Stratis Pascalis / Στρατής Πασχάλης (1958 -) : Mages
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Mages
Bientôt viendrait le jour – nuit de Noël,
tous dormaient comme des souches dans la maison muette
moi seul sur mon matelas cherchait le repos.
Et quand les chiens aboyèrent dans les cours – questions réponses affreuses –
épuisé je me levai, me traînai jusqu’au salon
m’assis dans la pénombre.
Au milieu la table rouge foncé
derrière, les feuilles de l’Arbre semblaient d’argent
un bleu glacé luisait aux rideaux.
Distrait je regardais et c’est alors
que peu à peu des pensées
sont venues
bizarres en noires
pensées d’un homme qui sait que les autres dorment
et que lui seul n’a pu trouver sa mort.
Alors ma pensée voit un mirage :
dans la pièce est entré quelque chose comme un vieux,
moine ou mendiant, qui semblait venir
du désert de la neige, sa barbe et ses cheveux
brouillard lunaire, et ce loqueteux
portait le linceul comme une bure
et un ciel tremblait dans sa main.
Il a dit : « Hier au soir le soleil a touché
les lèvres de l’abîme
et les hommes s’enroulent dans les plis du sommeil
j’apporte la myrrhe et l’or, mais aussi
je fauche les âmes. »
Dehors la nuit rayonnait, je me suis levé, suis sorti
dans la froide solitude espérant le voir s’en aller
sur une bête fatiguée ou avec des ailes d’ange.
Et j’ai vu là-haut disparaître (ou naître)
une étoile tombée voilà des milliers d’années
dont mes yeux recevaient la lumière enfin.
Traduit du grec par Michel Volkovitch
in, « Anthologie de la poésie grecque contemporaine, 1945 – 2000 »
Editions Gallimard (Poésie), 2000
Du même auteur :
Préhistoire (10/07/2014)
« Hauts paysages de l’ascension… » (10/09/2015)
Première pluie 10/09/2016)
Cartographie de la lumière (10/09/2017)
L’ogre / Ο δράκος (10/09/2018)
Le chèvrefeuille (10/09/2019)
Tressaillement (10/09/2020)
Rustre (10/09/2021)
Il prend figure si vite, le vide... » (10/09/2022)