José Herrera Petere (1909 – 1977) : Le voyage secret
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Colección Fotográfica José Herrera «Petere»
Le voyage secret
Je veux dire au train de ne pas m’attendre
car j’ai un fleuve de deuil à ma ceinture
et une étrave de glace dans la gorge.
Ne m’attends pas au train qui t’en va aux champs,
vers le nord bleu et vers le midi haut
qui t’en va chantant allègre les coteaux et le feu.
Non, ne m’attends pas, train du soir,
train gracieux des pins,
car j’ai la poitrine blessée et dans le sang
des couleuvres rouges.
Oh train de soleil, je ne peux t’accompagner
des arbres passent comme des mains pâles,
des recoins noirs m’assujettissent
avec ses larmes de fumée parmi les forêts
aux noirceurs gelées,
car des cavernes noires m’assourdissent,
car de grands arbres se dressent plus grands,
car les cendres et la douleur m’attendent
dans les plaines brûlées,
que jusqu’à la nuit on ne pourra entendre des trains
- ferveurs et clameurs dans les basses campagnes –
qui aillent vers l’Espagne !
Oh train de nuit emporte-moi avec toi
chargé de métaux et de lumières
de cœur, de rocs et de fers
et ne t’arrête qu’aux aigres cimes !
Traduit de l’espagnol par Charles Mouchet
Editions jeune poésie, Genève,1965
Du même auteur : Arbres / Arboles (23/08/2018)