'as aimé,

 

Puis tout à coup, tu l’as frappé,

 

     Et tu lui as brisé les ailes !

 

Et le voilà, réfugié dans les bois

 

     Et qui piaille : « Mes ailes ! »

 

 

 

Le lion

 

Le lion, à la vigueur incomparable

 

     Tu l’as aimé,

 

Puis tout à coup, tu n’as cessé de lui faire tendre

 

     Embûches sur embûches !

 

 

 

Le cheval

 

Le Cheval, passionné de combat,

 

     Tu l’as aimé,

 

Puis tout à coup, tu lui as assigné

 

     Le Fouet à pointes de lanières ;

 

Tu l’as condamné

 

     A des courses sans fin,

 

Et à ne boire son eau

 

     Qu’après l’avoir souillée !

 

Tu as même endeuillé

 

     Sa mère Silili !   

 

 

 

Le Pâtre 

 

Tu as aimé le Pâtre

 

     Le Berger-chef

 

Qui te préparait assidûment

 

     Galettes cuites sous la cendre,

 

Et chaque jour

 

     Te sacrifiait ses chevrettes,

 

Puis tout à coup, tu l’as frappé

 

     Et changé en loup,

 

Si bien que ses propres valets

 

     Le pourchassent,

 

Et que ses chiens

 

     Lui entament l’arrière-train !

 

 

 

Le Jardinier

 

Tu as aimé Bullânu,

 

     Le Jardinier de ton Père,

 

Qui ne cessait de t‘offrir

 

     Des dattes par couffins

 

Et te procurait tous les jours

 

     Un menu plantureux.

 

Tu avais jeté les yeux sur lui

 

     Et tu l’étais allée provoquer :

 

« Jouissons de ta vigueur,

 

     Mon petit Bullânu !

 

Avance donc ta main

 

     Et me touche la vulve ! »

 

Mais Bullânu

 

     Te disait

 

« Que me demandes-tu là ?

 

Ma mère n’a-t-elle pas cuisiné ?

 

     Et n’ai-je pas déjà mangé ?

 

Tu ne m’offres pour aliments

 

     Que pain de malédiction et d’opprobres,

 

Et, contre le froid,

 

     Que joncs pour me couvrir ! »

 

Et toi,

 

     En l’entendant ainsi parler,

 

Tu l’as frappé

 

     Et changé en Crapaud,

 

L’assignant à demeure

 

     A son lieu de travail,

 

 

     Ne monte ni ne descend !

 

Alors moi aussi, si tu m’aimes,

 

     Tu me traiteras donc comme eux ! »

 

 

 

Fureur d’Istar qui va demander à son père de qoui venger

 

ces rebuffades et insultes

 

Lorsqu’elle eut

 

     Entendu tout cela,Istar furibonde

 

     Grimpa jusqu’au ciel 

 

Et s’en fut sangloter

 

     Devant son « père » Anu,

 

Et laisser découler ses larmes

 

     Devant Antu, « sa mère » :

 

Mon « père »

 

     Gilgameš m’a couvert d’opprobres !

 

Gilgameš m'a récité

 

     Une série d’ignominies,

 

D’ignominies

 

     Et d’imprécations ! »

 

Mais Anu ouvrit la bouche,

 

     Et, prenant la parole,

 

S’adressa

 

     A Ištar-la-Princesse :

 

« Eh ! Serait-ce pas toi qui aurais cherché noise

 

     Au roi Gilgameš ?

 

Voilà pourquoi

 

     Il t’a récité tant d’ignominies,

 

D’ignominies

 

     Et d’imprécations ! »

 

 

 

Elle lui réclame le Taureau-céleste géant

 

Ištar ayant alors ouvert la bouche

 

     Et pris la parole

 

S’adressa

 

     A son « père » Anu :

 

« Crée-moi le taureau-céleste, mon « père », 

 

     Que je tue Gilgameš,

 

Et que j’incendie

 

     Sa Demeure !

 

Si tu ne m’accordes pas

 

     Ce Taureau,

 

Je frapperaî

 

     ..... de sa Demeure !

 

Puis, dirigeant mes pas

 

     Vers les Régions-infernales,

 

J’en ferai remonter les morts,

 

     Qui dévorerons les vivants,

 

Et je multiplierai les morts

 

     Aux dépens des vivants ! »

 

......................................................................

 

 

 

 

 

Traduit de l’akkadien par Jean Bottéro


in, « L’épopée de Gilgameš, le grand homme qui ne voulait pas mourir »


Editions Gallimard 1992

 


Du même auteur :


 L’épopée de Gilgameš : Tablette I (14/04/2022)


Tablette II et III (14/04/2023)


Tablette IV (1 et 2) (14/04/2024)

 

Tablette V (14/04/2025)

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