Gaston Miron (1928 -1996) : Jeune fille
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Gaston Miron en 1985. Photo Michel Gravel. Archives "La Presse".
Jeune fille
Jeune fille plus belle que toutes nos légendes
de retour à la maison que protège les mères
secrète et enjouée parmi les êtres de l’été
elle aimait bien celui qui cache son visage
sur mon corps il ne reste que bruine d’amour
au loin les songes se rassemblent à sa taille
pour les bouquets d’eau de ses yeux trop beaux
les yeux qu’elle a lui font trop mal à l’âme
jeune fille plus perdue que toute la neige
les ans s’encordent sur mes longueurs de solitude
et toujours à l’orée de ta distance lointaine
les mille essaims de sourire encore m’escortent
j’en parle à cause d’un village de montagnes
d’où s’envolent des rubans de routes fragiles
toi et moi nous y fûmes plusieurs fois la vie
avec les bonheurs qui d’habitude arrivent
je parle de ces choses qui nous furent volées
mais les voudra la mort plus que l’ombre légère
nous serons tous deux allongés comme un couple
enfin heureux dans la mémoire de mes poèmes
*
Jeune file plus belle que les larmes
qui ont coulé plus qu’averses d’avril
beaux yeux aux ondes de martin-pêcheur
où passaient les longs-courriers de nos désirs
mémoire, ô colombe dans l’espace du cœur
mes mains sont au fuseau des songes éteints
je me souviens de sa hanche de navire
je me souviens de ses épis de frissons
et sur mes fêtes et mes désastres
je te salue toi la plus belle
et je chante
(La marche à l’amour)
L’homme rapaillé,
Editions Typo, Montréal,1998
Du même auteur :
La marche à l’amour (30/08/2014)
Les siècles de l’hiver (30/08/2015)
Monologues de l'aliénation délirante (30/08/2016)
Ma femme sans fin (07/08/2018)
Poème de séparation 1, 2 (30/01/2021)
Pour retrouver le monde et l’amour (30/01/2022)
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« Chaque jour je m’enfonce... » (30/01/2024)
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