Serge Pey (1950 -) : Bâtons de la différence entre les bruits
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Bâtons de la différence entre les bruits
La montagne boîte
de trop d’infini
Viens ici
Je te tutoie
Comment éviter
d’être noué
par la lumière
sinon en sortant
de la nuit avec un
autre nœud
Une mouche flotte
au bout d’un corde
comme un gibet
pendu au cou
d’un pendu
L’espoir ce matin
est l’infini des cordes
Viens ici
Je te tutoie
¤
En chantant
on découpe
sans bouger
les lèvres de ce qui
nous embrasse
car nous avons faim
d’avoir faim
et nous vengeons
le vent
d’être la feuille
qu’il n’a pas choisi
de faire tomber
En jetant
nos yeux dans
le ciel
nous faisons boiter
l’infini
qui ne s’arrête pas
de marcher
comme un mendiant
aveugle
La nuit lui
donne parfois
avec nous
la monnaie
d’une étoile
La beauté
qui se perd
nous aime toujours
de nous
avoir perdus
¤
Nous sommes
si infimes
que tout devient
l’infime de ce que nous
ne pouvons pas
La grandeur
n’est pas grande
lorsqu’on mesure
le monde avec ses lèvres
Mais nous revenons de tout baiser
en laissant une lèvre
à la mesure
que nous ne mesurons pas
¤
Le jour a des doigts
Encore un homme moins
un homme
Le feu tranche le bois
en deux bois
Ce qui avait séparé
la vérité du secret
se tranche lui-même
en une seule vérité
et en un seul secret
Quand une lampe brûle
entre nos épaules
la vérité et le secret
ne font plus
qu’un sommet
sur la montagne
La vérité et le secret
coupent tout couteau
en un seul couteau
la vérité ne coupe
que ce qui coupe
Le secret ne cache que son secret
Le baiser de la vérité
sur le secret fait toujours
surgir une parole
qui publie sa cachette perdue
¤
Le secret tranche
la vérité
en deux vérités
et la vérité tranche
le secret
en deux secrets
(Nous polissons l’eau
pour donner
un miroir
aux oiseaux)
Un feu brûle
entre nos épaules
Septembre marche
rang par rang
et chante les lettres
qui manquent
à l’alphabet
des rochers
Ce chemin est le premier destin
qui descend
de la montagne
Ce chemin est aussi
le second destin
qui monte
de la montagne
Monter ou descendre
n’a pas de sens
pour la montagne
qui ne descend jamais
d’être trop montée
La philosophie
du corbeau
observe la montagne
qui descend
d’elle-même
puis fait voler
le corbeau
sur son dos
en s’arrêtant de devenir le ciel
¤
Arlette Albert-Birot : « Serge Pey »
Jeanmichelplace/poésie, 2006
Du même auteur :
Tchernobyl (09/03/2023)
Amarade (09/03/2024)
Principes élémentaires de poésie directe (09/03/2025)