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Le bar à poèmes
13 décembre 2019

Jean – Pierre Duprey (1930 – 1959) : Foi, les choses

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IV. Foi, les  choses

 

SAVEUR D'HOMME

 

 

Donnez-moi de quoi changer les pierres,

De quoi me faire des yeux

Avec autre chose que ma chair

Et des os avec la couleur de l'air ;

Et changez l'air dont j'étouffe

En un soupir qui le respire

Et me porte ma valise

De porte en porte ;

Qu'à ce soupir je pense : sourire

Derrière une autre porte.



Détestable saveur d'homme.



En vérité, une main ne tremble

Que pour vieillir sa mémoire ;

L'autre ne vieillit que d'avoir

Trop bougé de vie depuis le temps

Où le monde l'a basculée

Dans l'histoire du temps et du moment,

Qui, sans jamais se ressembler,

Se retrouve à chaque instant

Dans le sac noirci de son éternité.

 

AU NID

 

Eloignez-vous de cela

 

Qui dort dans sa tête,

 

Sa tête qui a du bon

 

Et fait bon poids.

 

 

 

Pour que la tête perde ce poids,

 

 

Mangez les oiseaux vivants au vol ;

 

Pour prévenir votre ombre,

 

Pour entretenir vos nuits,

 

Dînez aux pattes de la veuve noire.

 

 

 

Et laissez-lui le soin

 

Du voile nuptial

 

Arborant votre tête, préservant

 

La couvée de vos ombres.

 

 

 

Lors des creux, ces partages du vide,

 

Guerre des silences, guerre des ouates.

 

 

RUINE

 

La ruine a manqué la maison

 

D’une pierre qui

 

N’est retombée dans le salon

 

Qu’après le cri.

 

 

 

La ruine a manqué le salon

 

Où s’entretient la famille défunte.

 

Les grands-parents prêchent le pardon

 

 

Pour la branche éteinte.

 

 

 

 

Et le cousin mort à Sainte-Anne

 

Cherche son esprit sur un âne

 

 

Galopant par les champs d’avoine

Que sema la maladie feinte.

 

REPOSEZ-VOUS

 

 

 

Reposez-vous, mangeurs de choses,

 

Ou prenez-moi par une main qui dévore.

 

Au fond du jeu qui me suppose,

 

Se font, se défont les tissus du corps.

 

 

 

Reposez-moi, mangeurs de choses,

 

Entre les doigts défaits de la main bleue

 

Qui file, autour de la nuit qui m’expose,

 

Ses ongles, larmes séchées d’anges creux.

 

 

 

J’ai mémoire encore de poutrelles,

 

Au-dessus du lac qui saborde

 

Ses propres surfaces sous ses ailes ;

 

Et puis les gestes prêtés à l’ordre

 

 

 

Et les gestes d’intervention

 

D’une muraille plantée de coudes

 

Qui ne jure l’absolution

 

Que pour cette partie de chair lourde

 

 

 

Pressée ailleurs ;

 

Alors qu’ailleurs encore

 

Ailleurs encore

 

Toutes mes parties de peur

 

Parties de peur

 

Tournent autour de la charrette des couleurs.

 

 

 

CHAMBRE

 

Les larmes sur l’ardoise,

Les armes dans la chambre.

Quelque chose pensait...

Il fallait que les fantômes mangent !

 

La neige a répandu des fleurs

Que le ciel mouille en chaque oiseau

Chaque oiseau

Planant un nuage fait pour la lenteur

De tout mourir en dormant le vent le plus chaud.

 

Il fallait que les fantômes s’engrangent...

 

Pour épuiser les creux de l’âme blanche

Déshabillée de sa mémoire des chambres.

 

APRES

 

Après la trace, vient la distance.

 

Ce que rêve l’autre, ce que rêve l’un,

 

L’un dans l’autre se sont compris.

 

Il n’est pas de lumière

 

Sans feu pour finir.

 

Commencée de fumée,

 

Ainsi se fait la forme,

 

Sas fait d’avenir.

 

 

 

 

 

 

La fin et la manière,

 

Editions Le Soleil noir, 1965

Du même auteur :

 

Une rivière coulait au milieu d’un bois (13/12/2016)

 

Où que j’erre (13/12/2017)

 

Le condamné à vivre (13/12/2018)

 

Seize ans (13/12/2020)

 

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Sommeil (13/12/2022)

 

« Il neigeait toute ma vie sur la douleur... » (03/06/2023)

 

J’explose (03/06/2024)

 

Les oiseaux – dieux (03/06/2025)

 

Les sources du monde (03/06/2026)

Commentaires
S
Magnifique poème sur l'ex-sistence qui nous est propre à nous le humains.
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