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Le bar à poèmes
9 mars 2026

Serge Pey (1950 -) : Bâtons de la différence entre les bruits

 

 

 

Bâtons de la différence entre les bruits

 


La montagne boîte


de trop d’infini

 

 

Viens ici


Je te tutoie

 

 

Comment éviter


d’être noué 


par la lumière


sinon en sortant


de la nuit avec un


autre nœud

 

 

Une mouche flotte


au bout d’un corde


comme un gibet


pendu au cou


d’un pendu

 

 

L’espoir ce matin


est l’infini des cordes

 

 

Viens ici


Je te tutoie


¤

 

En chantant


on découpe 


sans bouger


les lèvres de ce qui


nous embrasse


car nous avons faim


d’avoir faim


et nous vengeons


le vent


d’être la feuille


qu’il n’a pas choisi


de faire tomber

 

 

En jetant 


nos yeux dans


le ciel


nous faisons boiter 


l’infini


qui ne s’arrête pas


de marcher


comme un mendiant


aveugle

 

 

La nuit lui


donne parfois


avec nous

 
la monnaie 


d’une étoile

 

 

La beauté 


qui se perd


nous aime toujours  


de nous


avoir perdus

 

 

¤ 

 

Nous sommes            


si infimes


que tout devient


l’infime de ce que nous


ne pouvons pas

 

 

La grandeur


n’est pas grande


lorsqu’on mesure


le monde avec ses lèvres

 

 

Mais nous revenons de tout baiser


en laissant une lèvre


à la mesure


que nous ne mesurons pas

 

 

¤

 

Le jour a des doigts


Encore un homme moins 


un homme

 

 

Le feu tranche le bois


en deux bois

 

 

Ce qui avait séparé 


la vérité du secret


se tranche lui-même


en une seule vérité


et en un seul secret

 

 

Quand une lampe brûle


entre nos épaules


la vérité et le secret


ne font plus


qu’un sommet


sur la montagne

 

 

La vérité et le secret


coupent tout couteau


en un seul couteau

 

 

la vérité ne coupe


que ce qui coupe


Le secret ne cache que son secret

 

 

Le baiser de la vérité


sur le secret fait toujours


surgir une parole


qui publie sa cachette perdue

 

 

¤

 

Le secret tranche


la vérité


en deux vérités


et la vérité tranche


le secret


en deux secrets

 

 

(Nous polissons l’eau


pour donner


un miroir 


aux oiseaux)

 

 

Un feu brûle


entre nos épaules


Septembre marche


rang par rang


et chante les lettres


qui manquent


à l’alphabet 


des rochers

 

 

Ce chemin est le premier destin


qui descend


de la montagne


Ce chemin est aussi


le second destin


qui monte 


de la montagne

 

 

Monter ou descendre


n’a pas de sens


pour la montagne


qui ne descend jamais


d’être trop montée

 

 

La philosophie


du corbeau


observe la montagne


qui descend 


d’elle-même


puis fait voler


le corbeau


sur son dos


en s’arrêtant de devenir le ciel

 

 

¤

 

 

 


Arlette Albert-Birot : « Serge Pey »

 

Jeanmichelplace/poésie, 2006

 

Du même auteur :

 

Tchernobyl (09/03/2023)

 

Amarade (09/03/2024)


Principes élémentaires de poésie directe (09/03/2025)
 

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