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Le bar à poèmes
24 novembre 2025

Nicolás Guillén (1901 - 1990) : Chant pour tuer un serpent

 

 

 

Chant pour tuer un serpent

 

 

 

Mayombé*-bombé- mayombé !


Mayombé-bombé- mayombé !


Mayombé-bombé- mayombé !


Le serpent a des yeux de verre ;


le serpent vient et s’enroule sur une branche ;


avec des yeux de verre il s’enroule sur une branche 


avec des yeux de verre.


Le serpent se traîne sans patte ;


le serpent se cache dans l’herbe ;


en se traînant le serpent se cache dans l’herbe,


en se traînant sans patte !

 

 

Mayombé-bombé- mayombé !


Mayombé-bombé- mayombé !


Mayombé-bombé- mayombé !

 

 

Tu le frappes d’un coup de hache et il est mort :


frappe-le !

 

 

Ne le frappe pas de ton pied, car il te mord,


ne le frappe pas de ton pied car il s’en va !

 

 

Sensemaya, vois, le serpent,


sensemaya.


Sensemaya, avec ses yeux,


sensemaya.


Sensemaya, avec sa langue,


sensemaya.


Sensemaya, avec sa langue


sensemaya.

 

 

Le serpent mort ne peut manger ;


le serpent mort ne peut siffler ;


ni avancer, 


ni s’élancer !


Le serpent mort ne peut plus voir ;


le serpent mort ne peut plus boire,


ni respirer


ni te piquer !

 

 

Mayombé-bombé- mayombé !


Sensemaya, vois, le serpent...


Mayombé-bombé- mayombé !


Sensemaya ne bouge plus...


Mayombé-bombé- mayombé !


Sensemaya, vois, le serpent...

 


Mayombé-bombé- mayombé !


Sensemaya, tu l’as tué !

 

 


* Mayombé : c’est le nom d’une région de forêt dense du Bas-Congo, ainsi que celui d’un


grand tambour de danse.

 

 

 

 

Traduit de l’espagnol par Claude Couffon


in, Nicolás Guillén : « Elégies et chansons cubaines »


Editions Seghers, 1959

 

Du même auteur : West Indies Ltd (27/10/14)
 

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