Henri-Simon Faure (1923 – 2015) : pape un enfant de chœur sur la touche (35 - 41)
un manœuvre n’en fait
qu’à sa forte tête
de par
le luberon
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monstrueux écorché vif
ta plainte s’élève
quand
je fume
pipe sur pipe
elle est rauque et animale
monte enfin vers le soleil
participe
quoiqu’on dise
aux chants tristes des oiseaux
au pessimisme de l’arbre
au marais vicieux de l’eau
au jaunissement de l’arbre
moins par moins a donné plus
telle est ma philosophie
le poids d’un ricanement
ennoblit plus mon visage
que les rides du silence
les bulles
d’alcool
soutiennent
ma tête
pesante
hors de
l’eau sombre
dans
ces
torrents
j’aimais
pêcher
du temps
de
ma
jeunesse
confuse
mais
à
la main
sournoise
ce temps
joueur
est loin
on n’y
revient
jamais
qu’
à coup
de drogue
et
de
poèmes
36
c’est
mon
mauvais
esprit
de gloire
lettré
qui lors
battait
rappel
des femmes
autour
de moi
suivant
la place
prévue
des astres
la chance
gagnait
d’un poil
sur ma
détresse
seul
être
sinon
j’aurais
été
par elles
combien
blousé
car
toutes
les femmes
venues
à moi
étaient
des garces
mes mains
tâtaient
la moelle
de l’os
sous leur
chaleur
de peau
partaient
vers
les
recueils
de vers
dont elles
donnaient
sujet
d’
écrire
souillées
d’
une encre
violette
plutôt
qu’
avides
de faux
amours
à leur
larguer
37
l’époque n’avait tant aimé ses artistes
jamais
la société n’a tant reconnu
ses poètes
ses peintres
ses musiciens
ses sculpteurs
et tous les autres dévergondés
moi
le poète Faure
ça me fait chier
je ne tiens pas à ce que l’on me rabaisse
aux niveau des avortons qui me célèbrent
je fréquente
le bourgeois et le voyou
mais qu’autant qu’ils restent dans leur propre rôle
voyou
ton regard à hauteur de ceinture
bourgeois
dégrafe ta ceinture il est temps
mais le poète c’est justement celui
qui est en dehors de la ceinture à clous
le poète est le seul homme a avoir
droit
de se promener sans pantalon
viril
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je n’ai arboré
l’œil cerné
jamais
du vieux romantique
du mineur de fond
ou du boxeur noir
je fais simplement
un tour d’horizon
depuis la montagne
que j’ai rebâtis
sous ma tour d’ivoire
parce que j’aimais
certains matériaux
la pierre
le bois
le fer
le charbon
le sable
la chaux
le cuir
la fourrure
la laine
le lin
le papier
le verre
et la peau des filles
je suis fatigué
souvent
de trop vivre
plusieurs hommes verts
reposent en moi
avant de partir
encore une fois
après mes mirages
je cherche mon ombre
elle était nuit chaude
batailleuse ardente
au bruit des trésors
je m’habillais d’elle
pour courir le monde
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quand les poètes explorent
l’autre face de la lune
étrange
devient leur vie
à cause de ce qu’ils voient
ils veulent marquer leurs frères
de leurs découvertes noires
combien le monde grondait
de profond bonheur
sans eux
avant qu’ils sèment le doute
sans fondement à leurs dires
il est
plus lourd que le coeur
le cerveau du fier bipède
le plateau de la balance
où l’on dut peser le leur
descendit plus bas que l’autre
touche le noyau central
s’enflamma de voluptés
remonta dans l’atmosphère
y pulser joies et colères
le fléau de la balance
assure émerveillement
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j’écris des poèmes coups de poing
ceux que je ne donne sur les gueules
qui m’indisposent rien qu’à les voir
il faut
que la poésie demeure
de l’écrit
domaine réservé
tellement de bassesse bourgeoise
s’est casernée dans la chanson tube
alignant sous les draps uniformes
les jeunes
antimilitaristes
je riais alors
tant j’étais gamin dur
gardant les vaches
et
des feuillets d’anthologie poétique sous le bras
l’âge aidant ils devaient me servir
à me torcher le cul
mes petites amies d’enfance
qui devîntes pubères
à la bonne franquette
avec du papier d’arménie brun
écrit de mes premiers vers
vous épongeâtes vos menstrues
je poétise les pensées de l’homme en lui refermé
je pense sans la dire la fausse poésie des autres
et je crache mes idées mauvaises au plus loin qui
mauves
tourbillonnent
glaviots issus d’une gorge de poitrine
tels sont les poètes
assure la légende
les pieds sur la terre
terre de leurs choix
qui est riche et grasse
tête dans la brume
si haute montée
que le soleil frère
gonfle de gros rire
postillonne d’or
souille leurs cheveux
qui
les encaldosse
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les poètes font sauter les putes sur leurs genoux
en pensant à la petite fille qu’elles étaient
cavalier de l’armée française
ô ma jument du roi
section montée de mitrailleuses
de quel régiment
toi
je t’aimais à claques de main sur ton encolure
tu pétais de volupté dans ta candeur amoureuse
j’en connus
de
ces filles
dont la croupe
agaçait
bassement
mon regard
retirant
les citrons
de mes yeux
j’allais à
l’
instruction
religieuse
plein
de fonte
dans mes selles
me faisait
tenir droit
même au trot
je gagnais
mon enfer
baroulant
dans la paille
gémissante
d’écurie
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trois paroles de vie (valent jeu) sept années d’écritures
Editions plein chant (cahiers hsf/6), 16120 Bassac, 1976
Du même auteur :
Par ces temps (28/07/2016)
un manoeuvre n’en fait qu’à sa forte tête ... (0 – 16) (21/01/2020)
un manoeuvre n’en fait qu’à sa forte tête ... (17 – 29) (21/01/2021)
pape un enfant de chœur sur la touche (1 - 10) (21/01/2022)
pape un enfant de chœur sur la touche (11 - 23) (21/01/2023)
pape un enfant de chœur sur la touche (24-34) (21/01/2024)