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Le bar à poèmes
19 mai 2026

José Carlos Becerra (1936- 1970) : La Venta (III-IV)

 

 

 

 

La Venta

 

 

.............................................................................................

 

 

III

 

 

     L’avenir rompt ses digues de statues,

 

l’âme qui s’étend comme une fourmilière vert foncé au-dessus de la sagesse

 

des autels dévastés,

 

dans le salpêtre des murs en ruine apparaissent l’ombre et l’odeur de la bête,

 

dans la vase et les inondations les poissons lézards tournent stupidement la tête

 

vers l’éternité et mangent sous le brillant soleil,

 

vautrés sur leurs flanc noirs.

 

 

 

     Personne ne passe, personne ne continue

 

dans ce royaume si tourmenté, dans les ordures de tant de vie,

 

dans la création de tant de mort.

 

     Dieux dispersés, à travers les hautes herbes,

 

restes divins d’un festin humain

 

sous les énormes feuilles de quequeste.

 

     Il n’y a palus de mots, ni de flèches,

 

ni de percussions des bois,

 

ni appels d’escargots, ni reflet des pointes de lances,

 

seulement ces têtes comme des fleurs monstrueuses,

 

éruptions éteintes, obscures

 

 

 

     Maintenant la vérité apparaît avec l’urubu,

 

ses ailes noires battent comme une langue noire

 

sur le silence des têtes de pierre,

 

et dans le bruit de ces battements

 

apparaît le nouveau langage,

 

les phrases de la charogne qui enlève son masque d’esclave.

 

 

 

     Il pleut et la pluie est le mythe sanglant

 

et blanc de tous les dieux morts.

 

     Et l’eau s’égoutte sur les têtes noires comme une parole

 

vide de sens, et après la pluie

 

les oiseaux refont leur route dans le ciel

 

comme des sentinelles oubliées,

 

pendant que s’ouvrent les portes de l’aube,

 

avec un grincement de gonds rouillés.

 

 

 

IV

 

 

 

     La nuit s’ouvre comme un grand livre sur la mer.

 

     Cette nuit

 

les vagues frottent doucement leur échine contre la plage

 

tout comme un troupeau de bêtes encore pures

 

 

 

     La nuit s’ouvre comme un grand livre éligible sur la forêt.

 

     Les hommes morts cheminent éparpillés parmi les vivants,

 

les hommes vivants rêvent en appuyant leurs tempes sur les morts et le

 

rêve contamine de pierre leurs images sombres.

 

     La nuit s’ouvre sur vous, têtes de pierre qui dormez comme une mise en

 

garde.

 

 

 

     La lune s’arrête sur les marécages,

 

les singes gémissent.

 

 

 

     Là-bas au loin, la mer maraude en son exil, en attendant l’’heure de son

 

invincible tâche.

 

 

 

 

 

Traduit de l’espagnol par Denys Bélanger

 

In, « Poésie mexicaine. Anthologie »

 

Ecrits de Forges / Le Castor Astral (Points), 2009


Du même auteur :

 
Isaïe 33 (21/05/2023)


Le miroir de pierre / El espejo de piedra (21/05/2024)

 

Le toast du bohémien (19/05/2025)

 

La Venta (I-II) (19/05/2026)

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