Monchoachi (1946 -) : Le masque (XLI – XLIV)
Le masque
XLI
Garder
Visible et invisible
l’un à l’autre ouverts
Passage ouvert par des voyelles
a e i o
aïo-aÎo-ïo
Ouverts par voyelles et souffle haut
poteries, meules dormantes
cupules pour puiser soleil et vent
Volée de sons, volée de pierres
bijoux et fibres rouges
Forgerons du monde dans l’air
Ogoun dans l’air
air dans l’air
dans l’air l’enclume
et en main bâton à tête serpent
frappant fer feu parole jique usque ad mortem
parures feuillage tressé avec bourgeons palmier
f l e u r s
Va-t-et-vient et souffle haut
Danse et danse tintinabulant
Bijoux cauris et calebasses l o n g u e s
oblongues
Rhombes
Alors vient
Il vient Nani, enfant rouge
petite pierre perlée perfilée
Pas Sésostris, Osiris percé, (si si !)
vivant et puis ce qui est sur sa bouche
Oris qui aspire les souffles
pierre de pluie : nourriture du ciel
V a – t – e t – v i e n t
va-et-vient dans l’air
dévoile et déclôt
laisse paraite l’apparaître
laisse paraite tels êtres et choses
fait osciller, articule présents et absents
manifestes et désapparus,
S’enroule autour
Toutt lentou’ la graine mil
Vloppé toutt alentou les délivres les engendrés
Plotonnin lentou
toutt corps vénérable intangible
toutt corps vénérable intangible
Deux mamelles jumelles que chatouille ouïe ! Ho !
Homo aequalis !
L’autre masque qui s’est baissé
et abaissé
là-bas là vers le couchant
(c’est cela qui vient).
Il vient
beau cheval noir
au milieu de l’orage
milieu l’oracle
milieu éclair et foudre
au milieu nuages noirs
entouré fleuves et lagunes
Shango, le dieu qui meurt
Shango Ladé
Shango Dounousi
fleurs et cortèges
joie du deuil
offrandes et offrandes qui donnent vie
joie ruisselante
cruches vin palme
chacha Séré Shango
danses funérailles
battements tambou bata
femmes ruisselant lhouile sa
rouissant oseille, rouissant bala
rameaux et branches tressés
cortège
joie du deuil
serpent roulé dessus la tête
gardien battants laporte
et les formules
et les 7 portes
masque bélier et flammes
regard du masque porte l’éclaircie
regard du masque, regard inaltéré de la bête,
toujours par delà, dans l’espace inépuisé
Et qu’il n’est enfin besoin pour perpétuer
que danser et PORTER masque de mortels
Le Grand Masque aux yeux ardents
en paix, en paix
AU BOUT DU ROULEAU
XLII
Se garder
Âpres figures et sobres
et mains diaphanes
Sans corps,
débordant tout’ côté, éclatés
fondus en un seul flux de vie :
Sont mortels vrais
impersonnels et inhumains
abandonnés au pur espace
à la terre, au ciel et aux dieux
confondus
dans une infinie extase.
Et derrière la vision du masque.
(« mon nom est personne »)
Cela que puissamment conjure la vision du masque
Et le mortiferrement des hommes les abominations
à contre-pente
montent,
Monte le fléau la langue pendante
encombrante,
dite et redite son seul corps
L’immense, la sinistre farce le Sujet épanuilindividimancipé
et toutt’ qualté bête,
à dessein egxgagéré à quele poin cherre, pa esprès !
et toutt’ qualté belté-coldcream
Et tout, EN FACE,
toisé coupé zyéux
représenté calqué répliqué dupliqué
mophrasé défiguré déchèpiyé mini-mini même
toutt’ le bric-à-brac
déplacé de l’Eksister,
la simple volupté d’être là : mo là,
la mélodie,
le chant tourbillonnant une infinie splendeur
mo là :
qu’y ajouter de pluse,
Oui, qu’y ajouter qui ne nous encombre, oscurcit
Détourne en prendre la plaine mesure ?
XLIII
Regarder
« On n’attend que le regard des dieux ».
On attend le regard des dieux et des ancêtres,
La colonne qui va s’acheminer lente lente
vers la place de la danse,
lente lente vers. Il n’en est point. Pas ni. Âme qui vive.
Dans l’attente,
dans l’attente des choses immuables
Soleil fait couler sueur
odeur de fleur, odeur de terre nourricière
chant de tourterelle
chiens jambes tirent ses pieds
vitement pressés
On attend
Force et bonté.
La scène est toute la terre
le masque est la terre
car masque est la terre
masquouloucoucou andcommensurable,
ses yeux sont de bons yeux
cauris l’entour ses yeux, eau fraîche
ses amoureux l’attendent,
les tambours parlent.
On attend le regard des dieux.
Il n’est guère que l’attente et la bonté
A pouvoir soutenir durablement le regard,
Même la bonté y défaut à quelque instant.
Sans doute parce que l’attente absolue,
Comme la bonté absolue,
Ne se rattachent l’une comme l’autre à rien,
L’une ne se comble de rien,
quand l’autre ne s’épuise en rien.
Attente et bonté absolues,
tout comme est absolu le silence du masque,
impénétrable l’arcane de ses yeux vides.
SI précieux le retrait qu’IL FAUT
ores
à conjurer la Menace
à éventer les simulacres,
« faire retour à la racine »
répondre à la Présence
pour çà
enfondrer ce monde-CI
« du bon boulot ».
On attend éperdument que le regard des dieux
Vienne nous ravir
et nous remplir de l’attente,
l’infinie attente
à même
ouvrir le voir
XLIV
« La chose qui saute »
Mort et résurrection,
présence et majesté céleste,
« De l’Est viennent les choses qui sautent,
elles viennent de l’Est
avancent en sautillant ».
« Mère
lionne
éclaire
tes enfants
sur ce qu’
est
la contrée de
la clarté
L’hyène est dans la caverne les yeux enfoncés
dans les orbites ».
La mort : mariage, pariage,
quoi d’autre,
« bref le cosmos continue ».
masque aux 22 yeux de Vénus
ornements bèbel fil pite
n’dege sur le corps,
aux six jointures premiers points corps
éduquées, dressées
tendues pour le bondissement,
au nœud que-de. Que-de-que-de
Au nœud de l’aile :
légereté,
au nœud de l’angle :
pour frapper le fer rouge,
à l’endroit de la fermeture du bras :
don et accomplissement,
à la jointure du milieu : la semence,
la dette due à l a terre,
au nœud du bâton de la tête :
la parole en acte,
au nœud du pied : ,
tension, rythme, gestes mesurés.
L’articulation est la clé
quand à aller lège à la terre et au chant
la terre mal égale
certaine nécessité d’euphonie et de rythme,
certaine alternance vocalique.
certaine fluctuation.
l’Harmonie commande.
L’articulation est essentielle au monstre
celui qui retrait et revient
celui qui retire sa face
celui qui est à l’intérieur de son jour
celui qui vit dans le silence
celui qui repousse les ignorants
celui qui bondit et porte la joie.
(mais qui mélé m’!)
Du coude à la bouche, badé full,
coeu-pòpòse dodoméa
Tout ça qui s’peut gargaver bourrer embecquer engosier valer enfaler
Yõnn pas yõnn ousnon mélangé en calalou migãnné
Poisson banda, poisson bòzò, chèlbè, biencampé, enpimpant
Poisson calé-kò, poisson bama gros sel grillé poché sauté soufflé
Escréments fèmentés plein vè plein loulou sou canapé
Farine èk sauces sautrelles boucãnées rat’ enfumés
Margouillat à la béchamel guiole poliyis lasauce-tit-malice
Acras souskaï dolphine mousse lagraisse léphant
Tout en chantant très brenzing-brenzeng très còlett flonflon
Tout ca en chantant mélopées sur mélodies
mélodies su’ bamboula
Sexes en érection balancés en bandouliè
danses et rires et pets ék bakãnnal sans manman
Tout en bivant bivant fòce piment crasé dans dleau épi miel,
Lavérité mèciibondié pas ni lendreitt ni lenvès
Ni viz-a-vis
Ni douvant-dèyé
Rayon miel
Doigt
Là
Pas ni
Présent-présent
Pièce côté
Présent-
Y oscuro
Partition noire et bleue (Lémisté 2)
Editions Obsidiane, 2015
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