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Le bar à poèmes
8 novembre 2025

Anise Koltz (1928 - 2023) : Le cri de l’épervier

 

 

 

Anise Koltz (1992). Photo : Wolfgang Osterheld

 

 

Le cri de l’épervier

 


LE CRI DE L’EPERVIER

 

 

Lorsque la mort 


me traverse


j’arrache son cri


à l’épervier


et l’intègre


à mon vocabulaire

 

 

       ...........

 

LE BERGER

 

 

Un soleil hostile 


nous aveugle

 

 

Le berger 


avec sa canne blanche


ne voit plus ses moutons


dévorés peu à peu


par le troupeau

 

 

LES SOLEILS SE MULTIPLIENT

 

 

Je suis le monde 


qui tourne


traversé de parallèles


et de méridiens

 

 

En moi des peuples se font


et se défont

 

 

Dans le ciel


les soleils se multiplient


la mort en moi


me donne la force de vivre

 

 

JE M’ESCORTE

 

 

je ne connais pas


le squelette 


qui vit debout en moi

 

 

Obscurs sont les lieux de mon corps


la gravitation me commande

 

 

Je m’escorte


dans l’énigme totale


de moi-même

 

 

Comment me traduire


par le verbe

 

 

       ...........

 

LE CORBEAU

 

 

Sous ma chemise


je porte la mort


tel un corbeau


apprenti de la parole

 

 

Il est seul à comprendre


le langage enragé de mon cœur

 

 

JE N’ARRETERAI PAS

 

 

Oui j’écris


nuit et jour


lorsque vous m’enterrerez


je n’arrêterai pas

 

 

Dans cette terre 


aux entrailles enténébrées


je continuerai l’écriture


avec les bouts de mes os

 

 

       ...........

 

VOYANTE

 

 

Je suis Eve


chassée du paradis


et devenue voyante

 

 

Je v plus mes enfants


comme des larves

 

 

Dieu n’a pas besoin


de les délivrer du mal

 

 

Chaque arbre


est celui de la connaissance

 

 

A PEINE

 

 

Un mot suffit


pour faire sauter le monde

 

 

La page bouge à peine


moins qu’une branche


après l’envol d’un oiseau

 

 

LA COULEUR DU SILENCE

 

 

Chaque mot


a la couleur du silence

 

 

Tout ce qui a été dit


n’est plus à dire

 

 

Chaque répétition


est un signe de la mort

 

 

LE MOT

 

 

Je traîne chaque mot


devant un tribunal intérieur


pour vérifier sa transcendance


avec le son du langage

 

 

Il me lie à cette vie


destinée


à me faire disparaître

 

 

       ...........

 

QUI ECRIT ?

 

 

Toxicomane de la parole


je m’endors sous son poids

 

 

Est-ce moi qui écrit le poème ?
est-ce le poème qui m’écrit ?

 

 

 

JE N’AI FAIT QUE PASSER

 

 

J’ai vécu deux mille ans


accumulant sueurs et semences


mettant bas des enfants


dans lesquels mon sang a tremblé

 

 

Ils n’ont pas demandé


d’où je venais


et qui j’étais

 

 

Je n’ai fait que passer


telle une pluie torrentielle


telle une mousse


les couvrant

 

 

L’HOMME NE ME COUVRE PLUS

 

 

L’homme ne me couvre plus


je suis seule


sous cette peau


qui flétrit


sans me prévenir


de ma mort

 

 

le pain bientôt


se mangera sans moi

 

 

       ...........

 

APRES ICARE

 

 

le soleil


assassin d’Icare


se cache

 

 

Tandis que toute ma vie


je répare ses ailes


et veille son corps fracassé

 

 

ENTRE LE SOLEIL ET LA LUNE

 

 

Ma peau millénaire


tendue


entre le soleil et la lune


est marquée 


du signe de Caïn

 

 

Ce sont mes yeux


qui inventent le monde

 

 

La terre est aveugle


elle est un animal qui écoute

 

 


Le cri de l’épervier


Editions Phi, L-4995 Schouweiler (Luxembourg) / Ecrits des Forges, 


Trois-Rivières (Québec), 2000

De la même autrice : 

 

Un monde de pierres (I) (08/11/2021)

 

Un monde de pierres (II) (07/05/2022)

 

Galaxies intérieures (I) (08/11/2022)

 

Galaxies intérieures (II) (07/05/2023)

 

Soleils chauves (08/11/2023)

 

Je renaîtrai (1) (07/05/2024)

 

Je renaîtrai (2) (08//11/2024)

 

Le cirque du soleil (07/05/2025)
 

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