Ronny Someck (1951 -) / רוני סומק : Un chiffon brodé. Poème sur Oum Kalsoum
Un chiffon brodé.
Poème sur Oum Kalsoum
Elle avait une robe de soie noire
et les marteaux de sa voix enfonçaient des clous d’acier
dans un coude posé sur la table du café
de la place Strouma.
« J’ai accoutumé mes yeux à te voir
et s’il t’arrivait un jour de ne pas venir,
ce jour s’effacerait de ma vie. »
Je suis venu et j’ai effacé avec une éponge un aigle géant
dessiné à la craie
sur un morceau de nuage.
Sous ses ailes flottaient un chiffon brodé
que le cuisinier de la base militaire de Beer Ora
avait accroché après des années à la boutonnière de son
pantalon.
Je lui ai demandé quelques oranges
et dans le lecteur de cassettes, sa robe noircissait à nouveau.
Il a arrêté de ses yeux les vapeurs du déjeuner tout en
épluchant ses patates.
Qui est-ce qui chante, me suis-je hasardé, Oum Kalsoum ?
Il a acquiescé de la tête.
Je pouvais dévaliser toute la cuisine, çà lui était complètement
égal.
Traduit de l’hébreu par Emmanuel Mosès
Revue « Europe »
Du même auteur :
Bloody Mary (13/08/2016)
Albanie, vers la citadelle Kruja (13/08/2017)
Blues du troisième baiser (13/08/2018)
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