Henri-Simon Faure (1923 – 2015) : mains ligotées d’un chapelet alors ma plume (1)
Ilustration de Clémentine Oberkampf pour"Au mouton pourrissant dans les ruines d’Oppède" d’Henri Simon Faure ©Radio France -
mains ligotées d’un chapelet
alors ma plume
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un temps de poèmes
casés dans l’ordonnancement
des prières que ma bouche ne sait plus réciter
en des versets correspondant à chaque grain
du chapelet tenu entre les doigts de mes aïeules
si ma mémoire démarche
un un égale credo
suivi de
trois ave chiffrés de trois un à trois trois
après
chaque verset un deux un trois et caetera
correspond à la récitation du pater noster
et
encadrant q uelques cinq dizaines d’ave
maria
l’ensemble
dédié à me chers collègues de labeur
ceux syndiqués à la c g t et au g n c
qui
mardi quatre juin mille neuf cent soixante-huit
décidèrent la reprise aulendemain du travail
trente-huit collègues hommes femmes contre lesquels lors du vote à main levée
je marquais mon désaccord
me retrouvant seul à vouloir poursuivre cette grève
et point abandonner ceux que nous avions soutenus
étudiants ouvriers
alors qu’il s’en fallait de peu
qu’on tienne le bon bout
d’approcher un monde meilleur
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enfin
ce monde bouge
il est trop tard pour moi
le passé prend du charme
bien sûr que je ressens
l’envie de l’aventure
un bout de terre libre
qui se découvre
quand
je retourne mon cœur
mais
la mousse écrasée
et
les insectes fuient
où s’accouplaient les bêtes
qui poursuivent leur temps
au rythme machinal
j’ai essayé pourtant
de loger la révolte
en poing de mes poèmes
si le soleil tapait
ma main s’ouvrait d’un rire
provoqué par ses contes
si la lune pansait
d’une eau mélancolique
cette encoche à mon cœur
mon dire était brouillard
salut à toi
ô homme
boursouflé de faiblesse
balancée balançoire
pétri de dureté
que par les doigts de
dieu
qui retrouve sa terre
le sculpteur en allé
la chair redevient viande
suintant à la chaleur
les mouches apparaissent
la gaieté populaire
montre ses dents de loup
et nunc manet in te
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aimer ou pas les gens
qu’en vertu
de la bonne ou mauvaise façon
dont on les devine
dénudés
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et s’adressant à narcisse
sic
est(ce que je suis
cannibale
parce que je bouffe la peau
autour de mes ongles
hé dites
non rien qu’
anthropophage un peu
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un chat
ce tigre
déshydraté
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la poésie
est
révolte
interrogation de l’homme
ses gestes des profondeurs
ses cris ne voulant rien dire
aux oreilles devenus
des ferrailles de klaxons
au lieu de conques marines
la poésie
est révolte
ne s’en prenant qu’à soi-même
quitte à mettre dans le bain
ceux qui ne font que parler
histoire de parader
dans la tête de mouton
seulement la langue est bonne
et la vinaigrette est fraîche
et battue à la cadence
mais la liberté demeure
à qui veut suivre sa route
au travers d’une nature
sauvage
ou civilisée
le mot
révolutionnaire
ne sera pour
le poète
tiré du vocabulaire
strictement petit-bourgeois
qu’un bien de consommation
à ajouter à tant d’autres
qui devra s’en glorifier
quel drapeau de barricades
me laissera-t-on dresser
je fous mes mains dans mes poches
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atout dans la tête
rien
dans la quillotte
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ma poésie était
viscérale
par trop
à chaque âge marquée
dans un nouveau verset
l’arbre
grandi d’un cercle
çà pouvait aller loin
se découvrir
forêt
ou risquer d’être
saule
j’étais heureux toujours
de mon corps mécanique
évade
presque intact
la paysannerie
cette bestialité
qui me gonfle parfois
me prenant par-dessous
aux vastes dimensions
de l’ancêtre
caverne
ma misère d’enfance
bonbon
dans la vitrine
protégé d’un papier
bien que souillé de chiures
le père était manoeuvre
revenu de la guerre
qui lui dura sept ans
pour soigner ses blessures
se regarder mourir
restés
les patriotes
priant la république
maintenant l’exploitaient
elle
passementière
écoutait mes faits d’armes
en me torchant le cul
penchée sur mon berceau
ma mère
aussitôt que
le retour du chômage
lui laissait les mains libres
de tisser ses rubans
tant durèrent les crises
après l’année vingt-trois
que
j’avais le cul propre
brillant comme un sou neuf
celui-là justement
refusé des patrons
à cause
de ses soins
de l’estomac tombé
faute de le remplir
et de la bouche sèche
du sein s’étant tari
pour avoir trop cogné
le rouet
ou le métier
poussé dans le vacarme
moi seul
pissais la goutte
qui débordait le vase
ébréché par clovis
amateur d’haricots
faut me comprendre
si
je devins mercenaire
à la guerre suivante
les enfants de bourgeois
ont des soldats de plomb
achetés par leur père
défoulent leurs instincts
en lutinant la bonne
gueuse embauchée pour ça
les enfants de bourgeois
se risquent aux frontières
la braguette cousue
d’un large galon d’or
officine de miel
de la nation
pupille
j’avançais
le nœud nu
tout ce passif d’ennuis
aux épaules me pèse
m’accroche à la nature
débarrassée des hommes
arrête aussi ma marche
au souvenir de lune
dont je me dis
con comme
à zieuter les étoiles
j’en tire que
mon front
est dessous les nuages
c’est trop tard pour grandir
tant ma soupe était claire
je laisse è ceux qui suivent
gorgés de choux
de lard
de dire
merde
aux flics
j’ai les mains dans les poches
1/10/3
on n’a jamais souhaité la mort du flic
on veut la fin de l’ère de la bêtise
chez le flic
chez le flic qui en crèverait
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