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Le bar à poèmes
2 décembre 2019

James Sacré (1939 -) : - Paysage au fusil (coeur) une fontaine) (II)

 

james_sacre_1_

 

Paysage au fusil (cœur) une fontaine

 

...............................................................................

 

OISEAUX QUI SONT DANS LA FONTAINE CLOSE

Foulque elle a plongé silence

enfant surpris le cœur

(mais lumière mais les buissons)

de la fontaine est clos

autour de l’eau silence

et les pâtis le grand bleu

souvenir comme un silence

enfant surpris le cœur a plongé

bruit dans l’eau – mais dans les mots ?

 

Poule d’eau noire c’est

à la Praye du Peyré (un étang, les

buissons, le trou soudain de

la fontaine) poule d’eau partie

l’écriture de ses pattes vertes

égratigne mes yeux l’eau dans

l’ombre un désir mais l’écriture

de ce poème est moins vive et

rapport trop furtif que poème

(rien d’encre noire) pourtant

désir (de quoi?) poule d’eau morte ici

vivante                                       à côté.

 

 

 

     Il y a paysage un comme les mots de Góngora jetés le vent le bleu qu’à

travers des nuages paraît les répartit dans reportée à sans fin dans l’infini dans

la proche pourtant campagne. Paysage pour que solitaire il soit le poète un qui

rêve chasseur : désordre et lumière à la fois chassés rassemblés.

 

     Dans serait un printemps l’hiver qui le prend il paraît c’est au centre

épineux désordre qui se détend viornes sèches ronces d’un buisson la lumière

écorchée du jour elle égratigne ah plaisir sang vrai dans le temps avec les

dernières feuilles des peupliers soudain pourquoi ce fusil une seule grive flèche

le paysage d’une chasse puis le bleu.

 

     (Tourterelle un cœur d’été l’entend il faudra quitter les chemins pour l’herbe

et le ciel son bruit de cœur et de plume montrera les arbres dans l’infini silence

de la saison il semble que ce bonheur (merveille insignifiance perçue) sera le

rouge ( et la présence)qui envahirait les joues.)

 

     (Tourterelle un cœur d’été l’entendait il a fallu quitter les chemins pour

l’herbe et le trou du ciel son bruit de cœur et de plume montrait les arbres

dans l’infini silence de la saison il semblait que ce bonheur était désormais

(merveille insignifiance perçue) le rouge qui pouvait envahir les joues.)

 

     Góngora la lumière à la fois claire et compliquée comme l’est dans le

désordre où sont les arbres d’un paysage baroque une rivière et l’espace à la

fois proche et dans la distance au mitan peut-être au loin (ce serait comme un

perron pour la lumière) un carré simple et bien découpé de blé jeune : un

poème où joie le nom de Malherbe.

 

     Naturellement je suivais mon père à la chasse. Est-il devenu pour moi

comme un fusil qui marche ? Nous apprenions des oiseaux mais surtout le

silence et des gestes dans un paysage.

     Lieux-dits mots que mon père m’a montrés (fontaine et fusil) j’aimerais

savoir qu’ils sont seulement la violence mais la tendresse de son cœur. Du

mien. Pour ne pas avoir peur des souvenirs ni des poèmes qui sont vides.

 

     Le d’un près haut envahi que le soleil de chardons le bleu convient dans la

solitude après des chemins la négligence au loin ferme en désordre à des fêtes

de silence accueille et grandes centaurées sécheresse comme une barbe et

sourire ma fatigue et ma chasse vaine.

 

OISEAUX QUI SONT AU LOIN DANS LA PLAINE

 

Courlis qui sont passés loin quel

cri jeté brille encore à l’extrémité

(peut-être) d’une plaine oh si petite

ou d’une enfance oiseaux poursuivis

précaution fusil pour rien après

des guérets traversés des prairies rases

un autre cri jeté plus loin quel

poème brille (bonheur peut-être oiseaux

solitaires et vrais) que je chasse avec

un autre poème.

 

Oiseau ventolier les branches

mesurent son effort son aile

sait décliner croître pour

quel point haut dans l’air nul

secret ni leçon à montrer

le vent large l’emporte

un peu plus loin je regarde

à travers un poème un arbre comme

nul tourment ni désir mais dans le vent.

 

Pluviers ils (dans les livres anciens

lointains autant que des lieux d’herbes)

se nourrissent de vent leur cri

mesure la maigreur de novembre

la plaine la portée vaine du fusil

la pauvreté (silence et gris) de

la mémoire au loin tournoie dans ce mot que j’aime

le vent la pluie de grands oiseaux mouillés.

 

Outarde elle est seule égarée

peut-être elle rassemble autour

d’elle un pays petit soudain

la plaine une enfance un carré

de maïs en automne au loin

des prés clos mais dans

la liberté l’insignifiance de la pluie

elle rassemble les fusils autour

de sa solitude oiseau soudain

le pays se défait la canepetière

(outarde au loin ) flèche un autre lieu terne.

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Paysage au fusil (coeur) une fontaine

In, « Cahiers de poésie, 2 »

Editions Gallimard, 1976

Du même auteur :

« Des fois, il est tard... » (Figure 18) (19/03/2015)

Presque rien à Sidi Slimane, le temps qui vient (07/06/2018)

Paysage au fusil (coeur) une fontaine) (I) (07/06/2019)

Paysage au fusil (coeur) une fontaine) (III) (07/06/2020)

Paysage au fusil (coeur) une fontaine) (IV) (07/06/2021)

« Parfois l’âne arrive... » (07/06/2022)

Deux rushes de quinze vers chacun (07/06/2023)

Le mot folie n’est qu’un mot, dans le poème (07/06/2024)

Broussaille de bleus (07/06/2025)

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