Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le bar à poèmes
10 avril 2026

Jacques Réda (1929 - 2024) : Transfert

 

 

 

 

Transfert

 

 

 

Maintenant je sors à nouveau d'une maison du temps.

 

Faire autrement je ne peux pas, non, il faut que je sorte.

 

À peine avait-il refermé tout doucement la porte

 

(Il y avait des fleurs, il y avait du feu pourtant)

 

Je l'ai vu qui me souriait derrière la fenêtre.

 

J'ai tiré les petits rideaux sensibles — rouge et banc.

 

Dehors aussi des fleurs et du feu : neige et ciel. Peut-être

 

Que nous aurions pu vivre là quelques heures, le temps

 

Et moi, sans rien dire, pour mieux apprendre à nous connaître.

 

Mais il n'entre jamais. Il bâtit sans cesse en avant.

 

Je l'entends de l'autre côté des collines qui frappe.

 

Qui m'appelle, et je ne dois pas le laisser un instant,

 

Mais le suivre, le consoler d'étape en étape.

 

Et tantôt je ne touche rien dans les maisons du temps,

 

Ou juste un pli qui se reforme au milieu de la nappe,

 

Tantôt vous comprenez c'est plus fort que moi, je descends

 

Tout à grands coups de pied dans cette saloperie,

 

Et si quelqu'un se lève alors des décombres et crie

 

(Parfois on dirait une femme, et parfois un enfant)

 

Je m'en vais sans tourner la tête, car on m'attend.

 

 

 

 

Récitatif

 

Editions Gallimard, 1970

 

Du même auteur :

 

Elégie de la petite gare (10/04/2015) Aux environs (10/04/2015) 

 

Aux environs (10/04/16)


 Pluie du matin (10/04/2017)

 

« Quand montant de la porte d’Orléans… » (10/04/2018)

 

Oraison du matin (10/04/2019)

 

Le soir, rue de la Duée (10/04/2020)

 

L’aurore hésite (10/04/2021)

 

Lettre à Marie (10/04/2022)

 

La pente (10/04/2023)

 

Un paradis d’oiseaux (10/04/2024)

 

Ligne 223 (10/04/2025)

Commentaires
Le bar à poèmes
Archives
Newsletter
132 abonnés