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Le bar à poèmes
20 juillet 2025

Giovanni Della Casa (1503- 1556) : « Ô sommeil... » / « O sonno... »

Portrait de Giovanni della Casa par Jacopo Pontormo.

 

 

Ô sommeil, toi l’enfant paisible de la Nuit


Calme, fraîche et obscure, ô toi le réconfort


Des mortels accablés, doux oubli de ces maux


Qui nous rendent la vie éprouvante et morose ;

 

 

Viens-t’en, de grâce, aider mon cœur qui se tourmente 


sans cesse et qui s’étiole et soulager mon corps


Trop faible et harassé. Sommeil, vole vers moi,


Etends pour m’abriter, tes ailes tutélaires.

 

 

Mais le silence a fui, qui fuit pourtant le jour !


Je ne vois pas, non plus, l’essaim léger des songes,


Compagnons coutumiers, qui vaguement te suivent.

 

 

Mais hélas !  vainement je t’appelle et je tente


D’apprivoiser en vain ton ombre glaciale.


Ô ma couche si dure, ô nuits si torturantes !

 

 


Traduit de l’italien par Sicca Venier

in, « Poètes d’Italie, Anthologie »

Editions de La Table Ronde, 1999

 

 

Ô sommeil, ô toi de la douce moite, ombreuse


Nuit calme fils ; ô toi qui, aux mortels dolents


Donnes le réconfort, l’oubli douillet de maints


Cruels tourments qui font leur vie âpre et morose ;

 

 

Secours enfin ce cœur languissant, qui ne trouve


Point de repos, et soulage un corps harassé


Et frêle ; vole vers moi, ô sommeil, et viens


Etendre et replier sur moi tes ailes sombres.

 

 

Où donc est le silence, que l’éclat du jour 


Fait fuir ? Où, les songes furtifs, mal assurés,


Dont l’empreinte sans cesse accompagne ta marche ?

 

 

Las, je t’implore en vain, c’est en vain que je flatte


Ces ombres noires et glacées. Que cette couche


Est rude ! Ô nuits, qu’amèrement vous me poigniez !  

 

 

 

Traduit de l’italien par Maurice Javion

In, « Anthologie bilingue de la poésie italienne »

Editions Gallimard (Pléiade), 1994 

 

 

O sonno, o de la queta, umida, ombrosa


Notte placido figlio ; o de’ mortali


Egri conforto, oblio dolce de’ mali


Si gravi ond’é la vitaaspra e noiosa ;

 

 

Soccorri al core omai, che lange e posa


Non ave,e queste membra stanche e frali


Solleva : a me ten vola, o sonno, e l’ali


Tue brune sovra me distendi e posa.

 

 

Ov’è  ’l silenzioc che ’l dì fugge e’l lume ?


E i lievi sogni, che con non secure


Vestigia di seguirti han per costume ?

 

 

Lasso, cche ‘nvan te chiamo, e queste oscure


E gelide ombre invan lunsigo. O piume


D’asprezza come ! o notti acerbe e dure !


Poème précédent en italien :


Jacopo Sannazaro  : « Icare chut ici... » / « Icaro cadde qui... » (11/06/2025)

 

Poème suivant en italien :


Alfonso Gatto : Là-bas en Arizona / Laggiù nell’ Arizona », sull’accolto (31/06/2025)
 

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