Matthieu Gosztola (1981 -) : Ce mimosa
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Ce mimosa
MISE EN CONTEXTE
ce mimosa
on l’apportera jusqu’à nos maisons / (pour les a
grandir) jusqu’aux maisons
que nous construisons / que nous construirons
n
o
u
s
c
o
n
s
t
r
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m
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s
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n
s
*
* *
nous construirons des maisons / nous
construirons des maisons / comme
des corps / les maisons seront
nos corps
*
* *
il y aura le dehors
il y aura le dedans / le dedans
du corps / sera l’exact prolongement
de l’intérieur des maisons / on
se sentira à l’abri
loin de la cohue / loin
du tumulte / loin de l’incessant ballet du visible
sur lequel on n’a que très peu de prise / ou pas
de prise du tout
*
* *
on sera dans un univers
que l’on pourra maîtriser / on saura
à quoi s’attendre / on sera dans le contrôle / on sera
loin du danger
que représente le dehors / du danger
que représente l’imprévisible
avec lequel le dehors se confond
ontologiquement / on sera
dans le prévisible / on aura choisi
chaque aspect de l’intérieur
*
* *
on sera dans l’intérieur
de nos maisons
comme on sera dans l’intérieur
de nos corps / à ceci près
que l’on ne choisit pas
l’intérieur de nos corps / on vivra
l’intérieur de nos corps / un
intérieur que l’on aura choisi
et qui se tiendra à l’abri
du déplacement aigu
douloureux
en dehors de nous-mêmes [...] / à l’abri
du délabrement vécu
fantasmé
visible ou invisible
auquel nous contraint la maladie
*
* *
mais on se fatiguera vite
d’avoir toit prévu
d’être à ce point
dans le cocon des choses / on voudra
que le cocon
s’agrandisse à un imprévisible
qui ne soit pas douloureux / qui ne soit pas
cahots brusques
de l’existence / d’une existence
qu’on n’aurait pas choisie
*
* *
alors
dedans l’intérieur
de
nos
mais
on
s / on construira des chambres
*
* *
des chambres avec des portes / on fera
les chambres
pour faire apparaître l’amant
l’amante / on fera
les chambres
car la chambre appelle l’amant
l’amante / on fera
une porte
pour que la chambre
ne soit pas toujours / ce qui est
là
*
* *
il ne faudra pas ouvrir la porte
pour être dans la chambre / il faudra
embrasser l’amantl’amante
*
* *
on sera plusieurs
dans l’intérieur des murs / de la maison
qui est l’intérieur / de nos
corps / on sera plusieurs / et alors
commencera l’aventure
*
* *
on pourra vivre
l’intérieur / sans un regard vers
l’extérieur / on pourra être
dans l’intimité
du dé
voilement / dans l’intimité
de ce qui se rejoint / & se découvre
lié
relié / on sera alors
en proie à la chute
au-dedans de soi / d’un être qui tombe
en soi-même / et se rattrape
au-dedans de lui-même / dans les bras de l’autre
*
* *
de l’autre qu’il a
en sois /& qu’il peut
en même temps / voir dans la chambre
à un souffle de lui / de l’autre qui reste là
et que la chambre
n’emprisonne pas / n’empoisonne pas
avec son réel limité / [...] n’empoisonne pas
son infini / l’infini avec lequel
il se confond
au point que l’infini
puisse le résumer
sans mensonge
sans une faute qui soit
ce qui masque
*
* *
de l’autre que la chambre
rend libre / d’une liberté inouïe
qui ne peut que / se dé
couvrir / entre des murs
entre des bras / dans une immobilité presque
qui est celle / toute parcourue des frémissements
de feuille tremblant dans l’arbre / de l’étreinte
*
* *
liberté ce qui semble
emprisonné dans un
cœur dans un
regard / liberté inouïe
de ce qui ne peut
être libre / qu’ainsi contraint
emprisonné
ravi à soi-même / pour mieux être rendu
à l’immensité
contenue en soi / au grand souffle
d’air de l’infini
qui envoie tout valser
sur son passage / &qui ne laisse vive
que la couleur des yeux
de l’amant
l’amante
*
* *
la chambre devient
le lieu fermé
qui permet
aux corps / de s’envoler
d’être /dans une absolue
liberté / au sein de laquelle
le temps n’a plu
aucune prise / au sein de laquelle
le temps est l’inopportun / se découvre
se sait tel / en prend acte
et s’en
vole
*
* *
liberté de ce qui
n’en finit pas de tour
noyer / & se découvre rétif
aux lois de la pesanteur / se découvre rétif
aux lois de la douleur / aux lois de ce qui n’est pas
pur et intense / acquiescement
*
* *
liberté de ce qui se suffit
à soi-même / faisant corps
avec l’instant
comme s’il n’existait
rien d’autre que lui / et il n’existe
rien d’autre
que lui
*
* *
on construit des maisons
pour que l’amant
l’amante
puissent être
protégés du dehors
pour qu’ils puissent être / loin de ce qui
casse / pour qu’il y ait des chambres
où l’on puisse / les re
trouver
*
* *
on construira des maisons
pour dire notre amour / au frêle de l’être
au frêle éphémère / qui rend
par comparaison / toute architecture d’acier
plus fragile encore / eu égard à la force extrême
de ce frêle / qui contraint
toutes les certitudes / à mourir
In, revue « Babel heureuse, N°3 printemps 2018 »
Gwen Catalá Éditeur, 31000 Toulouse