Pablo García Baena (1923 - ) : Juin / Junio
Juin
Ô je sais, je partirai à ta recherche
lorsque l’automne accablera la terre de ses fruits détrempés,
lorsque les jeunes filles passeront en mordant les grappes
comme si c’était des lèvres,
lorsque les hommes verront leurs jambes musclées
se teindre du sang pourpre de la vigne
et qu’une chanson flottera dans le froid bleuté du soir blet.
Ô je sais, je partirai à ta recherche.
Lorsque le baiser épanoui de l’ultime laurier-rose tombera
dans la rivière
je chercherai tes pas sur le sable tiède
où ton corps expirait sous le mien
comme une tige verte dans le midi en suspens.
Ô je sais, je partirai à ta recherche
lorsque le cygne endormi de l’automne battra des ailes
dans son nid ;
mais Juin est maintenant un berger silencieux
que couronnent les ors sacrés de la trille,
et moi je bois dans ton corps la musique nue
qui languit dans les longs violons de la sieste.
Ô je sais, je partirai à ta recherche
lorsque la campagne se réveillera de la léthargie jaune
des élytres
mais maintenant c’est ton corps seul, ton corps contre
le mien,
tandis que Juin enflamme de bonheur les dernières montagnes,
et la rivière baise timidement nos pieds
comme si Narcisse nous contemplait dans la dilution de ses
yeux verts dans l’eau.
Traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet
In, « Poésie espagnole. Anthologie 1945 – 1990 »
Actes Sud / Editions Unesco,1995
Du même auteur :
Seul ton amour et l’eau… / Sólo tu amor y el agua... (27/04/2015)
Quand les messagers… / Cuando los mensajeros… (27/04/2017)
Enfant de chœur (27/04/2018)
Junio
Oh, sé que he de buscarte
cuando el otoño abrume con sus frutos goteantes
la tierra,
cuando las mozas pasen mordiendo los racimos
como si fueran labios,
cuando las piernas rudas de los hombres
se tiñan con la sangre púrpura de las vides
y quede una canción flotando en el azul helor de la tarde
madura.
Oh, sé que he de buscarte.
Cuando caiga en el río el beso desmayado de la última
adelfa buscaré tus pisadas sobre la arena tibia
donde tu cuerpo expiraba bajo el mío
como un talle verde en el suspenso mediodía.
Oh, sé que he de buscarte
cuando el dormido cisne del otoño aletee en su nido;
pero Junio es ahora un pastor silencioso
que coronan los oros sagrados de la trilla,
y yo bebo en tu cuerpo la música desnuda
que languidece en los violines lentos de la siesta.
Oh, yo sé que he de buscarte
cuando la campiña despierte del letargo amarillo
de los élitros;
pero ahora es tu cuerpo sólo, tu cuerpo junto al mío,
mientras Junio incendia la felicidad de los montes
más lejanos
y el río besa tímidamente nuestros pies
como si Narciso nos contemplara con sus diluidos ojos
verdes de agua.
Junio
Colección A quien comigo va, Malaga, 1957
Poème précédent en espagnol :
José Hierro : Lamentation /Lamentación (25/04/2016)
Poème suivant en espagnol :
Maria Victoria Atencia: Le pain dur / El duro pan (11/05/2016)
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