Anise Koltz (1928 - 2023) : Le cri de l’épervier
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Anise Koltz (1992). Photo : Wolfgang Osterheld
Le cri de l’épervier
LE CRI DE L’EPERVIER
Lorsque la mort
me traverse
j’arrache son cri
à l’épervier
et l’intègre
à mon vocabulaire
...........
LE BERGER
Un soleil hostile
nous aveugle
Le berger
avec sa canne blanche
ne voit plus ses moutons
dévorés peu à peu
par le troupeau
LES SOLEILS SE MULTIPLIENT
Je suis le monde
qui tourne
traversé de parallèles
et de méridiens
En moi des peuples se font
et se défont
Dans le ciel
les soleils se multiplient
la mort en moi
me donne la force de vivre
JE M’ESCORTE
je ne connais pas
le squelette
qui vit debout en moi
Obscurs sont les lieux de mon corps
la gravitation me commande
Je m’escorte
dans l’énigme totale
de moi-même
Comment me traduire
par le verbe
...........
LE CORBEAU
Sous ma chemise
je porte la mort
tel un corbeau
apprenti de la parole
Il est seul à comprendre
le langage enragé de mon cœur
JE N’ARRETERAI PAS
Oui j’écris
nuit et jour
lorsque vous m’enterrerez
je n’arrêterai pas
Dans cette terre
aux entrailles enténébrées
je continuerai l’écriture
avec les bouts de mes os
...........
VOYANTE
Je suis Eve
chassée du paradis
et devenue voyante
Je v plus mes enfants
comme des larves
Dieu n’a pas besoin
de les délivrer du mal
Chaque arbre
est celui de la connaissance
A PEINE
Un mot suffit
pour faire sauter le monde
La page bouge à peine
moins qu’une branche
après l’envol d’un oiseau
LA COULEUR DU SILENCE
Chaque mot
a la couleur du silence
Tout ce qui a été dit
n’est plus à dire
Chaque répétition
est un signe de la mort
LE MOT
Je traîne chaque mot
devant un tribunal intérieur
pour vérifier sa transcendance
avec le son du langage
Il me lie à cette vie
destinée
à me faire disparaître
...........
QUI ECRIT ?
Toxicomane de la parole
je m’endors sous son poids
Est-ce moi qui écrit le poème ?
est-ce le poème qui m’écrit ?
JE N’AI FAIT QUE PASSER
J’ai vécu deux mille ans
accumulant sueurs et semences
mettant bas des enfants
dans lesquels mon sang a tremblé
Ils n’ont pas demandé
d’où je venais
et qui j’étais
Je n’ai fait que passer
telle une pluie torrentielle
telle une mousse
les couvrant
L’HOMME NE ME COUVRE PLUS
L’homme ne me couvre plus
je suis seule
sous cette peau
qui flétrit
sans me prévenir
de ma mort
le pain bientôt
se mangera sans moi
...........
APRES ICARE
le soleil
assassin d’Icare
se cache
Tandis que toute ma vie
je répare ses ailes
et veille son corps fracassé
ENTRE LE SOLEIL ET LA LUNE
Ma peau millénaire
tendue
entre le soleil et la lune
est marquée
du signe de Caïn
Ce sont mes yeux
qui inventent le monde
La terre est aveugle
elle est un animal qui écoute
Le cri de l’épervier
Editions Phi, L-4995 Schouweiler (Luxembourg) / Ecrits des Forges,
Trois-Rivières (Québec), 2000
De la même autrice :
Un monde de pierres (I) (08/11/2021)
Un monde de pierres (II) (07/05/2022)
Galaxies intérieures (I) (08/11/2022)
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