Mamé Alan, épopée kurde (14ème siècle) : La fontaine de Qastal (3)
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La fontaine de Qastal
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« - Je suis Mam, et j’ai la tête chaude.
Depuis six mois, je poursuis cette aventure ; j’ai abandonné mon trône et ma
couronne.
Je sais bien que je ne ramènerai jamais cette carcasse au pays.
Zin, apprends que Hassan, Tchako et moi, et Quarâtadjin sont mes frères jurés.
Je ne me soucie e personne.
Veux-tu que je dégaine mon sabre ?
Je n’ai nulle pitié pour les grands et les notables de Djézir, mais je redoute de
répandre le sang de malheureux n’ayant commis aucune faute.
Pour en finir, si tu t’obstines, j’arracherai moi-même le voile qui te couvre les yeux ;
Je te mettrai dans les mains une coupe d’eau, que je prendrai ensuite de tes doigts.
J’obtiendrai de toi ce que je désire, par la force. »
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Zin répondit : « Mam, mon cœur souffre,
Je ne pensais pas entendre de tels propos de ta bouche.
Veux-tu m’effrayer avec ton sabre ?
Même si tu livres mon corps à la gueule de ton lourd cimeterre de Lahore,
Même si tu me haches menu, si tu me jettes sous les sabots de Bozé Rawân,
Tu ne réussiras pas à soulever le voile qui me cache le visage.
Car cela n’est pas permis par la loi de notre pays de Djézir. »
« Zin, tu ne me reconnais pas ! Je suis Mam,
Je suis pareil à un faucon que l’on porte sur le poing, les serres sanglantes,
rouges comme le vin, le jabot jaune et le plumage doré.
Je ne suis ni un Turc, ni un Persan, mais un Kurde au corps d’acier, à la tête
dure, au cœur blessé.
Je ne suis pas venu à la Fontaine de Qastal, au milieu des filles pour faire rire
de moi.
J’ai payé assez cher pour acheter aux trois frères la propriété de la source,
Il y a trois jours que je travaille pour en obtenir les titres, argent comptant,
Les voici, je les ai en poche, je les porte sur moi.
Je suis venu examiner les environs et les dépendances de la Fontaine,
Suivant la coutume de Djézira Botân, je puis exiger de vous toutes une
amende considérable, puisque vous avez pénétré sur cette terre sans
autorisation. »
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Mam se tourna alors vers le groupe des filles de Djézir.
Il dit : « Jeunes filles, soyez sans crainte, je ne vous demanderai rien.
Lorsque les gens vont à la ville et s’installent au café, en compagnie de leur
agha,
C’est à eux de boire, mais à leur chef de payer l’écot.
C’est avec Zin que vous êtes venues à la Fontaine de Qastal, près de l’eau des
Roses,
Elle s’acquittera de l’amende pour vous toutes. »
Revenant auprès de Zin, Mam dit : « Zin, j’ai toute ma raison, je ne suis pas
fou !
Je vais porter la main à la garde de mob sabre de Lahore, et dégainer.
Mais je ne vais pas souiller ma lame avec du sang de femme.
Ignores-tu que je te prendrai de force une coupe d’eau ? »
Zin vit que Mam était en proie à une colère aveugle, à une fureur violente,
Et qu’elle ne pourrait rien pour le calmer.
A son arrivée, Mam avait dit : « Je vous souhaite bonne matinée ! » Elle lui
répondit alors, avec un signe de tête et des yeux.
Elle ôta son voile de citadine,
Revenant à la mode des tribus Kurdes.
Elle puisa une coupe d’eau et, de sa main,
La tendit à Mam, qui la prit, et but.
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* *
Zin dit : « Mamo, doucement, doucement !
Tu es, ce matin, semblable à un faucon dont la bruine a mouillé les ailes et le
plumage.
Et qui a quitté ton pays, la Cité d’Occident, sois le bienvenu à Djézir, chez
celle qui t’aime. »
Alors Mam abandonna les étriers.
Il mit pied à terre près de la fontaine de Qastal. De même que, lorsqu’un
épervier fond sur un vol de ramiers,
Tous s’enfuient, un seul reste ;
Ainsi Mam s’empara de Zin. Il s’assit au bord de la source, près de l’eau des
Roses,
Et brunes et blondes s’enfuirent à grands cris.
Alors, tous les malandrins de Djézir, jusqu’au dernier,
Mirent la main à la garde de leurs sabres,
Et marchèrent en direction de Mam et de Zin, dans le dessein de les tuer,
Ils coururent en foule vers la Fontaine de Qastal, vers l’eau des Roses...
Traduit du kurde par Roger Lescot
In, « Textes kurdes. II »
Institut Français, Beyrouth, 1942
Du même auteur :
La fontaine de Qastal (1) (18/07/2024)
La fontaine de Qastal (2) (18/07/2025)