Emily Jane Brontë (1818 – 1848) : « Transi dans la terre... / « Cold in the earth... »
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R. Alcona à J. Brenzaida
Transi dans la terre et sur toi c
et amas de neige profonde !
Loin, loin de toute atteinte et transi dans la morne tombe !
Ai-je donc oublié, mon Unique Amour, de t’aimer,
Séparée enfin d’avec toi par le flot ruineux du Temps !
A présent, lorsque je suis seule, mes pensers ne s’en vont-ils plus
Planer parmi les monts des rivages d’Angore
Et reposer leurs ailes lasses là où la fougère et la brande
Couvrent ce noble cœur à jamais, à jamais ?
Transi dans la terre et depuis, dévalant ces collines fauves,
Quinze inexorables hivers s’en sont venus fondre en printemps :
Fidèle est-il en vérité, l’esprit qui se souvient encore
Après pareille somme d’épreuves et de changements !
O tendre Amour de ma jeunesse, pardonnez-moi si je t’oublie
Cependant que de-ci de-là m’emporte la marée du monde :
De plus implacables désirs, de plus sombres espoirs m’assiègent
Qui t’obscurcissent, il est vrai, mais sans pouvoir te faire tort.
Nul soleil autre que le tien jamais n’a brillé dans mon ciel,
Nulle étoile autre que la tienne jamais n’a resplendi pour moi ;
La seule joie qu’ait eu ma vie m’est venue de ta chère vie,
La seule joie qu’ait eu ma vie est ensevelie avec toi.
Mais lorsqu’ eurent péri les jours visités de songes dorés
Et que fut le Désespoir même sans pouvoir pour anéantir,
Alors j’appris que l’existence se pouvait entretenir,
Réconforter, sustenter sans le secours du bonheur.
Alors, refoulant mes pleurs de vaine désespérance,
Déshabituant ma jeune âme d’aspirer après la tienne,
J’ai réprimé d’un « non » sévère mon brûlant désir de rejoindre
Une tombe qui était déjà plus que mienne !
Et je n’ose, aujourd’hui encore, l’abandonner à la langueur
Non plus qu’à la poignante extase du souvenir :
Si je m’abreuve à longs traits d’une angoisse aussi divine
Comment pourrai-je à nouveau rechercher le monde vide ?
3 mars 1845
(Poèmes de Gondal)
Traduit de l’anglais par Pierre Leyris,
In, Emily Bronte : Poèmes (1836 – 1846)
Editions Gallimard, 1963
De la même autrice :
Il devrait n’être point de désespoir pour toi / There should be no despair for you (18/07/2015)
Le soleil est couché / The sun has set (01/07/2016)
« Mon plus grand bonheur… » / « I’m happiest whan most away... » (01/07/2017)
« Autour de moi des tombes grises... / « I see around me tombstones grey… » (01/07/2018)
« Je viendrai quand ... » / « I’ll come when… » (01/07/2019)
Viens-t’en avec moi / Come, walk with me (01/07/2020)
« Dis-moi, dis, souriante enfant... » / « Tell me, tell me, smiling child... » (01/07/2021)
Brouillard léger sur la colline / Mild the mist upon the hill (06/01/2022)
« Comme elle brille clair ... » / « How clear she shines... » (06/01/2023)
Chanson / Song (06/01/2024)
« Je ne pleurerai pas... » / « I'll not weep... » (06/01/2025)
R. Alcona to J. Brenzaida
Cold in the earth—and the deep snow piled above thee,
Far, far removed, cold in the dreary grave!
Have I forgot, my only Love, to love thee,
Severed at last by Time's all-severing wave?
Now, when alone, do my thoughts no longer hover
Over the mountains, on that northern shore,
Resting their wings where heath and fern-leaves cover
Thy noble heart forever, ever more?
Cold in the earth—and fifteen wild Decembers,
From those brown hills, have melted into spring:
Faithful, indeed, is the spirit that remembers
After such years of change and suffering!
Sweet Love of youth, forgive, if I forget thee,
While the world's tide is bearing me along;
Other desires and other hopes beset me,
Hopes which obscure, but cannot do thee wrong!
No later light has lightened up my heaven,
No second morn has ever shone for me;
All my life's bliss from thy dear life was given,
All my life's bliss is in the grave with thee.
But, when the days of golden dreams had perished,
And even Despair was powerless to destroy,
Then did I learn how existence could be cherished,
Strengthened, and fed without the aid of joy.
Then did I check the tears of useless passion—
Weaned my young soul from yearning after thine;
Sternly denied its burning wish to hasten
Down to that tomb already more than mine.
And, even yet, I dare not let it languish,
Dare not indulge in memory's rapturous pain;
Once drinking deep of that divinest anguish,
How could I seek the empty world again?
Gondal poems
The Shakespeare Head Press, Oxford, 1938
Poème précédent en anglais :
Dylan Thomas : Aux bois dormant / In Country Sleep (30/12/2025)
Poème suivant en anglais :
Lawrence Ferlinghetti : Images d’un Monde En-Allé (5 -6) / Pictures of the Gone World (5 -6) (19/06/2026)