Giacomo Leopardi (1798 – 1837) : Sur le bas-relief antique d’un tombeau / Sopra un basso rilievo antico sepolcrale
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Sur le bas-relief antique d’un tombeau
où se trouve représentée une jeune morte sur le point de partir
et disant adieu aux siens.
Où vas-tu ? Qui donc t’appelle
Loin de ceux qui te sont chers,
Jeune fille très belle ?
Seule pour le voyage, et si jeune.
Tu laisses le toit de ton père ? Vers ces seuils
Retourneras-tu ? Feras-tu le bonheur, un jour,
De ceux qui t’entourent et te pleurent aujourd’hui ?
Ton cil est sans larme et ton pas décidé,
Cependant tu es sombre. Si la voie est douloureuse
Ou facile, joyeux ou triste
Le refuge où tu t’en vas,
A ta grave apparence
On ne peut le savoir. Hélas, en moi-même
Je ne saurais le dire, et nul ne sait au monde.
Peut-être si tu connais les faveurs du Ciel
Ou si tu lui déplais,
Si l’on doit te nommer pitoyable ou fortunée.
La mort t’appelle. A l’aube de ton jour,
C’est le dernier instant. Au nid dont tu t’éloignes
Tu ne reviendras pas. Et tu laisses
A jamais la vision
De tes parents aimés. Sous la terre
Est le lieu que tu rejoins :
Là sera ton séjour éternel.
Tu es heureuse peut-être, et cependant
Qui contemple ton destin soupire.
Il était préférable, je crois,
De ne pas voir la lumière. Mais venir au jour
Et – dans ces temps où la beauté souveraine
Se déploie dans le corps et le visage,
Et que de loin le monde
Se prosterne devant elle,
Dans la floraison de toute espérance,
Bien avant que le vrai jette ses feux lugubres
Sur son front de fête –
Comme la nuée légère, amassée
Vers l’horizon sous formes fugitives,
Disparaître ainsi, à peine apparue
Et troquer ses jours futurs
Contre les obscurs silences de la tombe,
Cela, même jugé
Comme un bonheur par la raison,
Saisit de pitié les âmes les plus fermes.
Mère terrifiante, mère des larmes,
Depuis l’antique apparition de l’homme,
O Nature, merveille terrible,
Qui enfantes et nourris pour tuer,
Si la précoce mort est une violence
Pour l’homme, comment la permets-tu
Sur ces fronts innocents ?
Et si jamais elle est un bien,
Pourquoi funeste, au-dessus de tout mal,
A celui qui meurt comme à celui qui reste,
Pourquoi désespéré rends-tu ce départ ?
Malheureuse en tout ce qu’elle voit,
Malheureuse où qu’elle se tourne et cherche appui,
Cette race sensible !
Il t’a plus que l’espérance juvénile
Fût encore déçue
Par la vie, le flot des jours
Plein de tourments et la mort à ce mal
Le seul secours, celle-là, tu l’as dressée,
Borne fatale à la course des hommes,
En immuable loi.
Ah ! Mais après ces douloureuses routes, pourquoi
Ne pas poser un terme heureux ? Et plus encore,
Celui-là qui nous est assuré,
Qu’en vivant nous portons sans cesse devant l’âme,
Et qu’ont reçu nos détresses
Comme seul réconfort,
Pourquoi le parer de tentes noires,
L’entourer d’une ombre désolée
Et, plus épouvantable que les flots,
Nous désigner le port ?
Déjà si mourir est ce mal
Que tu nous prédestines
En nous abandonnant à la vie
Sans faute, sans savoir et malgré nous,
Certes le sort du mourant
Est préférable pour qui contemple la mort,
De ses amis. Mais si de plus, vraiment,
Comme c’est ma croyance,
Vivre est une infortune,
Et mourir une grâce, qui pourrait alors
(Ce qu’il faudrait pourtant)
Désirer le jour extrême de ses aimés,
Pour demeurer dépouillé
De lui-même et voir là
Emporté de sons seuil
Cet être qu’il aimait,
Et lui dire adieu sans nulle espérance
De le revoir un jour
Sur les routes du monde ;
Puis seul, abandonné sur terre,
Cherchant à l’entour, aux heures, aux lieux familiers,
Se rappeler la présence passée ?
Ah ! Nature, comment ton cœur peut-il souffrir
D’arracher un ami
Aux bras de son ami,
Un frère à son frère
Les enfants à leur père,
Son amour à l’amant et, l’un passé,
De garder l’autre en vie ? Comment peux-tu
Rendre fatale en nous
cette douleur, que malgré son amour
Le mortel survive au mortel ? C’est que les œuvres
De la Nature ont d’autres soins
Que le malheur qui est le nôtre ou notre bien.
Traduit de l’italien par Michel Orcel
In, Revue « Vagabondages, N° 28- 29, Mars/Avril 1981 »
Association « Paris-poète », 1981
Du même auteur :
A Sylvia (1) / A Silvia (30/12/2014)
Le coucher de la lune / Il tramonto della luna (20/12/2015)
Le soir du jour de fête /La sera del dì di festa (20/12/2016)
L’Infini / L’Infinito (20/12/2017)
A se stesso (20/12/2018)
Les souvenirs / Le ricordanze (20/12/2019)
A la lune / Alla luna (20/12/2020)
Le dernier chant de Sappho / Ultimo canto di Saffo (20/12/2021)
Le passereau solitaire / Il passero solitario (20/12/2022)
Le calme après l’orage / La quiete dopo la tempesta (20/12/2023)
A Sylvia (2) (20/12/2024)
Sopra un basso rilievo antico sepolcrale
dove una giovane morta è rappresentatain atto di partire,
accomiatandosi dai suoi”
Dove vai? chi ti chiama
lunge dai cari tuoi,
bellissima donzella?
Sola, peregrinando, il patrio tetto
sì per tempo abbandoni? a queste soglie
tornerai tu? farai tu lieti un giorno
questi ch’oggi ti son piangendo intorno?
Asciutto il ciglio ed animosa in atto,
ma pur mesta sei tu. Grata la via
o dispiacevol sia, tristo il ricetto
a cui movi o giocondo,
da quel tuo grave aspetto
mal s’indovina. Ahi ahi, né già potria
fermare io stesso in me, né forse al mondo
s’intese ancor, se in disfavore al cielo
se cara esser nomata,
se misera tu debbi o fortunata.
Morte ti chiama; al cominciar del giorno
l’ultimo istante. Al nido onde ti parti,
non tornerai. L’aspetto
de’ tuoi dolci parenti
lasci per sempre. Il loco
a cui movi, è sotterra:
ivi fia d’ogni tempo il tuo soggiorno.
Forse beata sei; ma pur chi mira,
seco pensando, al tuo destin, sospira.
Mai non veder la luce
era, credo, il miglior. Ma nata, al tempo
che reina bellezza si dispiega
nelle membra e nel volto,
ed incomincia il mondo
verso lei di lontano ad atterrarsi;
in sul fiorir d’ogni speranza, e molto
prima che incontro alla festosa fronte
i lùgubri suoi lampi il ver baleni;
come vapore in nuvoletta accolto
sotto forme fugaci all’orizzonte,
dileguarsi così quasi non sorta,
e cangiar con gli oscuri
silenzi della tomba i dì futuri,
questo se all’intelletto
appar felice, invade
d’alta pietade ai più costanti il petto.
Madre temuta e pianta
dal nascer già dell’animal famiglia,
natura, illaudabil maraviglia,
che per uccider partorisci e nutri,
se danno è del mortale
immaturo perir, come il consenti
in quei capi innocenti?
Se ben, perché funesta,
perché sovra ogni male,
a chi si parte, a chi rimane in vita,
inconsolabil fai tal dipartita?
Misera ovunque miri,
misera onde si volga, ove ricorra,
questa sensibil prole!
Piacqueti che delusa
fosse ancor dalla vita
la speme giovanil; piena d’affanni
l’onda degli anni; ai mali unico schermo
la morte; e questa inevitabil segno,
questa, immutata legge
ponesti all’uman corso. Ahi perché dopo
le travagliose strade, almen la meta
non ci prescriver lieta? anzi colei
che per certo futura
portiam sempre, vivendo, innanzi all’alma,
colei che i nostri danni
ebber solo conforto,
velar di neri panni,
cinger d’ombra sì trista,
e spaventoso in vista
più d’ogni flutto dimostrarci il porto?
Già se sventura è questo
morir che tu destini
a tutti noi che senza colpa, ignari,
né volontari al vivere abbandoni,
certo ha chi more invidiabil sorte
a colui che la morte
sente de’ cari suoi. Che se nel vero,
com’io per fermo estimo,
il vivere è sventura,
grazia il morir, chi però mai potrebbe,
quel che pur si dovrebbe,
desiar de’ suoi cari il giorno estremo,
per dover egli scemo
rimaner di se stesso,
veder d’in su la soglia levar via
la diletta persona
con chi passato avrà molt’anni insieme,
e dire a quella addio senz’altra speme
di riscontrarla ancora
per la mondana via;
poi solitario abbandonato in terra,
guardando attorno, all’ore ai lochi usati
rimemorar la scorsa compagnia?
Come, ahi come, o natura, il cor ti soffre
di strappar dalle braccia
all’amico l’amico,
al fratello il fratello,
la prole al genitore,
all’amante l’amore: e l’uno estinto,
l’altro in vita serbar? Come potesti
far necessario in noi
tanto dolor, che sopravviva amando
al mortale il mortal? Ma da natura
altro negli atti suoi
che nostro male o nostro ben si cura.
Canti
Felice Le Monnier editore, Firenze, 1845
Poème précédent en italien :
Giorgio Caproni : Petits vers du contrecaproni / Versicoli del controcaproni (15/12/2025)