Jean-Pierre Otte (1949 -) : Le monde blanc
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Le monde blanc
Les rafales de vent froid déportent
corneilles, colères et objection. Puis,
c’est le grand calme. On observe partout
des reflets clairs, des étincelles de pur cristal,
les tisons rouges sous le verglas.
Les chemins sont scellés de verrous blancs.
Il neige à l'intérieur des miroirs
La blancheur obsède, un silence incantatoire
s’empare puissamment de l’être errant
au bord des ravines, aux limites du temps.
S’effacent les traces, les fards, les vestiges
de la nuit au revers des congères.
Il neige à l’intérieur des miroirs.
Le vent change de cap, emportant ailleurs
les vols de corneille, arrachant aux arbres
de grandes voiles crissant de cristaux.
Rien ne me presse, tout m’interpelle.
La blancheur s’abîme dans ma chair
en même temps que je m’abîme en elle.
Il neige à l’intérieur des miroirs.
Le regard passe et repasse en navette
sur des choses qu’il ne distingue pas.
Les rivières charrient des vitres.
La lumière oblique prolonge l’ombre ;
elle débusque à l’aube
des brumes blanches qui se balancent
Il neige à l’intérieur des miroirs.
Absente, la femme prend en moi
une présence plus intime et
intense dans l’empire de la transparence,
des reflets légers multipliés partout.
L’esprit s’évanouit aux rives du monde blanc,
le souffle se fige tel un vol en suspens.
Il neige à l’intérieur des miroirs.
Revue « Décharge, N°195, Septembre 2022
Les Palefreniers du Rêve, 89000 Auxerre
Du même auteur : Te pénétrer (05/09/2025)