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Le bar à poèmes
14 novembre 2025

Matthieu Gosztola (1981 -) : Ce mimosa

 

 

 

 

Ce mimosa


MISE EN CONTEXTE

 

 

 

ce mimosa


on l’apportera jusqu’à nos maisons / (pour les a


grandir) jusqu’aux maisons


que nous construisons / que nous construirons

n


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n


s

 

*


*         *

 

nous construirons des maisons / nous 


construirons des maisons / comme


des corps / les maisons seront


nos corps

 

 

*


*         *

 

il y aura le dehors


il y aura le dedans / le dedans


du corps / sera l’exact prolongement


de l’intérieur des maisons / on


se sentira à l’abri


loin de la cohue / loin 


du tumulte / loin de l’incessant ballet du visible


sur lequel on n’a que très peu de prise / ou pas


de prise du tout

 

 

*


*         *

 

on sera dans un univers


que l’on pourra maîtriser / on saura


à quoi s’attendre / on sera dans le contrôle  / on sera


loin du danger


que représente le dehors / du danger


que représente l’imprévisible


avec lequel le dehors se confond


ontologiquement / on sera


dans le prévisible / on aura choisi


chaque aspect de l’intérieur

 

 

*


*         *

 

on sera dans l’intérieur


de nos maisons


comme on sera dans l’intérieur 


de nos corps / à ceci près


que l’on ne choisit pas


l’intérieur de nos corps / on vivra


l’intérieur de nos corps / un


intérieur que l’on aura choisi


et qui se tiendra à l’abri


du déplacement aigu


douloureux


en dehors de nous-mêmes [...] / à l’abri


du délabrement vécu


fantasmé


visible ou invisible


auquel nous contraint la maladie 

 

 

*


*         *

 

mais on se fatiguera vite


d’avoir toit prévu


d’être à ce point


dans le cocon des choses / on voudra


que le cocon


s’agrandisse à un imprévisible


qui ne soit pas douloureux / qui ne soit pas


cahots brusques


de l’existence / d’une existence


qu’on n’aurait pas choisie

 

 

*


*         *

 

alors 


dedans l’intérieur


de


nos


mais


on


s / on construira des chambres

 

 

*


*         *

 

des chambres avec des portes / on fera


les chambres


pour faire apparaître l’amant


l’amante / on fera


les chambres


car la chambre appelle l’amant


l’amante / on fera


une porte


pour que la chambre


ne soit pas toujours / ce qui est


 

 

*


*         *

 

il ne faudra pas ouvrir la porte


pour être dans la chambre / il faudra


embrasser l’amantl’amante

 

 

*


*         *


 

 

on sera plusieurs


dans l’intérieur des murs / de la maison


qui est l’intérieur / de nos


corps / on sera plusieurs / et alors


commencera l’aventure

 

 

*


*         *

                                            

on pourra vivre 


l’intérieur / sans un regard vers


l’extérieur / on pourra être


dans l’intimité


du dé


voilement / dans l’intimité


de ce qui se rejoint / & se découvre


lié


relié / on sera alors


en proie à la chute


au-dedans de soi / d’un être qui tombe


en soi-même / et se rattrape


au-dedans de lui-même / dans les bras de l’autre

 

 

*


*         *


 

 

de l’autre qu’il a


en sois /& qu’il peut


en même temps / voir dans la chambre


à un souffle de lui / de l’autre qui reste là


et que la chambre


n’emprisonne pas / n’empoisonne pas


avec son réel limité / [...] n’empoisonne pas


son infini / l’infini avec lequel


il se confond


au point que l’infini


puisse le résumer


sans mensonge


sans une faute qui soit 


ce qui masque

 

 

*


*         *

 

 

de l’autre que la chambre


rend libre / d’une liberté inouïe


qui ne peut que / se dé


couvrir / entre des murs


entre des bras / dans une immobilité presque


qui est celle /  toute parcourue des frémissements


de feuille tremblant dans l’arbre / de l’étreinte

 

 

*


*         *


 

 

liberté ce qui semble


emprisonné dans un 


cœur dans un


regard / liberté inouïe


de ce qui ne peut


être libre / qu’ainsi contraint


emprisonné


ravi à soi-même / pour mieux être rendu


à l’immensité


contenue en soi / au grand souffle


d’air de l’infini


qui envoie tout valser


sur son passage / &qui ne laisse vive


que la couleur des yeux


de l’amant


l’amante

 

 

*


*         *


 

 

la chambre devient


le lieu fermé


qui permet


aux corps / de s’envoler


d’être /dans une absolue


liberté / au sein de laquelle


le temps n’a plu


aucune prise / au sein de laquelle


le temps est l’inopportun / se découvre


se sait tel / en prend acte


et s’en


vole

 

 


*


*         *

 

 

liberté de ce qui


n’en finit pas de tour


noyer / & se découvre rétif 


aux lois de la pesanteur / se découvre rétif


aux lois de la douleur /  aux lois de ce qui n’est pas


pur et intense / acquiescement

 

 

*


*         *

 

 

liberté de ce qui se suffit


à soi-même / faisant corps


avec l’instant


comme s’il n’existait


rien d’autre que lui / et il n’existe


rien d’autre


que lui

 

 

*


*         *


 

 

on construit des maisons


pour que l’amant


l’amante


puissent être


protégés du dehors


pour qu’ils puissent être / loin de ce qui


casse / pour qu’il y ait des chambres


où l’on puisse / les re


trouver

 

 

*


*         *

 

 

on construira des maisons


pour dire notre amour / au frêle de l’être


au frêle éphémère / qui rend


par comparaison / toute architecture d’acier


plus fragile encore / eu égard à la force extrême


de ce frêle / qui contraint


toutes les certitudes / à mourir

 

 

 


In, revue « Babel heureuse, N°3 printemps 2018 »


Gwen Catalá Éditeur, 31000 Toulouse

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