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Le bar à poèmes
27 janvier 2021

Francisco de Quevedo y Villagas (1580 – 1645) : « J’aurai vu les remparts... » / « Miré los muros... »

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     J’aurai vu les remparts de ma patrie,

Si forts jadis, déjà démantelés,

Céder au pas du temps, contre lequel

Désormais leur vaillance ne tient plus.

 

     J’aurai vu dans les champs le soleil boire

Le fil de l’eau où le gel se délie

Et les troupeaux chercher en vain les bois

Qui dérobaient jadis le jour au jour

 

     J’aurai vu ma maison vile dépouille

 De ma vieille demeure d’autrefois,

Mon bâton infléchi et moins solide,

 

     Et mon épée abattue par les ans ;

Plus rien où poser les regards, plus rien

Qui ne soit signe et rappel de la mort.

 

Traduit de l’espagnol par Mathilde Pomès,

in, « Anthologie de la poésie espagnole »

Librairie Stock, 1957

 

J’ai regardé les murs de ma patrie,


Un temps si forts, déjà démantelés,


Par le discours de l’âge exténués,


Qui rend enfin caduque leur bravoure.

 


 
J’allais aux champs, et je vis le soleil


Boire les eaux déjointes de leur glace,


Et les troupeaux, à la montagne reprochant


De dérober le jour dans l’ombre opaque.

 


 
J’entrai dans la maison, et je la vis souillée,


Dépouille seulement d’une ancienne demeure,


Et mon bâton, plus courbe et moins vaillant.

 


 
J’ai senti mon épée défaite par les ans,

 

Et je n’ai trouvé autre chose ou reposer mes yeux


Qui ne me fût mémoire de la mort.
 

 

 

Traduit de l’espagnol par Claude Esteban

in, « Anthologie bilingue de la poésie espagnole »

Editions Gallimard (La pléiade), 1995

Du même auteur :

A Rome, ensevelie sous les ruines / A Roma sepultada en sus ruinas (11/01/2019)

« Du dernier jour déjà le glas résonne... » / « Ya formidable y espantoso suena...  (19/09/2024) 

« Hier, un songe... / « ¡ Fue sueño ayer... » (19/09/2025)

 

     Miré los muros de la patria mía,

Si un tiempo fuertes, ya desmoronados,

De la carrera de la edad cansados,

Por quen caduca ya su valentia.

 

     Salíme al campo, ví que el sol bebía

Los arroyos del hielo desatados,

Y del monte quejosos los ganados,

Que con sombras hurtó su luz al dia.

 

     Entré en mi casa ; ví que amancillada

De anciana habitación era despojos ;

Mi báculo más corvo y menos fuerte.

 

     Vencida de la edad senti mi espada,

Y no hallé cosa en que poner los ojos

Que nos fuese recuerdo de la muerte.

 

Poème précédent en espagnol :

Federico Garcia Lorca : L’infidèle / La casada infiel (19/12/2020)

Poème suivant en espagnol :

Octavio Paz: Mise au net / Pasado en claro (10/02/2021)

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