Luis Mizón (1942 - 2022) : Le songe du figuier en flammes / El sueño de la higuera en llamas (IV),
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Le songe du figuier en flammes
IV
1
La mer cache sa tendresse.
Dans la solitude
de la main.
Un bateau brûle
sous l’œil du ciel
Bleue carte à jouer.
Le centaure
et sa fiancée reviennent.
Et nous piétions
nos mots d’amour.
2
Je protège mon rêve avec ruse.
Des amis inconnus m’accompagnent.
Je leur dis : je recommence.
J’ai tout perdu.
Jusqu’au naufrage
dans la vague de lumière
et dans son ressac minuscule.
3
La plage est souillée de lait
phosphorescent.
Flaques où s’abreuvent
étoiles et mouettes indigentes.
Une comète délavée
rénove ses plumes
dans le bleu du feu.
4
Algue luxueuse de la nuit.
Papillon sacré.
Tortue d’or.
Caresse de ma bouche
et de ma langue.
Une ombre vive
m’éclaire.
Flamme sans brûlure.
Reflet solaire sur la fenêtre.
O tache dorée du retour,
laisse-moi nager avec mes propres mots !
Ce n’est eau de mer ou de fleuve.
Ni conte écrit par une encre invisible.
5
Le retour lentement se danse
avec des caresses télépathiques.
Des souvenirs minutieux.
Des scènes répétées.
Des rumeurs qui sauvent.
Se poursuit le passage du centaure
valsant avec sa chère petite femme.
Main dans la main.
Tour à tour soleil et lune.
Satellite de l’autre.
6
Un infime déplacement
de la lumière
transforme la couleur d’un continent.
Souvenirs cosmiques.
La lumière oblique
embellit couples et pommes.
L’arc-en-ciel prisonnier
dans la bave dorée
de la truite.
Etoile qui remonte
le courant nocturne.
7
Aux obsèques du temps.
Les murs
reflètent
l’hésitation du retour.
La rumeur, la respiration et la lumière
répétée et prononcée
par le reflet du figuier en flammes.
Centaure d cuivre qui danse
au soir tombant.
8
Je déchiffre l’océan.
Les reflets de l’incendie.
Le bleu de la carte à jouer.
Le bateau peint par la fumée
dans la solitude de mes mains.
La terre de plus en plus sèche.
Je devine les étoiles qui palpitent.
Les ouïes de sang.
Le dauphin, la méduse, l’espadon
et la truite fabuleuse du ciel.
9
Ma maison est une plage
ou peut-être un jardin
avec des statues mortes
et rien qu’un centaure vivant
ornant l’eau noire d’un bassin.
Je vis au pied d’une cascade aux eaux figées
avec le temps arrêté dans les mots.
J’écoute la rumeur
d’un fleuve
dans la conque secrète de mon oreille.
10
J’invente ce que je mange, ce que je lis.
Des yeux qui ne sont miens lavent mon visage
et parfois dénudent
mon cœur et mon âme.
Etoile sans où.
Etoile sans quand.
Oeil du ciel.
Amour sans nuages.
Dragon de la mer.
Ville éprise.
Nous partirons comme les pauvres.
Sans allumer la lumière.
Sans faire de bruit.
11
La lecture du ciel
exaspère mon oreille.
La lumière crie dans la roche.
Mon corps est œil et toucher.
Solitude immédiate.
Je te regarde naître en moi.
Double cratère de lumière amoureuse.
Mon âme, je crois que c’est mon âme
cette chose dure qui se balance
dans le secret de mon cœur
sourd et muet.
Soleil intérieur.
Reclus dans son patio d’azulejos
comme un cardinal dans la mélancolie.
12
Des résidus qui murmurent.
Des bris de lumière vive.
La trace du monde est fragment
de lumière en grand péril,
malgré ou non ma volonté,
graine de musique
dans la rage d’un cercle infini.
13
A nouveau nous sommes venus.
Défiant le vent
de la grande plage.
Regarder sauter la truite
dans sa maison de lumière en éclats.
Infidèle et amoureux.
J’épie un visage
inconnu
parmi planètes et naufrages.
Et je ramasse sur la plage
un minuscule galet blanc
sur lequel est gravé mon nom.
Traduit de l’espagnol par Claude Couffon
In, Luis Mizon : « Le songe du figuier en flammes / El sueño de la higuera en llamas »
Editions Folle Avoine, 35137 Bédée, 1999
Du même auteur :
Prisons / Prisiones (05/08/2014)
L’arbre / El árbol (05/08/2015)
Terre prochaine / Tierra próxima (05/08/2016)
Vent du Sud / Viento Sur (05/08/2017)
Retour / Retorno (05/08/2018)
Fantôme / Fantasmas (05/08/2020)
La mer des Sargasses (extraits) (05/08/2021)
Le songe du figuier en flammes / El sueño de la higuera en llamas (I) (05/08/2022)
Le songe du figuier en flammes / El sueño de la higuera en llamas (II) (05/08/2023)
Le songe du figuier en flammes / El sueño de la higuera en llamas (III) (05/08/2024)
El sueño de la higuera en llamas
IV
1
El mar esconde su ternura.
En la soledad
de la mano.
Un barco arde
bajo el ojo del cielo.
Naipe azul.
El centauro
con su novia regresan.
Y nosotros pisoteamos
nuestras palabras de amor.
2
Defiendo mi sueño con astucia.
Amigos desconocidos me acompañan.
Les he dicho que comienzo de nuevo.
Todo lo he perdido.
Hasta el naufragio
en la ola de luz
y su minúscula resaca.
3
La playa esta mojada de leche
que fosforesce.
Charcos donde beben
estrellas y gaviotas pobri̇́simas
Un cometa descolorido
renueva sus plumas
en el azul del fuego.
4
Alga lujosa de la noche.
Mariposa sagrada.
Tortuga de oro.
Capricio de mi boca
y de mi lengua.
Me alumbra
una sombra viva.
Llama que no quema.
Reflejo del sol en la ventana.
Mancha dorada del regreso,
¡déjame nadar con mis palabras!
Nos es agua de mar o de rio.
Ni cuento escrito con tinta invisible.
5
El regreso se danza lentamente
con caricias telepа́ticas.
Recuerdos minuciosos.
Escenas repetidas
Rumores que salvan.
Sigue el paso del centauro bailari̇́n
que gira con su mujercita.
Tomados de la mano.
Cada uno a su turno sol y luna.
Satélite del otro.
6
Un desplazamiento mini̇́mo
de la luz
cambia el color de un continente.
Cо́smicos recuerdos.
La luz oblicua
embellece parejas y manzanas.
El arcoiris prisoniero
en la bava dorada
de la trucha.
Estrella que remonta
la corriente nocturna.
7
En el funeral del tiempo.
Los muros
reflejan
la vacilaciо́n del regreso.
El rumor, la respiraciо́n y la luz
repetida y pronunciada
por el reflejo de la higuera en llamas.
Centauro de cobre que danza
con el atardecer.
8
Descifro el océano.
Los reflejos del incendio.
El naipe azul.
El barco pintado con humo
en la soledad de mis manos.
La tierra cada vez mа́s seca.
Adivino estrellas que laten.
Agallas de sangre.
La medusa el delfín el pez espada
y la trucha fabulosa del cielo.
9
Mi casa es una playa
o quizа́s un jardín
con estatuas muertas
y sо́lo un centauro vivo
adornando una fuente de agua negra.
Vivo al pie de una cascada inmо́vil
con el tiempo detenido en las palabras.
Escucho el rumor
de un río
en la concha secretan de mi oído.
10
Invento lo que como y lo que leo.
Ojos ajenos me lavan la cara
y a veces me descubren
el corazón y el alma.
Estrella sin donde.
Estrella sin cuando.
Ojo del cielo.
Amor sin nubes.
Dragón del mar.
Ciudad enamorada.
Nos iremos como los pobres.
Sin encender la luz.
Sin hacer ruido.
11
La lectura del cielo
exaspera mi oído.
La luz grita en la roca.
Mi cuerpo es ojo y tacto.
Soledad inmediata.
Te miro naciendo en mí.
Doble crа́ter de luz enamorada.
Y creo que es mi alma
la cosa dura que se balancea
en el secreto de mi cuerpo
sordomudo.
Sol de adentro.
Encerrado en su patio de azulejos
como un cardenal en la melancolía.
12
Residuos que murmuran.
Pedacitos de luz viva.
La huella del mundo es fragmento
de luz en peligro
y quieras o no quieras,
semilla de música
en la rabia de un círculo infinito.
13
Otra vez hemos venido.
Desafiando el ventarrón
de la gran playa.
A mirar como salta la trucha
en su casa de luz quebrada.
Infiel y enamorado.
Espío un rostro
desconocido
entre planetas y naufragios.
Y recojo en la playa
una diminuta piedra blanca
con mi nombre.
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