Gilles Baudry (1948-) : Une préface à l’avenir
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Une préface à l’avenir
Se peut-il
que la nuit
émonde le regard
imprime
en tout vivant
son visage futur ?
Se peut-il
qu’ici descendent les vents
d’un octave
joignent leurs voix
à celle des feuillages
des essaims
aux clarines des sources
qui ouvrent leurs corolles
à la métamorphose
des saisons ?
Prélude au jour
d’un autre monde
et vœu sacré
couleur d’amande
Se peut-il
que demain
soit déjà
sans regret ?
La page est lente
rien ne consent
et l’on voudrait n’écrire
qu’avec l’âme des mots
les pleins et les déliés
d’une source flexible
sans hâte ni répit
le temps vient à son heure
La neige
à pas de loup
l’éclat feutré de sa présence
tout l’infini qui nous dévore
tant sa clarté qui s’amoncelle
et sur la page constellée
ces hiéroglyphes du silence
les mots
sont la parole
A la seule clarté
des mains
sur les blés
debout
dans le présent des jours
un homme entre les hommes
fait signe.
Malgré la plaie
à son côté
quelle confiance dans la voix.
Qui s’approche de lui
croit se tenir
près d’un tilleul.
Il se fait un tel calme
que soudain délivré
du poids e son tourment
on se surprend à murmurer :
« Heureux les apaiseurs ».
Et tandis qu’il s’éloigne
dans la nuit
où passent les teintes sépia
du violoncelle
demeurent en nous profonds
profonds
les mots de guérison.
Pour donner voix humaine
à ce qui n’en a pas
j’écouterai jusqu’au silence
se consumer le chant du rossignol
puis arbre deviendrai
pour qu’on me greffe
son coeur de givre incandescent.
A Monique et Michel Cottais
Vrai : j’écris à tâtons
j’hésite ente couleurs et sons
je pose un mot
devant un mot
il faut tant de patience
pour abolir murs et distance
exorciser la nuit
du braille ô poésie
mais il advient parfois
que s’amincissent les parois.
E s’il recèle tant d’aveux
dans le tremblé
de l’écriture
le poème toujours appareille
fait d’une page blanche
le lieu d’un possible séjour
rend parfaite
la lisibilité d’un arbre
sur la mer
il grée sa plus haute syllabe
parle d’un ciel
sans arrière-pensée
les mots
ne feraient pas
l’ombre d’un doute.
N’aurons-nous jamais fini
de venir au monde ?
De quel or
de quelle neige ignée
montera l’aurore
des graminées ?
Ligne après ligne
un bonheur sans mélange
à chaque page
la sève est du voyage
l’abeille
a tant appris des fleurs.
Jusqu’où meurt un point d’orgue ?
Rougerie éditeur, 87330 Mortemart, 1987
Du même auteur :
« Du monde tu ne vois… » (09/07/2014)
Coda (09/07 /2015)
Le poète et son double (09/07/2016)
« Nul ne sait… » (19/08/2017)
« Le cœur fait les cent pas... » (19/08/2018)
« Nos pas / seraient plus purs... » (02/10/2020)
Concert « Dixit Dominus » de Haendel (02/10/2021)
L’Etranger (02/10/2022)
Arpège (02/10/2023)
La clef des chants (02/10/2024
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