James Sacré (1939 -) : - Paysage au fusil (coeur) une fontaine) (II)
Paysage au fusil (cœur) une fontaine
...............................................................................
OISEAUX QUI SONT DANS LA FONTAINE CLOSE
Foulque elle a plongé silence
enfant surpris le cœur
(mais lumière mais les buissons)
de la fontaine est clos
autour de l’eau silence
et les pâtis le grand bleu
souvenir comme un silence
enfant surpris le cœur a plongé
bruit dans l’eau – mais dans les mots ?
Poule d’eau noire c’est
à la Praye du Peyré (un étang, les
buissons, le trou soudain de
la fontaine) poule d’eau partie
l’écriture de ses pattes vertes
égratigne mes yeux l’eau dans
l’ombre un désir mais l’écriture
de ce poème est moins vive et
rapport trop furtif que poème
(rien d’encre noire) pourtant
désir (de quoi?) poule d’eau morte ici
vivante à côté.
Il y a paysage un comme les mots de Góngora jetés le vent le bleu qu’à
travers des nuages paraît les répartit dans reportée à sans fin dans l’infini dans
la proche pourtant campagne. Paysage pour que solitaire il soit le poète un qui
rêve chasseur : désordre et lumière à la fois chassés rassemblés.
Dans serait un printemps l’hiver qui le prend il paraît c’est au centre
épineux désordre qui se détend viornes sèches ronces d’un buisson la lumière
écorchée du jour elle égratigne ah plaisir sang vrai dans le temps avec les
dernières feuilles des peupliers soudain pourquoi ce fusil une seule grive flèche
le paysage d’une chasse puis le bleu.
(Tourterelle un cœur d’été l’entend il faudra quitter les chemins pour l’herbe
et le ciel son bruit de cœur et de plume montrera les arbres dans l’infini silence
de la saison il semble que ce bonheur (merveille insignifiance perçue) sera le
rouge ( et la présence)qui envahirait les joues.)
(Tourterelle un cœur d’été l’entendait il a fallu quitter les chemins pour
l’herbe et le trou du ciel son bruit de cœur et de plume montrait les arbres
dans l’infini silence de la saison il semblait que ce bonheur était désormais
(merveille insignifiance perçue) le rouge qui pouvait envahir les joues.)
Góngora la lumière à la fois claire et compliquée comme l’est dans le
désordre où sont les arbres d’un paysage baroque une rivière et l’espace à la
fois proche et dans la distance au mitan peut-être au loin (ce serait comme un
perron pour la lumière) un carré simple et bien découpé de blé jeune : un
poème où joie le nom de Malherbe.
Naturellement je suivais mon père à la chasse. Est-il devenu pour moi
comme un fusil qui marche ? Nous apprenions des oiseaux mais surtout le
silence et des gestes dans un paysage.
Lieux-dits mots que mon père m’a montrés (fontaine et fusil) j’aimerais
savoir qu’ils sont seulement la violence mais la tendresse de son cœur. Du
mien. Pour ne pas avoir peur des souvenirs ni des poèmes qui sont vides.
Le d’un près haut envahi que le soleil de chardons le bleu convient dans la
solitude après des chemins la négligence au loin ferme en désordre à des fêtes
de silence accueille et grandes centaurées sécheresse comme une barbe et
sourire ma fatigue et ma chasse vaine.
OISEAUX QUI SONT AU LOIN DANS LA PLAINE
Courlis qui sont passés loin quel
cri jeté brille encore à l’extrémité
(peut-être) d’une plaine oh si petite
ou d’une enfance oiseaux poursuivis
précaution fusil pour rien après
des guérets traversés des prairies rases
un autre cri jeté plus loin quel
poème brille (bonheur peut-être oiseaux
solitaires et vrais) que je chasse avec
un autre poème.
Oiseau ventolier les branches
mesurent son effort son aile
sait décliner croître pour
quel point haut dans l’air nul
secret ni leçon à montrer
le vent large l’emporte
un peu plus loin je regarde
à travers un poème un arbre comme
nul tourment ni désir mais dans le vent.
Pluviers ils (dans les livres anciens
lointains autant que des lieux d’herbes)
se nourrissent de vent leur cri
mesure la maigreur de novembre
la plaine la portée vaine du fusil
la pauvreté (silence et gris) de
la mémoire au loin tournoie dans ce mot que j’aime
le vent la pluie de grands oiseaux mouillés.
Outarde elle est seule égarée
peut-être elle rassemble autour
d’elle un pays petit soudain
la plaine une enfance un carré
de maïs en automne au loin
des prés clos mais dans
la liberté l’insignifiance de la pluie
elle rassemble les fusils autour
de sa solitude oiseau soudain
le pays se défait la canepetière
(outarde au loin ) flèche un autre lieu terne.
.......................................................................................
Paysage au fusil (coeur) une fontaine
In, « Cahiers de poésie, 2 »
Editions Gallimard, 1976
Du même auteur :
« Des fois, il est tard... » (Figure 18) (19/03/2015)
Presque rien à Sidi Slimane, le temps qui vient (07/06/2018)
Paysage au fusil (coeur) une fontaine) (I) (07/06/2019)
Paysage au fusil (coeur) une fontaine) (III) (07/06/2020)
Paysage au fusil (coeur) une fontaine) (IV) (07/06/2021)
« Parfois l’âne arrive... » (07/06/2022)
Deux rushes de quinze vers chacun (07/06/2023)
Le mot folie n’est qu’un mot, dans le poème (07/06/2024)
Broussaille de bleus (07/06/2025)
