Nicolás Guillén (1901 - 1990) : Chant pour tuer un serpent
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Chant pour tuer un serpent
Mayombé*-bombé- mayombé !
Mayombé-bombé- mayombé !
Mayombé-bombé- mayombé !
Le serpent a des yeux de verre ;
le serpent vient et s’enroule sur une branche ;
avec des yeux de verre il s’enroule sur une branche
avec des yeux de verre.
Le serpent se traîne sans patte ;
le serpent se cache dans l’herbe ;
en se traînant le serpent se cache dans l’herbe,
en se traînant sans patte !
Mayombé-bombé- mayombé !
Mayombé-bombé- mayombé !
Mayombé-bombé- mayombé !
Tu le frappes d’un coup de hache et il est mort :
frappe-le !
Ne le frappe pas de ton pied, car il te mord,
ne le frappe pas de ton pied car il s’en va !
Sensemaya, vois, le serpent,
sensemaya.
Sensemaya, avec ses yeux,
sensemaya.
Sensemaya, avec sa langue,
sensemaya.
Sensemaya, avec sa langue
sensemaya.
Le serpent mort ne peut manger ;
le serpent mort ne peut siffler ;
ni avancer,
ni s’élancer !
Le serpent mort ne peut plus voir ;
le serpent mort ne peut plus boire,
ni respirer
ni te piquer !
Mayombé-bombé- mayombé !
Sensemaya, vois, le serpent...
Mayombé-bombé- mayombé !
Sensemaya ne bouge plus...
Mayombé-bombé- mayombé !
Sensemaya, vois, le serpent...
Mayombé-bombé- mayombé !
Sensemaya, tu l’as tué !
* Mayombé : c’est le nom d’une région de forêt dense du Bas-Congo, ainsi que celui d’un
grand tambour de danse.
Traduit de l’espagnol par Claude Couffon
in, Nicolás Guillén : « Elégies et chansons cubaines »
Editions Seghers, 1959
Du même auteur : West Indies Ltd (27/10/14)