Jacques Josse (1953 -) : « La brume a mis la mer... »
La brume a mis la mer dans son ventre.
Elle a ensuite été chercher les danseurs déçus
à la sortie du bal. Elle a raboté la falaise pour
eux. Elle a fait taire les mouettes pour eux.
Elle a décidé que le désir des sirènes valait
mieux pour eux. Puis elle a jeté la voiture
dans le coton gris des contrées sans contours.
Elle n’a accepté ni fleurs, ni pleurs, ni remer-
ciements.
*
Dieu n’y est pour rien, et la brume en est
certaine qui assite au naufrage d’un chalutier
près des Héaux de Bréhat.
*
La brume n’a pas voulu déranger le veilleur
penché sur son livre. Ce visage creusé sous la
lampe semblait déjà mangé par les plis du bois
et de la terre. Elle a juste déposé son haleine en
fine gouttelettes transparentes sur la dernière
vitre allumée de la ville.
*
Elle est contente. Elle joue avec la pesanteur.
Elle a concassé le ciel qui s’effrite et retombe en
évitant le lit des rivières.
*
Hier soir un homme s’est pendu avec la
laisse de son chien. Les brumes de la vallée n’ont
rien dit. Elles regardent encore les deux jambes qui
se balancent au-dessus des marais, des roseaux.
Revue « Le nouvel Ecriterres, N° 4, Hiver1990/91 »
29 720, Plonéour-Lanvern, 1991
Du même auteur :
« J’ouvre le livre… » (03/10/2016)
« Dès l’aube, la brume… » (03/10/17)
