Stéphane Mallarmé (1842 – 1898) : Brise marine
Brise marine
La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l’ancre pour une exotique nature !
Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages,
Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots …
Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots !
1865
Du même auteur :
« Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui… » (11/06/2014)
Le Tombeau d’Edgar Poe (11/06/2016)
L’Azur (28/09/2017)
Sainte (28/09/2018)
« À la nue accablante tu... » (28/09/2019)
Les fleurs (28/09/2020)
Renouveau (22/03/2023)
Apparition (22/03/2024)
Ses purs ongles... » (22/03/2025)
« Ô si chère de loin et proche et blanche... » 04/08/2025)
![250px-Portrait_of_Stéphane_Mallarmé_(Manet)[1]](https://storage.canalblog.com/23/21/1201889/104683549.jpg)