Artur Lundkvist (1906 – 1991) : « Ne m’obligez pas... »
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Ne m’obligez pas
à renier ce que j’ai vu en rêve,
ce que j’ai vu de rêve dans le réel.
Ne m’obligez pas
à caresser les loups
à combler de journaux les volcans.
Ne m’obligez pas
à marcher avec des bottes de fer ou des chaussures à pointes.
Ceux qui vont pieds nus vont plus loin quand l’herbe le veut.
On peut bien porter dans ses bras un arbre de cinq ans
comme un enfant.
Je refuse de peindre sur des yeux affamés,
je refuse d’omettre les mots rouges
dans le compte-rendu des évènements.
Je jetterai des tisons ardent dans les chambres
sombres et propres.
Je marcherai sur les poux qui viennent comme une armée
de jadis avec son roi en tête.
J’étoufferai les automates avec le noir coton des négresses.
Je refuse d’écouter les cyclones sous l’eau
ou de nourrir les pieuvres de pivoines.
Je préfère sauter de la tour qui s’écroule,
sauver de la forêt en feu une pierre tombale,
daller d’hirondelles le ciel du soir
et boire la beauté au fleuve des rats.
Mais ne m’obligez pas à renier la vision
d’une équité droite comme le bambou,
d’une poésie chaude et rougeoyante comme la neige
dans la frondaison des pins.
(Vie d’herbe, 1954)
Traduit du suédois par Jean-Clarence Lambert
In, Artur Lundkvist : « Feu contre feu »
Falaize (Georges Fall éditeur), 1958
Du même auteur :
Une rose des vents pour l’Islande (05/12/2023)
Biographie pour le vent (05/12/2024)