Monchoachi (1946 -) : Le masque (XXXVIII – XL)
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Saint-Pierre (Martinique), 4 décembre 2013
Le masque
Mais quoi
Pour quoi masque
Taisant et mu
Privé du son
Et pas personne
Mais que quoique
Monstre articulé
Sans cesse saute, sautille
S’écarte
Hors ce monde bondit
Mais quoi
Par delà ce qui se montre
Par force silence et sauts
Montre vers où
Taiseor taiseux
Mais où ?
Vérace parole articule
Parvoies mots passés lãmode
Montre
Où
Forclose, gîte
La divine langue secrète.
XXXVIII
Appeler
Un zing
un zizing,
a thin thing fot think,
un tit zong,
un cal,
un mini-mini,
un miniminizwit,
Déux mòceaux parole potché-collé ioune anlè laute
défiguiré nett meîme,
saut-d’eau
qui dégraine
palabre sans réter,
sonne
t
ê
t
e
n
b
a
s
qui voup tout soudain
consonne
en estrange claicie fait nous réter bébé
becque-què-què guiòle-lo-lo laronde-dè-dè
dans le marigot intarissable
bouche alailai abreuvée dolo
èk lhouile sésame pou’ bonnes oreilles
les trois doigts mitan main gauche
trois bagHouses
dans la goule du masque
« souffleter le crépuscule
pr’alle pismidi’ng and « pinch my thing »
pr’alle caler mãnier le calao sourd-muet
Et tout avoir venir tourner niii
ni : il y a,
et avec avoir, savoir
aveugle même voir dans fil move
mort même ressisciter,
il n’ y a : ni
toute chose être cela, rencontre espace
attente et tension,
Il y a PAS / PAS ni sans il y a
Il y a pas la parole pas tròp’
pas en trope ni en figue hure ahurie
Il y a pas demeure la parole (quellèce ?)
ni pièce de mœurs pas pliss
Il y a pas même sésame la demeure
ni sésame en la demeure
ni césâmes ciel qui en-rhaut ciel,
Tout ce qui rubrique lubrique le bric-à-brac
buhu et bahã
« c’est-à-dire tohu et bohu »
Dire : « touhou oubouhou »
Bahut, mère des dieux
Blogodo blo
ce qui se courbe et ce qui s’ouvre
ce qui s’écarte et s’ajuste
ce qui s’arque et ce qui se voûte
ce qui se dresse et ce qui se ravine
ce qui tranche et ce qui se dilate
« viens et rache mon zèbe pour moi »,
« remue bien ton lachai’, woï, remue bien tout’ »,
Ce qui meurt et ce qui demeure
la terre au cochon-terre
et la beauté à la panthère
terre et vertes fougères
terre et lueur poussinières
ce qui meurt et ce qui demeure,
yélé, la lumière yélélé, la saltation à la lumière,
la termitière qui ajoute
joute terre à la terre,
le dieu qui ajoute, pour chaque terre,
à son faisceau petites baguettes
la fillette qui s’engrossit au fur à furon et à fil elle rondit
et monde aussi augmente,
le respé aux lhorizon la terre,
l’Estranger la figure inconnue,
son pied f l o u p
douce douce sur la terre
la terre à l’oryctère
et la beauté à la panthère.
XXXIX
Rappeler
Ruine et fureur
et errements funestes
que laisser blier ester
ce qui signe notre appartenance
au monde des messagers
nous intoduise répondants
Ruine, fureur
et errements funestes.
Paré de plumage, paré du rythme
avions poussé cri,
Dansé le dansé de l’hymen
souqué jambes et mains,
Avions parlé sur lhuile sésame
parlé sur fruits l’arbre amer
parlé sur sang chein
disposé tabac dessus fourmilière
mis sel (paroles) dans sésame
déclamé paroles réglées
dit le même sur le même.
Avions peint avec riz et terre rouge cavernes pierre
et avec paroles donné vie au trait
Fait cauris divination sauter haut dans mains
frappé à genoux terre
Mis au-dessus du soleil grand village en chemin.
Avions marché zigzagcochiqualpatte le long des routes
sauté sauté sauté en rond yeux clos,
soleil terre kulukutu.
Avions monté lézanges monté lésaints,
Maché dreitt anlè doètt
sauté sauté sauté en rond yeux clos,
comme çà douétt le coumencement la marche :
lévé doubout’, loué loa, rété doubout !
Avions versé gleau vénérable
goutte
pa’
goutte
sour orteils,
Versé braises et cendre fournaise sour corps,
faute bois, chauffé ak zos,
faute manman, tété grãnne,
Marché l e n t e l e n t e, chaque mouvement pied souour compas
par-delà lalala la mort,
sagesse qu’elle est ce mal
toutes articulation briguées bridées pour le
SAUT.
Cent milles coudées.
« Qui dit coudées dit ninivers »,
qui dit ninivers dit ravissement,
hyène aux yeux profonds
qui dit hyène dit
toute sagesse
qui dit sagesse dit
jeu l’enfant
deux fois né
Avions humé, aspiré, absorbé, modulé
voix lavoix.
« la bouche du masque refuse de se fermer »
La bouche du masque ne se ferme
ni ne parle à mince oreille.
Et, tel un serpent, la parole s’est enroulée lentour
tour la terre.
XL
Présenter
Bout de bois du dieu flottant dans l’azur, figure
Qui irradie et ordonne
Disparaite / paraite
Absence et extase :
Disparaite prend paraite
Paraite viré paraite
éclat déferlement lavie lans pli
danse sa liesse
Chose belle
fait vaciller l’anneau nuptial
fait ses franges frétiller
remue ses jupes
« remue bien, secoue tes seins
tambou parole dans ton zoreille »
marche cadansée
piaffe, saute
danse haut
Touner tout tourner
toudissement tounin-virer
tounin-dévirer
fait lavirõnne, virer-tounin,
c h a n c r e r
Ciel et terre entrelacés
cela arrive
oui, cela arrive,
ni ne
ni même quelque
ni même que
cela arrive
Bouquets Bouki (hébé hébé !) plimes becs piques
Babouquett griffes griffons fèves rouges fèves noires
Mouches rouges sang lézard laqueues courge laqueues cochon
Têtes rat’ becs cãnards malfini griffes panthères
Tête antilope cornes lagraisse capaulade
Pattes coq pagode
graine n’go
griffes escargots
tiges sorgho
Rhade jaune danse soleil
tombe
(couri après l’)
peint en jaune dans soleil jaune
cauris polis polis blanc blanc blanc
Tortue eau : courbure ciel.
Papillon : fleur matinale oseille.
Perles de hanches : luth du chien maigre
« hibiscus croître, corail s’espanir ».
Œil : petit rond.
Chiffon noir : commencement parole
tout chose commencement
(« Est-ce si loin, tout bien pesé ? »)
beaucoup parlers
Œil petit rond : monde beauté
grandeur silencieuse
eau couler sans réter
nage des poissons dans l’eau
chant des oiseaux, hirondelles
danse des gazelles
air et air
et vastes nuages roses vers la mer
violets par vers les montagnes
fleurs blanches ensoleillées
fleurs rouges d’ombres enveloppées
lin en fleur, tout d’azur
parfum de daphnés
parfum de lys et de thym
amandes de rônier
chevaux rouges au front blanc, carrousel
matin pousse
22 rayon soleil
tourner tout tourner
vent tournant
cloche dans le vent
étoile-sortilège
croisement de germes
enchevêtrement de brindilles
fleurs rouges d’ombres enveloppées
parfum âpres d’acacia
amandes de rônier
chevaux rouges au front blanc
fumée bleue de l’encens, spirale
serpent d’airain
tambour de pierre.
Partition noire et bleue (Lémisté 2)
Editions Obsidiane, 2015
Du même auteur :
Manteg (26/02/2021)
L’eau (I-V) (26/02/2022)
L’eau (VI-IX) (19/08/2022)
Le lointain (X) (26/02/2023)
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Le réel / Le jeu (XVI – XXI) (26/02/2024)
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