Else Lasker – Schüler (1869 – 1945) : Orgie / Orgie
/image%2F1371599%2F20260709%2Fob_406aab_250px-else-lasker-schueler-as-prince-y.jpg)
Else Lasker-Schüler vêtue d'un costume oriental incarnant son alter ego, le « prince Yussuf » (1912).
Orgie
Le soir embrassait secrètement
Les lauriers roses bourgeonnants.
Nous jouions et érigions le temple d’Apollon
Et débordants d’ardeur titubions
L’un dans l’autre.
Et le ciel nocturne versait ses noires senteurs
Dans les vagues gonflantes de l’étouffante chaleur
Et des siècles sombraient
Et s’étiraient
Et à nouveau, dorés tournés vers le ciel s’alignèrent
En des sarments forgés d’étoiles.
Nous jouions avec le plus heureux bonheur,
Avec les fruits d’un mai de paradis,
Et dans l’or sauvage de Tes cheveux hirsutes
Mon profond désir se mit à chanter
Cris,
Tel un oiseau noir de la forêt vierge.
Et du jeune ciel se mirent à tomber
D’indésirables parfums doucereux et sauvages ;
Nous déchirions nos tuniques
Et hurlions !
Enivrés du moût des airs.
Je m’attachais à Ta vie
Jusqu’à ce qu’elle se fonde entièrement en elle,
Et prenne toujours plus corps
Et se fonde toujours et plus encore.
Et notre amour exultait en chantant
Deux sauvages symphonies !
Traduit de l’allemand par Denis Toulouse
tn, Else Laker-Schüler : « Styx »
Editions La Barque, 35000 Rennes
De la même autrice : Mère / Mutter (09/07/25)
Orgie
Der Abend küsste geheimnisvoll
Die knospenden Oleander.
Wir spielten und bauten Tempel Apoll
Und taumelten sehnsuchtsübervoll
Ineinander.
Und der Nachthimmel goss seinen schwarzen Duft
In die schwellenden Wellen der brütenden Luft,
Und Jahrhunderte sanken
Und reckten sich
Und reihten sich wieder golden empor
Zu sternenverschmiedeten Ranken.
Wir spielten mit dem glücklichsten Glück,
Mit den Früchten des Paradiesmai,
Und im wilden Gold Deines wirren Haars
Sang meine tiefe Sehnsucht
Geschrei,
Wie ein schwarzer Urwaldvogel.
Und junge Himmel fielen herab,
Unersehnbare, wildsüsse Düfte;
Wir rissen uns die Hüllen ab
Und schrieen!
Berauscht vom Most der Lüfte.
Ich knüpfte mich an Dein Leben an,
Bis dass es ganz in ihm zerrann,
Und immer wieder Gestalt nahm
Und immer wieder zerrann.
Und unsere Liebe jauchzte Gesang,
Zwei wilde Symphonieen!
Poème précédent en allemand :
Jura Soyfer : Le chant de Dachau / Das Dachaulied (27/06/2026)