Atahualpa Yupanqui (1908 – 1992) : Bagualita des collines / Bagualita del cerro
Bagualita des collines
Baguala des collines, dont la copla est humble
comme le miel sylvestre.
Celle que chantent les gauchos de toutes conditions :
ceux aux beaux éperons et aux selles chamarrées,
ceux qui portent jambières à la mode de Salta
et sombrero de cuir et bride sur le menton
Bagualita que chantent tous ceux-là qui n’ont rien,
rien qu’une maigre mule et son méchant harnais,
rien que des chagrins et un svelte silence,
et s’en vont le matin, une bêche à l’épaule,
s’embourber dans les champs ou refaire un corral.
Baguala des collines, à la copla unique,
unique et parfumée comme la fleur de chardon.
Celle que chantent les hommes sur le chemin des cimes,
l’homme qui a de la voix, celui qui n’en a pas,
celui qui crie aux nues la fuite de nos rêves,
celui qui souffre et peine, et malgré sa douleur
regarde le soleil.
Donne-la moi ta copla, Bagualita d’en haut !
Je sais tout des chemins et des terres arides.
Tout en moi fut adieu !
De rêves et de distance ma vie est toute pleine.
Mon espoir est la goutte sur le sable tombée.
Sur le chemin montant, sur le meilleur chemin,
je suis un peu la copla, un peu le paysan.
Traduit de l’espagnol par Sarah Leibovici
in, Atahualpa Yupanqui : « Airs indiens »
Pierre Jean Oswald Editeur, 14600 Honfleur
Du même auteur :
Poème de la mère Koya/ Poema de la madre Kolla (09/03/2024)
Baguala (10/03/2025)
Bagualita del cerro
Bagualita del cerro, la de la copla humilde
como la miel de palo.
La que cantan los gauchos de toda condición :
el de espuelas de plata y el de apero chapeado.
el que usa guardamontes a la moda salteña ;
sombrero con reboto, y barbijo de tientos.
Bagualita que cantan los que no tienen nada.
Nada más que una mula flaca y mal aperada.
Nada más que tristezas y un esbelto silencio.
Y van por las manañas con una azada al hombro
a embarrarse en los surcos o a arreglar un corral.
Bagualita del cerro, la de la sola copla.
Tan sola y aromada come flor de cardón.
La que cantan los hombres camino de las cumbres ;
el que tiene voz fuerte, y el que no tiene voz.
El que grita a las nubes la fuga de sus sueños.
El que sufre y trajina, y aunque va dolorido
va mirándolo al sol.
¡ Dáme tu copla buena ; Bagualita arribeña !
Sé de caminos largos y ásperos pedregales.
¡ Todos en mi fué un adios !
De sueños y distancias está mi vida llena.
Mi esperanza es la gota que ha caido en la arena.
Y así en el cuesta arriba o en el mejor camino,
Soy un poco la copla y un poco el campesino...
Poème précédent en espagnol :
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