Claude Esteban (1935 – 2006) : Strophes du monde ancien (I et VII)
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Strophes du monde ancien
(extraits)
I
Mais comme on est petit, chaque soir,
quand on commence
l’air, le dedans de l’air
est si léger, peut-être que l’espoir
a la forme tremblante d’une libellule et qu’on
devient soi-même comme un pétale
et que le vent vous porte un peu plus loin, on a
vécu si longtemps, si
longuement, on pourrait se défaire et comme
il serait doux le soir
pour celui qui sait qu’il n’est plus rien, mais
quelque chose est là, une ronce,
un peu de sang qui brûle encore à la blessure
et tout cela qui n’est
presque rien, vous retarde et vous
disaient sur le chemin, mon dieu, que la vie
d’hier est là si proche et qui
vous rattrape, souvenirs, souvenirs, cadavres
devenus gris, actes morts, oh le soir
quand il vient
léger, plus léger, chaque soir, que toutes les feuilles
qui tombent,
le soir, le soir tout neuf, a-t-il besoin qu’on lui
raconte tout cela
il marche, il a ses mots à lui, il invente
son lieu, sa loi, et qui
s’attarde dans son malheur, ne peut ni
le voir ni même
s’il fait semblant, le reconnaître, le soir
est si léger, juste un pas
un remords de trop fait qu’il nous
évite
oh le soir, oh celui qui revient et qui
veut qu’on oublie
arrête-toi un peu, regarde
celui qui n’a plus de regard et qui t’espère
et qui te perd, accepte-le, prends-le
comme un poids de plus sur ton épaule.
25/7/96
VII
L’olive, le grain mûr qu’on broie, la substance
de la terre enfin soumise
oh les travaux qui ne cessent plus, la sueur
qui devient allégresse et ce moment
de grâce quand le soleil a rougi les grappes
et qu’on partage, en s’enivrant un peu, la liqueur
neuve, le feu dans les veines, le vin
qui peut dire, quel dieu là-bas sur sa montagne,
que l’homme, l’un après l’autre,
et sous la dure loi du soleil, n’invente pas,
n’arrache pas ce qu’il lui faut
pour lui, pour les enfants qu’il fait, aux entrailles
obscures de la matière
il danse, il partage entre ceux qu’il aime
le pain, il s’enrichit
le corps et l’âme et quelque chose de plus grand
que lui fait qu’il s’incline sur le sol
et qu’il ne doute plus que les astres qui tournent
dans le ciel
ne lui sont bienveillants et ne le comprennent, nulle
faute, nul vieux remords.
30/7/96
Ces deux poèmes sont extraits d’un ensemble manuscrit inédit, qualifié d’in progress et daté de juillet1996. (Réf.
fonds Claude Esteban, IMEC/EST 46.1).
In, revue « Secousse » H.S, 10 Avril 2016
Revue numérique, Editions Obsidiane, 89500 Bussy-le-Repos
Du même auteur :
« Quand on a souffert trop longtemps… » (10/06/2014)
Croyant nommer (10/10/2015)
« Dans le vide qui vient… » (12/03/2018)
« Cette femme ... » (13/09/2019)