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Le bar à poèmes
20 décembre 2025

Giacomo Leopardi (1798 – 1837) : Sur le bas-relief antique d’un tombeau / Sopra un basso rilievo antico sepolcrale

 

 

 

Sur le bas-relief antique d’un tombeau

 

où se trouve représentée une jeune morte sur le point de partir


et disant adieu aux siens.

 

 

 

          Où vas-tu ? Qui donc t’appelle


Loin de ceux qui te sont chers,


Jeune fille très belle ?


Seule pour le voyage, et si jeune.


Tu laisses le toit de ton père ? Vers ces seuils


Retourneras-tu ? Feras-tu le bonheur, un jour,


De ceux qui t’entourent et te pleurent aujourd’hui ?

 

 

          Ton cil est sans larme et ton pas décidé,


Cependant tu es sombre. Si la voie est douloureuse


Ou facile, joyeux ou triste


Le refuge où tu t’en vas,


A ta grave apparence


On ne peut le savoir. Hélas, en moi-même


Je ne saurais le dire, et nul ne sait au monde.


Peut-être si tu connais les faveurs du Ciel


Ou si tu lui déplais,


Si l’on doit te nommer pitoyable ou fortunée.  

 

 

          La mort t’appelle. A l’aube de ton jour,


C’est le dernier instant. Au nid dont tu t’éloignes


Tu ne reviendras pas. Et tu laisses


A jamais la vision


De tes parents aimés. Sous la terre


Est le lieu que tu rejoins :


Là sera ton séjour éternel.


Tu es heureuse peut-être, et cependant


Qui contemple ton destin soupire.

 

 

          Il était préférable, je crois,


De ne pas voir la lumière. Mais venir au jour


Et – dans ces temps où la beauté souveraine


Se déploie dans le corps et le visage,


Et que de loin le monde


Se prosterne devant elle,


Dans la floraison de toute espérance,


Bien avant que le vrai jette ses feux lugubres


Sur son front de fête –


Comme la nuée légère, amassée


Vers l’horizon sous formes fugitives,


Disparaître ainsi, à peine apparue


Et troquer ses jours futurs


Contre les obscurs silences de la tombe,


Cela, même jugé


Comme un bonheur par la raison,


Saisit de pitié les âmes les plus fermes.

 

 

          Mère terrifiante, mère des larmes,


Depuis l’antique apparition de l’homme,


O Nature, merveille terrible,


Qui enfantes et nourris pour tuer,


Si la précoce mort est une violence


Pour l’homme, comment la permets-tu 


Sur ces fronts innocents ?


Et si jamais elle est un bien,


Pourquoi funeste, au-dessus de tout mal,


A celui qui meurt comme à celui qui reste,


Pourquoi désespéré rends-tu ce départ ?

 

 

          Malheureuse en tout ce qu’elle voit,


Malheureuse où qu’elle se tourne et cherche appui,


Cette race sensible ! 


Il t’a plus que l’espérance juvénile


Fût encore déçue


Par la vie, le flot des jours


Plein de tourments et la mort à ce mal


Le seul secours, celle-là, tu l’as dressée,


Borne fatale à la course des hommes,


En immuable loi.


Ah ! Mais après ces douloureuses routes, pourquoi


Ne pas poser un terme heureux ? Et plus encore,


Celui-là qui nous est assuré,


Qu’en vivant nous portons sans cesse devant l’âme,


Et qu’ont reçu nos détresses


Comme seul réconfort,


Pourquoi le parer de tentes noires, 


L’entourer d’une ombre désolée


Et, plus épouvantable que les flots, 


Nous désigner le port ?

 

 

          Déjà si mourir est ce mal


Que tu nous prédestines


En nous abandonnant à la vie


Sans faute, sans savoir et malgré nous,


Certes le sort du mourant


Est préférable pour qui contemple la mort,


De ses amis. Mais si de plus, vraiment,


Comme c’est ma croyance,


Vivre est une infortune, 


Et mourir une grâce, qui pourrait alors


(Ce qu’il faudrait pourtant)


Désirer le jour extrême de ses aimés,


Pour demeurer dépouillé


De lui-même et voir là


Emporté de sons seuil


Cet être qu’il aimait,


Et lui dire adieu sans nulle espérance


De le revoir un jour


Sur les routes du monde ;


Puis seul, abandonné sur terre,


Cherchant à l’entour, aux heures, aux lieux familiers,


Se rappeler la présence passée ?


Ah ! Nature, comment ton cœur peut-il souffrir


D’arracher un ami


Aux bras de son ami,


Un frère à son frère


Les enfants à leur père,


Son amour à l’amant et, l’un passé,


De garder l’autre en vie ? Comment peux-tu


Rendre fatale en nous


cette douleur, que malgré son amour


Le mortel survive au mortel ? C’est que les œuvres


De la Nature ont d’autres soins


Que le malheur qui est le nôtre ou notre bien.

 

 

 

Traduit de l’italien par Michel Orcel    


In, Revue « Vagabondages, N° 28- 29, Mars/Avril 1981 »


Association « Paris-poète », 1981

Du même auteur :


A Sylvia (1) / A Silvia (30/12/2014)


Le coucher de la lune / Il tramonto della luna (20/12/2015)


Le soir du jour de fête /La sera del dì di festa (20/12/2016)


L’Infini / L’Infinito (20/12/2017)


A se stesso (20/12/2018)


Les souvenirs / Le ricordanze (20/12/2019)


A la lune / Alla luna (20/12/2020)


Le dernier chant de Sappho / Ultimo canto di Saffo (20/12/2021)


Le passereau solitaire / Il passero solitario (20/12/2022)


Le calme après l’orage / La quiete dopo la tempesta (20/12/2023) 


A Sylvia (2) (20/12/2024)

 

Sopra un basso rilievo antico sepolcrale

 

dove una giovane morta è rappresentatain atto di partire, 


accomiatandosi dai suoi”

 

 

 


Dove vai? chi ti chiama


lunge dai cari tuoi,


bellissima donzella?


Sola, peregrinando, il patrio tetto


sì per tempo abbandoni? a queste soglie


tornerai tu? farai tu lieti un giorno


questi ch’oggi ti son piangendo intorno?

 


Asciutto il ciglio ed animosa in atto,


ma pur mesta sei tu. Grata la via


o dispiacevol sia, tristo il ricetto


a cui movi o giocondo,


da quel tuo grave aspetto


mal s’indovina. Ahi ahi, né già potria


fermare io stesso in me, né forse al mondo


s’intese ancor, se in disfavore al cielo


se cara esser nomata,


se misera tu debbi o fortunata.

 


Morte ti chiama; al cominciar del giorno


l’ultimo istante. Al nido onde ti parti,


non tornerai. L’aspetto


de’ tuoi dolci parenti


lasci per sempre. Il loco


a cui movi, è sotterra:


ivi fia d’ogni tempo il tuo soggiorno.


Forse beata sei; ma pur chi mira,


seco pensando, al tuo destin, sospira.

 


Mai non veder la luce


era, credo, il miglior. Ma nata, al tempo


che reina bellezza si dispiega


nelle membra e nel volto,


ed incomincia il mondo


verso lei di lontano ad atterrarsi;


in sul fiorir d’ogni speranza, e molto


prima che incontro alla festosa fronte


i lùgubri suoi lampi il ver baleni;


come vapore in nuvoletta accolto


sotto forme fugaci all’orizzonte,


dileguarsi così quasi non sorta,


e cangiar con gli oscuri


silenzi della tomba i dì futuri,


questo se all’intelletto


appar felice, invade


d’alta pietade ai più costanti il petto.

 


Madre temuta e pianta


dal nascer già dell’animal famiglia,


natura, illaudabil maraviglia,


che per uccider partorisci e nutri,


se danno è del mortale


immaturo perir, come il consenti


in quei capi innocenti?


Se ben, perché funesta,


perché sovra ogni male,


a chi si parte, a chi rimane in vita,


inconsolabil fai tal dipartita?

 


Misera ovunque miri,


misera onde si volga, ove ricorra,


questa sensibil prole!


Piacqueti che delusa


fosse ancor dalla vita


la speme giovanil; piena d’affanni


l’onda degli anni; ai mali unico schermo


la morte; e questa inevitabil segno,


questa, immutata legge


ponesti all’uman corso. Ahi perché dopo


le travagliose strade, almen la meta


non ci prescriver lieta? anzi colei


che per certo futura


portiam sempre, vivendo, innanzi all’alma,


colei che i nostri danni


ebber solo conforto,


velar di neri panni,


cinger d’ombra sì trista,


e spaventoso in vista


più d’ogni flutto dimostrarci il porto?

 


Già se sventura è questo


morir che tu destini


a tutti noi che senza colpa, ignari,


né volontari al vivere abbandoni,


certo ha chi more invidiabil sorte


a colui che la morte


sente de’ cari suoi. Che se nel vero,


com’io per fermo estimo,


il vivere è sventura,


grazia il morir, chi però mai potrebbe,


quel che pur si dovrebbe,


desiar de’ suoi cari il giorno estremo,


per dover egli scemo


rimaner di se stesso,


veder d’in su la soglia levar via


la diletta persona


con chi passato avrà molt’anni insieme,


e dire a quella addio senz’altra speme


di riscontrarla ancora


per la mondana via;


poi solitario abbandonato in terra,


guardando attorno, all’ore ai lochi usati


rimemorar la scorsa compagnia?


Come, ahi come, o natura, il cor ti soffre


di strappar dalle braccia


all’amico l’amico,


al fratello il fratello,


la prole al genitore,


all’amante l’amore: e l’uno estinto,


l’altro in vita serbar? Come potesti


far necessario in noi


tanto dolor, che sopravviva amando


al mortale il mortal? Ma da natura


altro negli atti suoi


che nostro male o nostro ben si cura.

 

 


 

 

Canti 


Felice Le Monnier editore, Firenze, 1845


Poème précédent en italien :


Giorgio Caproni : Petits vers du contrecaproni / Versicoli del controcaproni (15/12/2025)

 


 

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