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Le bar à poèmes
25 août 2025

Claude Esteban (1935 – 2006) : Strophes du monde ancien (I et VII)

 

 

 

Strophes du monde ancien

 

(extraits)


I

 

Mais comme on est petit, chaque soir,


quand on commence


l’air, le dedans de l’air


est si léger, peut-être que l’espoir


a la forme tremblante d’une libellule et qu’on


devient soi-même comme un pétale


et que le vent vous porte un peu plus loin, on a


vécu si longtemps, si


longuement, on pourrait se défaire et comme


il serait doux le soir


pour celui qui sait qu’il n’est plus rien, mais


quelque chose est là, une ronce,


un peu de sang qui brûle encore à la blessure


et tout cela qui n’est


presque rien, vous retarde et vous


disaient sur le chemin, mon dieu, que la vie


d’hier est là si proche et qui


vous rattrape, souvenirs, souvenirs, cadavres


devenus gris, actes morts, oh le soir


quand il vient


léger, plus léger, chaque soir, que toutes les feuilles


qui tombent,


le soir, le soir tout neuf, a-t-il besoin qu’on lui


raconte tout cela


il marche, il a ses mots à lui, il invente


son lieu, sa loi, et qui


s’attarde dans son malheur, ne peut ni


le voir ni même


s’il fait semblant, le reconnaître, le soir


est si léger, juste un pas


un remords de trop fait qu’il nous


évite


oh le soir, oh celui qui revient et qui


veut qu’on oublie


arrête-toi un peu, regarde


celui qui n’a plus de regard et qui t’espère


et qui te perd, accepte-le, prends-le


comme un poids de plus sur ton épaule.


                                                                          25/7/96

 

 

VII

 

L’olive, le grain mûr qu’on broie, la substance


de la terre enfin soumise


oh les travaux qui ne cessent plus, la sueur


qui devient allégresse et ce moment


de grâce quand le soleil a rougi les grappes


et qu’on partage, en s’enivrant un peu, la liqueur


neuve, le feu dans les veines, le vin


qui peut dire, quel dieu là-bas sur sa montagne,


que l’homme, l’un après l’autre,


et sous la dure loi du soleil, n’invente pas,


n’arrache pas ce qu’il lui faut


pour lui, pour les enfants qu’il fait, aux entrailles


obscures de la matière


il danse, il partage entre ceux qu’il aime


le pain, il s’enrichit


le corps et l’âme et quelque chose de plus grand


que lui fait qu’il s’incline sur le sol


et qu’il ne doute plus que les astres qui tournent


dans le ciel


ne lui sont bienveillants et ne le comprennent, nulle


faute, nul vieux remords.


                                                                        30/7/96

 

 

Ces deux poèmes sont extraits d’un ensemble manuscrit inédit, qualifié d’in progress et daté de juillet1996. (Réf.

fonds Claude Esteban, IMEC/EST 46.1).

 

 

In, revue « Secousse » H.S, 10 Avril 2016


Revue numérique, Editions Obsidiane, 89500 Bussy-le-Repos


Du même auteur : 


« Quand on a souffert trop longtemps… » (10/06/2014)


 Croyant nommer (10/10/2015)


« Dans le vide qui vient… » (12/03/2018)


« Cette femme ... » (13/09/2019)
 

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