Amadys Jamyn (1538 – 1592) : Sur les misères de la France

Sur les misères de la France
La noblesse périt avec la populace,
En tous endroits s’étend la dure coutelace, *
Le fer n’épargne nul, et les temples sacrés
Sont énivrés du sang des hommes massacrés :
Rien ne sert au vieillard l’honorable vieillesse
Qu’un trop cruel voleur de sang ne se paisse,
Et l’avare soldat ne se repent d’avoir,
Méprisant toutes lois, oublié son devoir.
Sur le seul de la vie, on rompt les destinées
De l’enfance au berceau du glaive assassinées,
Les petits innocents, quels crimes ont-ils faits
Qu’aussitôt qu’ils sont nés, aussitôt sont défaits ?
Mais, hélas, c’est assez de pouvoir à cette heure
Mourir car aujourd’hui la mort est la meilleure.
* Grand poignard, coutelas
Les Œuvres poétiques d’Amadis Jamyn.
par Mamert Patisson, imprimeur du Roy, au logis de Robert Estienne, Paris, 1579
(Repris et commenté par Françoise Morvan, tn « Clair soleil des esprits », Editions Mesure, 2025)
Du même auteur :
Que personne n’est libre (30/08/2022)
Dialogue (29/08/2023)
Stances de l’impossible (29/08/2024)
« Comme le seul Phénix au terme de son âge... » (28/08/2025)