Cesare Pavese (1908 – 1950) : Chanson / Canzone
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Chanson
Les nuages sont liés à la terre et au vent.
Tant qu’i y aura des nuages sur Turin
la vie sera belle. Je soulève la tête
et un grand jeu se déroule là-haut sous le soleil.
Blanches masses très dures et le vent tout d’azur
y circule et parfois les détruit
et en fait de grands voiles imprégnés de lumière.
Sur les toits, par milliers, les nuages blancs
couvrent tout, le fracas et la foule et les pierres.
Bien souvent, au lever, j’ai vu les nuages
affleurer dans l’eau claire d’une cuvette.
Les arbres aussi unissent le ciel à la terre.
Les villes immenses ressemblent à des forêts
où le ciel apparaît tout en haut d’une rue.
Les monceaux de maisons vivent sous le soleil
comme vivent les arbres sur le Pô ou le long des torrents.
Les arbres aussi souffrent et meurent sous les nuages,
l’homme saigne et meurt – mais il chante la joie
entre la terre et le ciel et la grande merveille
des forêts et des villes. Demain j’aurai le temps
de rentrer en moi-même et de serrer les dents.
Maintenant, la vie tout entière, ce sont les nuages,
les arbres et les rues, perdus dans le ciel.
Traduit de l’italien par Gilles de Van
In, Cesare Pavese : « Travailler fatigue. La mort viendra
et elle aura tes yeux ».
Editions Gallimard, 1969
Du même auteur
:
Paysage (18/04/2016)
La terre et la mort (18/04/2017)
La mort viendra et elle aura tes yeux / Verrà la morte e avrà i tuoi occhi (18/04/2018)
Paysage VIII / Paesaggio VIII (18/04/2019)
Femmes passionnées / Donne appassionate (18/04/2020)
Eté – Eté 1 / Estate – Estate I (18/04/2021)
L’Etoile du matin / Lo steddazzu (05/10/2021)
Dépaysement / Gente Spaesata (18/04/2022)
Manie de solitude / Mania di solitudine (05/10/2022)
Le paradis sur les toits / Il paradiso sui tetti (18/04/2023)
Marc en septembre / Grappa a settembre (18/04/2024)
Travailler fatigue / Lavorare stanca (18/04//2025)
Canzone
Le nuvole sono legate alla terra ed al vento.
Fin che ci saran nuvole sopra Torino
sarà bella la vita. Sollevo la testa
e un gran gioco si svolge lassù sotto il sole.
Masse bianche durissime e il vento vi circola
tutto azzurro – talvolta le disfa
e ne fa grandi veli impregnati di luce.
Sopra i tetti a migliaia le nuvole bianche
copron tutto, la folle, le pietre e il frastuono.
Molte volte levandomi ho visto le nuvole
trasparire nell’acqua limpida di un catino.
Anche gli alberi uniscono il cielo alla terra.
Le città sterminate somiglian foreste
dove il cielo compare su su, tra le vie.
Come gli alberi vivi sul Po, nei torrenti
così vivono i mucchi di case nel sole.
Anche gli alberi soffrono e muoiono sotto le nubi
l’uomo sanguina e muore, – ma canta la gioia
tra la terra ed il cielo, la gran meraviglia
di città e di foreste. Avrò tempo domani
a rinchiudermi e stringere i denti. Ora tutta la vita
son le nubi le piante e le vie, perdute nel cielo.
Poème précédent en italien :
Salvatore Quasimodo : Ton pied silencieux / il tuo piede silenzioso (15/04/2026)