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Le bar à poèmes
27 juillet 2025

Arnaut Daniel (1150 – 1210) : « Sur cette mélodie... » / « En cest sonet... »

 

Arnaut Daniel, ms Français 856,chansonnier Occitan C de la BnF

 

 

 

Sur cette mélodie précieuse et allègre


je fabrique des mots je les rabote je les aplanis


ils seront vrais et certains


quand j’aurai passé la lime


puisque l’amour rapide polit et dore


mon chant qui d’elle vient


qui prix maintient et gouverne

 

 

Chaque jour je m’améliore je m’affine


la meilleure je sers et adore


du monde je vous le dis clairement


sien je suis des pieds à la cime


et que souffle le vent froid


l’amour qui au cœur me pleut


me tient chaud où est l’hiver

 

 

Mille messes j’entends et offre


je brûle lumière de cire et d’huile


que Dieu m’en récompense


d’elle dont ne sauve nulle escrime


et je regarde ses cheveux blonds


son corps gai svelte et neuf


je l’aime plus qu’avoir Lucerne

 

 

Je l’aime de cœur je la recherche


de trop de désir je crois la perdre


si on peut perdre à aimer


son cœur vole au-dessus du mien


tout entier et sans essor


elle a si bien fait d’usure


qu’elle possède l’ouvrier et la boutique

 

 

Je ne veux l’empire de Rome


ni qu’on me fasse le pape


si je ne peux retourner à celle


pour qui brûle mon cœur et gerce


et si elle ne me guérit de ma douleur


d’un baiser avant l’an neuf


elle me tue et elle se damne

 

 

Pour le tourment que je souffre


de bien aimer je me détourne


même par la solitude


puisque j’ai fais mots en rime


je souffre plus aimant que celui qui laboure


et plus n’aima même d(un œuf


celui de Moncli Audierne

 

 

Je suis Arnaut qui amasse le vent


chasse le lièvre avec le bœuf


et nage contre le courant

 

 

 


Adapté de l’occitan par Jacques Roubaud


in, « Les Troubadours. Anthologie bilingue »


Seghers éditeur, 1980

 


Sur ces vers plaisants et légers


J’use du rabot et doloire,


Ils ne seront vraiment à point


Quand aurai passé à la lime, 


Amour empressé lisse et dore


La chanson que m’inspire celle


Qui vertu protège et gouverne.

 

 

Toujours améliore et polis,


Car la plus gente, sers et honore,


Du monde, j’ose bien le dire,


Sien suis, des pieds jusqu’à la tête,


et dès que vente la froide bise,


L’amour qui dans le cœur me prend


Me tient chaud au plus froid d’hiver.

 

 

Milles messes fait dire et entends,


Et brûle cierges de cire et d’huile


Afin que Dieu me donne bonne aide


Auprès de celle qu’en vain aime.


Et quand contemple ses cheveux blonds, 


Son corps gai, gracieux et neuf,


Peut me chaut les biens de Luserne.

 

................................................................

Je ne veux point de Rome l’empire,


Ni que l’on m’en fasse l’apôtre,


Si pour cela ne dois revoir


Celle qui mon cœur brûle et ronge.


Et si mon mal ne me guérit


Par un baiser avant l’an neuf,


M’occit et se voue à l’enfer...

 

 

.....................................................................

Je suis Arnaud, j’amasse le vent


Et chasse le lièvre avec un bœuf


Et nage contre le courant.

 


Adaptée de l’occitan par France Igly


In, « Troubadours et trouvères »


Pierre Seghers, 1960

 

 

En cest sonet coind'e leri


Fauc motz e capuig e doli,


E serant verai e cert


Quan n'aurai passat la lima ;


Qu'Amors marves plan'e daura


Mon chantar, que de liei mou


Qui pretz manten e governa.


Tot jorn meillur et esmeri


Car la gensor serv e coli


Del mon, so·us dic en apert.


Sieus sui del po tro qu'en cima,


E si tot venta·ill freid'aura,


L'amors qu'inz el cor mi plou


Mi ten chaut on plus iverna.


Mil messas n'aug e'n proferi


E'n art lum de cera e d'oli


Que Dieus m'en don bon issert


De lieis on no·m val escrima ;


E quan remir sa crin saura


E'l cors gai, grailet e nou


Mais l'am que qui·m des Luserna 


Tant l'am de cor e la queri


C'ab trop voler cug la·m toli


S'om ren per ben amar pert.


Qu'el sieus cors sobretracima


Lo mieu tot e non s'eisaura ;


Tant a de ver fait renou


C'obrador n'a e taverna


No vuoill de Roma l'emperi


Ni c'om m'en fassa apostoli 


Qu'en lieis non aia revert


Per cui m'art lo cors e·m rima ;


E si·l maltraich no·m restaura


Ab un baisar anz d'annou,


Mi auci e si enferna.


Ges pel maltraich qu'ieu soferi


De ben amar no·m destoli ;


Si tot mi ten en desert.


C'aissi'n fatz los motz en rima.


Pieitz trac aman, c'om que laura,


C'anc plus non amet un ou


Cel de Moncli n'Audierna 


Ieu sui Arnautz qu'amas l'aura,


E chatz la lebre ab lo bou


E nadi contra suberna.

 

Poème précédent en occitan :


Marcela Delpastre (1925 – 1998) : Le miroir / Lo miralh (01/04/2025)

 

Poème suivant en occitan :


Max Rouquette  : La vieille / La vièlha (06/10/2025)
 

 

 

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