Arnaut Daniel (1150 – 1210) : « Sur cette mélodie... » / « En cest sonet... »
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Arnaut Daniel, ms Français 856,chansonnier Occitan C de la BnF
Sur cette mélodie précieuse et allègre
je fabrique des mots je les rabote je les aplanis
ils seront vrais et certains
quand j’aurai passé la lime
puisque l’amour rapide polit et dore
mon chant qui d’elle vient
qui prix maintient et gouverne
Chaque jour je m’améliore je m’affine
la meilleure je sers et adore
du monde je vous le dis clairement
sien je suis des pieds à la cime
et que souffle le vent froid
l’amour qui au cœur me pleut
me tient chaud où est l’hiver
Mille messes j’entends et offre
je brûle lumière de cire et d’huile
que Dieu m’en récompense
d’elle dont ne sauve nulle escrime
et je regarde ses cheveux blonds
son corps gai svelte et neuf
je l’aime plus qu’avoir Lucerne
Je l’aime de cœur je la recherche
de trop de désir je crois la perdre
si on peut perdre à aimer
son cœur vole au-dessus du mien
tout entier et sans essor
elle a si bien fait d’usure
qu’elle possède l’ouvrier et la boutique
Je ne veux l’empire de Rome
ni qu’on me fasse le pape
si je ne peux retourner à celle
pour qui brûle mon cœur et gerce
et si elle ne me guérit de ma douleur
d’un baiser avant l’an neuf
elle me tue et elle se damne
Pour le tourment que je souffre
de bien aimer je me détourne
même par la solitude
puisque j’ai fais mots en rime
je souffre plus aimant que celui qui laboure
et plus n’aima même d(un œuf
celui de Moncli Audierne
Je suis Arnaut qui amasse le vent
chasse le lièvre avec le bœuf
et nage contre le courant
Adapté de l’occitan par Jacques Roubaud
in, « Les Troubadours. Anthologie bilingue »
Seghers éditeur, 1980
Sur ces vers plaisants et légers
J’use du rabot et doloire,
Ils ne seront vraiment à point
Quand aurai passé à la lime,
Amour empressé lisse et dore
La chanson que m’inspire celle
Qui vertu protège et gouverne.
Toujours améliore et polis,
Car la plus gente, sers et honore,
Du monde, j’ose bien le dire,
Sien suis, des pieds jusqu’à la tête,
et dès que vente la froide bise,
L’amour qui dans le cœur me prend
Me tient chaud au plus froid d’hiver.
Milles messes fait dire et entends,
Et brûle cierges de cire et d’huile
Afin que Dieu me donne bonne aide
Auprès de celle qu’en vain aime.
Et quand contemple ses cheveux blonds,
Son corps gai, gracieux et neuf,
Peut me chaut les biens de Luserne.
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Je ne veux point de Rome l’empire,
Ni que l’on m’en fasse l’apôtre,
Si pour cela ne dois revoir
Celle qui mon cœur brûle et ronge.
Et si mon mal ne me guérit
Par un baiser avant l’an neuf,
M’occit et se voue à l’enfer...
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Je suis Arnaud, j’amasse le vent
Et chasse le lièvre avec un bœuf
Et nage contre le courant.
Adaptée de l’occitan par France Igly
In, « Troubadours et trouvères »
Pierre Seghers, 1960
En cest sonet coind'e leri
Fauc motz e capuig e doli,
E serant verai e cert
Quan n'aurai passat la lima ;
Qu'Amors marves plan'e daura
Mon chantar, que de liei mou
Qui pretz manten e governa.
Tot jorn meillur et esmeri
Car la gensor serv e coli
Del mon, so·us dic en apert.
Sieus sui del po tro qu'en cima,
E si tot venta·ill freid'aura,
L'amors qu'inz el cor mi plou
Mi ten chaut on plus iverna.
Mil messas n'aug e'n proferi
E'n art lum de cera e d'oli
Que Dieus m'en don bon issert
De lieis on no·m val escrima ;
E quan remir sa crin saura
E'l cors gai, grailet e nou
Mais l'am que qui·m des Luserna
Tant l'am de cor e la queri
C'ab trop voler cug la·m toli
S'om ren per ben amar pert.
Qu'el sieus cors sobretracima
Lo mieu tot e non s'eisaura ;
Tant a de ver fait renou
C'obrador n'a e taverna
No vuoill de Roma l'emperi
Ni c'om m'en fassa apostoli
Qu'en lieis non aia revert
Per cui m'art lo cors e·m rima ;
E si·l maltraich no·m restaura
Ab un baisar anz d'annou,
Mi auci e si enferna.
Ges pel maltraich qu'ieu soferi
De ben amar no·m destoli ;
Si tot mi ten en desert.
C'aissi'n fatz los motz en rima.
Pieitz trac aman, c'om que laura,
C'anc plus non amet un ou
Cel de Moncli n'Audierna
Ieu sui Arnautz qu'amas l'aura,
E chatz la lebre ab lo bou
E nadi contra suberna.
Poème précédent en occitan :
Marcela Delpastre (1925 – 1998) : Le miroir / Lo miralh (01/04/2025)
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