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Le bar à poèmes
3 mars 2024

Alexandre Sergueïevitch Pouchkine / Александр Сергеевич Пушкин (1799 - 1837) : A un rêveur / Мечтателю

Monument Alexandre Pouchkine par  Robert Bach, dans le jardin du lycée de Tsarkoïe Selo à  Saint-Pétersbourg, (Léningrad),1899

 

A un rêveur

 

Dans les affres d’amour tu trouves tes délices,

                    Il te plaît de te voir en pleurs,

Rongeant ta fantaisie d’une flamme factice,

Et ta mélancolie est douce au fond du cœur.

Tu n’es pas amoureux, crois-moi, rêveur candide.

Si tu étais touché, quêteur d’émois languides,

          Par la folie terrible de l’amour,

Si son poison brûlait tan sang de jour en jour,

Si dans les longues nuits des insomnies pesantes,

           Lentement taraudé par la douleur.

                    Tu cherchais un sommeil trompeur,

          Fermant en vain des paupières brûlantes,

Si comme on serre un corps, toi, tu serrais tes draps,

Si d’un désir sans chair te desséchait la rage, -

                    Crois-moi, tu ne nourrirais pas

                    Ces rêveries qui vous ravagent !

                    Non, non : tombant à deux genoux

          Aux pieds de ta maîtresse impitoyable,

                    Tu supplierais les dieux jaloux :

« Dieu, éloignez- de moi l’image insupportable,

          Rendez-moi ma raison qui fait défaut ;

Je n’en peux plus d’aimer ; donnez-moi du repos... »

Mais l’amour ténébreux, l’image inoubliable,

          Ils resteront gravés jusqu’au tombeau.

 

                                                                             1818

 

 

Traduit du russe par André Markowicz,

In, « Le soleil d’Alexandre. Le cercle de Pouchkine 1802 – 1841 »

Actes Sud, éditeur,2011

 

Pour un rêveur

 


Trouvant la volupté dans ta douce folie


          Heureux, tout en versant des pleurs,


D’une flamme secrète, en ta mélancolie,


          Content ainsi que d’un bonheur,


Crois-moi, tu n’aimes pas, ô rêveur qui soupire...


Il ne t’a pas frappé, chercheur d’émotion,


Le véritable amour en son affreux délire,


Ton sang n’a pas brûlé de son cruel poison,


Sans sommeil dans la nuit, durant de longues heures,


Cet amour ne t’a pas lentement torturé,


Tu n’as pas attendu que le sommeil t’effleure,


Fermant toujours en vain tes yeux désespérés ; 


Et, serrant contre toi tes chaudes couvertures, 


Consumé longuement dans le feu du désir,


Tu n’as pas prodigué tout ton cœur en pâture


          Au rêve où tu trouves plaisir.


Sinon, tombant aux pieds de ta maîtresse altière,


          Pâle, éperdu, tremblant, tes cris


Imploreraient les dieux de la céleste sphère


          Afin qu’ils te rendent l’esprit.


Tu crierais : « Oh ! pitié ! Retirez cette image,


Je ne veux plus aimer, rendez-moi ma torpeur ! »


Mais ce funeste amour régnerait sans partage


               A jamais sur ton cœur


                                                             1818
 

Du même auteur :

« L’astre du jour éteint sa flamme rougeoyante… » (13/03/2015)

Elégie (12/03/2016)

« Tel l’enfant animé d’un pouvoir enchanteur… » (03/03/2017)

« Lorsque j’erre, songeur… » (03/03/2018)

« Tout mais ne pas devenir fou ... » (03/03/2019)

Conversation entre le libraire et le poète / РАЗГОВОР КНИГОПРОДАВЦА С ПОЭТОМ (03/03/2020)

Quand j’ai, parfois, dans le silence... » (03/03/2021)

A Tchaadaïev / Чаадаеву (03/03/2022)

Matin d’hiver / ЗИМНЕЕ УТРО (03/03/2023)

« Pourquoi nourrir avant son heure ... » / « Зачем безвременную скуку... » (03/03/2025)

Le souvenir / ВОСПОМИНАНИЕ (03/03/2026)

 

 

Мечтателю

 

Ты в страсти горестной находишь наслажденье;

Тебе приятно слезы лить,

Напрасным пламенем томить воображенье

И в сердце тихое уныние таить.

Поверь, не любишь ты, неопытный мечтатель.

О если бы тебя, унылых чувств искатель,

Постигло страшное безумие любви;

Когда б весь яд ее кипел в твоей крови;

Когда бы в долгие часы бессонной ночи,

На ложе, медленно терзаемый тоской,

Ты звал обманчивый покой,

Вотще смыкая скорбны очи,

Покровы жаркие, рыдая, обнимал

И сохнул в бешенстве бесплодного желанья, —

Поверь, тогда б ты не питал

Неблагодарного мечтанья!

Нет, нет! в слезах упав к ногам

Своей любовницы надменной,

Дрожащий, бледный, исступленный,

Тогда б воскликнул ты к богам:

«Отдайте, боги, мне рассудок омраченный,

Возьмите от меня сей образ роковой!

Довольно я любил; отдайте мне покой!»

Но мрачная любовь и образ незабвенный

Остались вечно бы с тобой.

Poème précédent en russe :

Marina Tsvétaïeva / Марина Ивановна Цветаева : « Dis-tance : des verstes, des milliers... » / « Рас-стояние: версты, мили… » (26/09/2023)

Poème suivant en russe :

Kari Unksova / Кари Васильевна Унксова : Stances classiques / КЛАССИЧЕСКИЕ СТАНСЫ (13/05/2024)

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