Motl Grubian (1909 – 1972) : Ma sœur
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Ma sœur
Que la ténèbre fuie et la lumière soit
Comme lune trouant les nuages du soir.
Au tribunal j’ai vu apparaître ma sœur
Les cheveux coupés ras, visage sans couleur.
Elle va, dans ses mains elle porte ses tresses,
Elle traîne à ses pas un voile d’ombre épaisse,
La cendre qui s’étend comme un pont sur la terre,
Elle va sans jeter un regard en arrière,
Pieds nus dans la lumière ardente qui la pare,
Elle marche et s’approche à pas lents de la barre.
Rangs serrés sur leurs bancs voici les assassins.
Mon père ils t’ont poussé vers la fosse un matin.
Au juge, traversant les flammes, ma voix crie :
- Enfants gazés, martyrs, mes frères ont péri.
Fumée des fours, voici venir le firmament
Et des monts de souliers et des pics d’ossements...
L’écheveau des cheveux en feu file à mes doigts
Brûlant mes yeux comme en cette nuit d’autrefois
Où l’on rasa ma tête, où l’on scruta ma face.
Reste-t-il de la vie une braise fugace ?
J’exige la justice. Un seul mot de la Loi :
Que la ténèbre fuie et la lumière soit.
Traduit du yiddish par Charles Dobzynski
In, « Anthologie de la poésie yiddish. Le miroir d’un peuple »
Editions Gallimard (Poésie), 2000