Jean-Paul Guibbert (1942 -) : D’un lieu où mourir
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D’un lieu où mourir
Le jour de notre mort qui fut il y a longtemps
Comme une lampe qui s’allume au loin,
Sur cette lande,
Ou comme le bruit du feu aux poutres de la salle.
Oui, je fus une année sans songer à vos fruits,
Et soudain en mémoire votre ventre, vos seins,
Et ce voile mortel.
Issue de vous, la mort, comme une infante-reine,
Me baise sur la bouche.
La nuit, le masque sur ta chair
Et les colonnes torses
Qui sont aux capitales endormies de ta peau adorable
Comme l’entrée unique dans le lieu où mourir.
Lieux colorés, pâles plateaux,
Creux bourbeux amarrés
Dont les colères sont aimées ;
Lorsqu’un vent souterrain secoue le paysage.
Parfois je sais votre regard sur mon visage
Et sur les vitres de couleur
Qui sont aux chambres en hiver,
La médaille de votre front
Et mon regard ne vous aborde, ô plus que morte.
Je ne sais ce que sont les délices du vent
Ni vos seins très serrés par le linge,
Ni le sillon aimé aux sources de l’orage.
Je ne sais plus de vous qu’une hanche qui neige
Dans les allées, le soir,
Et sous vos pas légers les herbes qui se penchent
Et reviennent vers moi,
Car déjà je descends à l’oppressant rivage.
Sous l’arcade profonde et dans la nuit du sacre,
Lorsque la mort enfin (unique grand dessein)
Saura d’où m’éloigner et comment me conduire.
Lorsque ta langue bien-aimée aura défait sur moi
Les derniers mots du soir et l’adieu d’avec toi,
Lorsque je reviendrai du lieu où nul ne va.
Haut lieu du cœur
Editions de la Différence, 1976
Du même auteur :
Voix ailée et vaine de Béatrice (06/02/2015)
Images de la mort douce (1) (15/03/2016)
Images de la mort douce (2) (15/03/2017)
Images de la mort amère (1) (15/03/2018)
Images de la mort amère (2) (15/03/2019)
Mémoire (14/03/2020)
D’un lieu où mourir (18/01/2026)