Giovanni Della Casa (1503- 1556) : « Ô sommeil... » / « O sonno... »
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Portrait de Giovanni della Casa par Jacopo Pontormo.
Ô sommeil, toi l’enfant paisible de la Nuit
Calme, fraîche et obscure, ô toi le réconfort
Des mortels accablés, doux oubli de ces maux
Qui nous rendent la vie éprouvante et morose ;
Viens-t’en, de grâce, aider mon cœur qui se tourmente
sans cesse et qui s’étiole et soulager mon corps
Trop faible et harassé. Sommeil, vole vers moi,
Etends pour m’abriter, tes ailes tutélaires.
Mais le silence a fui, qui fuit pourtant le jour !
Je ne vois pas, non plus, l’essaim léger des songes,
Compagnons coutumiers, qui vaguement te suivent.
Mais hélas ! vainement je t’appelle et je tente
D’apprivoiser en vain ton ombre glaciale.
Ô ma couche si dure, ô nuits si torturantes !
Traduit de l’italien par Sicca Venier
in, « Poètes d’Italie, Anthologie »
Editions de La Table Ronde, 1999
Ô sommeil, ô toi de la douce moite, ombreuse
Nuit calme fils ; ô toi qui, aux mortels dolents
Donnes le réconfort, l’oubli douillet de maints
Cruels tourments qui font leur vie âpre et morose ;
Secours enfin ce cœur languissant, qui ne trouve
Point de repos, et soulage un corps harassé
Et frêle ; vole vers moi, ô sommeil, et viens
Etendre et replier sur moi tes ailes sombres.
Où donc est le silence, que l’éclat du jour
Fait fuir ? Où, les songes furtifs, mal assurés,
Dont l’empreinte sans cesse accompagne ta marche ?
Las, je t’implore en vain, c’est en vain que je flatte
Ces ombres noires et glacées. Que cette couche
Est rude ! Ô nuits, qu’amèrement vous me poigniez !
Traduit de l’italien par Maurice Javion
In, « Anthologie bilingue de la poésie italienne »
Editions Gallimard (Pléiade), 1994
O sonno, o de la queta, umida, ombrosa
Notte placido figlio ; o de’ mortali
Egri conforto, oblio dolce de’ mali
Si gravi ond’é la vitaaspra e noiosa ;
Soccorri al core omai, che lange e posa
Non ave,e queste membra stanche e frali
Solleva : a me ten vola, o sonno, e l’ali
Tue brune sovra me distendi e posa.
Ov’è ’l silenzioc che ’l dì fugge e’l lume ?
E i lievi sogni, che con non secure
Vestigia di seguirti han per costume ?
Lasso, cche ‘nvan te chiamo, e queste oscure
E gelide ombre invan lunsigo. O piume
D’asprezza come ! o notti acerbe e dure !
Poème précédent en italien :
Jacopo Sannazaro : « Icare chut ici... » / « Icaro cadde qui... » (11/06/2025)
Poème suivant en italien :
Alfonso Gatto : Là-bas en Arizona / Laggiù nell’ Arizona », sull’accolto (31/06/2025)