Yu Xiuhua / 余秀华 (1976 -) : Le lit du fleuve
/image%2F1371599%2F20251208%2Fob_3a2bd3_uclt-a-1513729-f0001-b-1.png)
Le lit du fleuve
l’eau a donc tant baissé, sans souci du nombre de poissons ou de fleurs tombées
si bien que du fleuve se discerne le lit, et l’automne est là
hier, j’ai vu grand’mère, décharnée, la peau distendue
étirable
elle m’a ouvert une porte, m’a détaillé le paysage
il y a en elle une vis endormie, un navire de bois
aux itinéraires oubliés
elle dit que chaque tourbillon
la dépose au même endroit
à la tombée du jour, elle aime aller près du fleuve
contempler dans le vent toutes ces choses crevassées
ou rendues à leur état primitif
le fleuve tari dont on n’a plus à imaginer la source, la limpidité d’origine ou les
eaux troubles
elle aime enfoncer les pieds dans ces lézardes, laisser la vase les recouvrir
et longtemps ne plus pouvoir s’en extraire
comme un chose tombée à terre, s’enracinant
Traduit du chinois par Brigitte Guilbaud
In, Yu Xiuhua : « La femme sur le toit »
Editions Picquier, Mas de Ver, 13631, Arles
De la même autrice :
Deux voix dans la nuit (08/12/2023)
Je t’aime (07/12/2024)