Roger Munier (1923 – 2010) : "Tant que tu peux revenir..."
(…)
Tant que tu peux revenir, tu n'as pas vraiment fait le voyage.
Si tout est rêve, la mort l'est aussi. A moins qu'elle ne soit le réveil.
On n'est peut-être pas plus réellement mort, dans la mort, qu'on n'est,
dans la vie, réellement vivant.
Il faut effacer la vie de temps en temps. C'est pour cela qu'il y a la nuit,
le sommeil.
La vie passe lente, dans l'arbre d'automne. Vie heureuse, languide, apaisée.
Se préparant au long sommeil.
La mort, quand elle oeuvre, est-elle dans l'être ou dans le néant ?
Il faut que le corps se repose. Que l'esprit se repose. Et le coeur. Que l'amour
se repose.
Mort : la dernière et suprême fatigue, insurmontable, insurmontée
Quand viendra la mort, il n'y faudra plus y penser, pour qu'elle soit la mort.
Il faudra ne plus penser
Je vis encore... Tremblement heureux dans cet "encore". Mais je ne vis plus
en effet qu'encore. Est-ce vivre encore?
Dans la mort je me reposerai en moi, ne reposerai qu'en moi. C'est pourquoi
il importe, dès que vivant, d'être à soi-même son repos.
C'est la sortie du monde qui est arrachement, agonie. L'entrée dans le néant
ne peut qu'être inapparente et douce.
Peut-être la mort est-elle incosolable d'être la mort?
Nul ne pourra jamais dire si c'est la vie ou la mort qui a le dernier mot.
Peut-être qu'aucune des deux ne l'a?
Au moment de la mort, la vie n'est plus que ce qu'elle est : de peu de poids.
.....
Requiem, Editions Arfuyen,1989
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