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Le bar à poèmes
2 septembre 2024

Horace / Quintus Horatius Flaccus (65 av. J.-C. - 8 av. J.-C,) : « Trop longtemps le Père... » Iam satis terris ... »

 

 

 

Trop longtemps le Père a jeté sur terre

neige et grêle atroce et sa dextre rouge

sur les monts sacrés a laissé tremblante

          Rome, tremblantes

 

les nations de peur que revienne l’âge

où Pyrrha pleurait ces nouveaux prodiges :

voir Protée menant vers les hautes cimes

          paître ses bêtes,

 

les poissons perchés au sommet des ormes,

ce séjour, naguère, pour les colombes,

et les daims farouches nageant dans l’onde

          dévastatrice.

 

Que ne vîmes-nous ? – Les flots d’or du Tibre,

dévaster, jetés loin des bords étrusques,

et les monuments d’un roi et le temple

          de nos vestales

 

quand le fleuve-époux d’une Ilia dolente

qu’il vengeait, malgré Jupiter lui-même

hors de lui, roulait sur la rive gauche

          ruine et sinistres.

 

On dira le fer aiguisé des luttes

entre citoyens, non les guerres perses,

à ces jeunes que le forfait des pères

          laisse trop rares.

 

Quand l’empire croule, quel dieu le peuple

priera-t-il encor ? par quels chants les vierges

lasseront Vesta qui se tient hostile

          à leurs prières ?

 

A qui Jupiter confiera la tâche

d’expier le crime ? Pourtant, réponds à

nos suppliques, ceint de nuée candide,

          viens, ô prophète

 

Apollon, ou toi, riante Erycine,

dont Amour et Joie font l’heureux cortège,

ou, si tu reviens vers ta race en peine,

          toi, l’origine,

 

rassasié d’un jeu harassant, que charment

les clameurs levées et les casques lisses

et les yeux du Maure sur sa victime

          déjà sanglante,

 

toi, sinon, ailé, imitant l’image

d’un jeune homme, fils de Maïa la sainte,

sois nommé « vengeur de César », accepte

          notre prière,

 

tarde à regagner ton séjour céleste,

reste encor, heureux,  chez ton peuple, à Rome,

et que ta colère contre nos vices

          comme un grand souffle,

 

ne t’emporte, ici, jouis de tes triomphes,

aime, ici, le titre de père et prince,

et punis l’orgueil impudent des Mèdes –

          ô, César, règne !

                                         (Odes, I,2)

 

 

Traduit du latin parAndré Markowicz,

In, André Markowicz : « Partages 2015-2016 »

Editions Mesures, 2022

 

Du même auteur« Le puant Mévius... » / « Mala soluta nauis exit alit... » (02/09/2025)

  

 

Iam satis terris nivis atque dirae

 

grandinis misit pater et rubente

 

dextera sacras iaculatus arcis,

 

          terruit urbem,

 

 

terruit gentis, grave ne rediret

 

saeculum Pyrrhae nova monstra questae,

 

omne cum Proteus pecus egit altos

 

          visere montis,

 

 

piscinum et summa genus haesit ulmo,

 

nota quae sedes fuerat columbis,

 

et superiecto pavidae natarunt

 

          aequore dammae;

 

 

vidimus flavom Tiberim retoris

 

litore Etrusco violenter undis

 

ire deiectum monument regis

 

          templaque Vestae,

 

 

Iliae dum se nimium querenti

 

iactat ultorem, vagus et sinistra

 

labitur ripa Iove non probante u-

 

          xorius amnis;

 

 

audiet civis acuisse ferrum,

 

quo graves Persae melius perirent,

 

audiet pugnas vitio parentum

 

          rara iuventus.

 

 

Quem vocet divum populus ruentis

 

imperi rebus? prece qua fatigent

 

virgines sanctae minus audientem

 

          carmina Vestam?

 

 

cui dabat partis scelus expiandi

 

Iuppiter? Tandem venias precamur

 

nube candentis umeros amictus

 

          augur Apollo;

 

 

sive tu mavis, Erycina ridens,

 

quam Iocus circum volat et Cupido;

 

sive neglectum genus et nepotes

 

          respicis auctor,

 

 

heu nimis longo satiate ludo,

 

quem iuvat clamor galaeque leves

 

acer et Marsi peditis cruentem

 

          voltus in hostem;

 

 

sive mutata iuvenem figura

 

ales in terris imitaris almae

 

filius Maiae patiens vocari

 

          Caesaris ultor,

 

 

serus in caelum redeas diuque

 

laetus intersis populo Quirini

 

neve te nostris vitiis iniquum

 

          ocior aura

 

 

tollat: hic magnos potius triumphos,

 

hic ames dici pater atque princeps,

 

neu sinas Medos equitare inultos

 

          te duce, Caesar.

 

 

 

Poème précédent en latin :

  

Ovide : Pénélope à Ulysse / Pénélope Ulixi (26/01/2024)

 

Poème suivant en latin :

 

Catulle / Caius Valerius Catullus : « Perle des presqu’îles et des îles,Sirmione... » / « Paene insularum, Sirmio... » (20/02/2025)

 

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