Jean Mambrino (1923 – 2012) : Il suffit d’un rien
Il suffit d’un rien
DISPARAÏTRE DIT-IL
Lumière gelée
dans l’air.
Un feu dans la gorge
du geai
cajole
le soleil gris.
Ainsi ruse
le mystère.
X
Tu cries
supplies
mais qui
appelle ?
Tu vois
tu vas
vers ça.
Qui voit ?
Qui veut ?
Cà
n’est pas.
Tu veux.
Tu pries
supplies
qu’on ouvre
ta nuit.
Qui ouvre
le cri ?
D’
Un brin
d’herbe
raye le ciel
et la pensée.
Il suffit
d’un rien.
on a signé
PAR
L’herbe violente
douce à l’odeur
ouvre l’éclat
du jour.
Entre les rocs
les nœuds de pierre
les cicatrices
des temples
tremble ce rien
de vert.
VERS
Une tige porte
la tendre gloire
du bleu
la fumée
du contour.
L’arabesque
se défait
sous nos yeux.
Se refaisant
de ce peu
qu’elle est.
En suspens
Ɛ
Chaque brin
de passage
au lieu dit.
Sillage
d’une galaxie
Resserrement
du rien.
LÀ
Fenêtre pleine
de couleurs de parfums
d’espaces en fleurs.
S’ouvre aussi l’espace
dans ton cœur
tissée d’odeurs et d’oiseaux.
La lumière se retire
dans l’ouvert
par les feuillages.
Tu ne vois que le jardin.
PLUS
D’où l’esprit contient-il
la voie lactée des cimes
la cortège immobile
derrière la distance
l’espace entre les neiges
l’abondance de l’or ?
La vision des Trônes
donne l’impossible.
Une seule abeille
mesure l’immense.
Tout l’été là-bas
brûleront les neiges.
ICI ?
La mer ce matin respire
en dormant, les lèvres
entrouvertes. Elle s’efface
dans le néant vermeil,
efface le poids, le sel,
le poids du vent, des vagues,
la merveille du mouvement
du ciel dans les vagues,
l’abîme qui montre ses dents
d’écume. La lumière est plus lisse
que le soir, ce matin. La mer
après la mer, avant la mer,
après le temps, offre l’image
du présent qui n’attend presque
rien
TOUJOURS
L’aube ouvre sur l’eau
ses paupières.
Le miroir est sans tain.
L’immensité s’y mire
apprivoise les lointains.
Nul n’admire la mer en son absence.
Lorsque le temps (le temps !) est beau
les oiseaux sortent de la lumière.
Ils ignorent ce tonnant silence.
APRÈS
L’eau bariolé de nuages
de mirages de moires
partage la forêt
la mélange à son miroir
insinue le ciel jusqu’aux racines.
Qui la reconnaît
en son intime
y retrouve regards images
issus d’un autre temps
qui sans bouger ruisselle.
Une forêt sans feuilles ni ciel
où jadis est le nom du vent.
LE
Le vent coule si paisible
sur le sommeil de la prairie
que les herbes semblent
inventer la brise en rêve.
Et les nuages passent sans bouger
tellement ils sont haut et loin
de nos pensées.
Et les pensées se perdent
dans le bleu d’un autre ciel.
Alors respire le rien.
CETTE
La pointe du regard
erre ralentit.
L’abondance,
le mystère des lignes.
La figure cachée.
Une feuille rougit
fait signe.
Parmi les fleurs les étoiles
les visages.
Unique ce qui est aimé.
ALORS
Ouvre les yeux
donne naissance.
L’arbre majeur
en un clin d’œil.
La mer tanguant
de bonheur.
Le tronc humain
avec ses feuilles.
Au fond des mains
la vie tracée.
Et les visages
pleins de rumeurs.
Ferme les yeux
tourne la page.
Tout recommence.
ainsi ruse le mystère
Editions José Corti, 1983
Du même auteur :
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