Mohammed al-Faytoury (1930 - ) /محمد الفيتوري : Le déluge noir
Le Déluge noir
L’aube a blanchi ton front,
O terre d’Afrique
L’aurore a éclairé tes entrailles noires et humides,
Entends-tu les chants des nègres
Retentir lourds et terribles… ?
Aperçois-tu les visages des esclaves
Ricanant autour des cercueils des tyrans ?
Tu étais un immense cimetière
Que piétinaient les chevaux des conquérants,
Tu étais une chair pourrie
Qu’avaient crachée les siècles !
Terre des esclaves !
Afrique, pays des nègres déguenillés,
Va-nu-pieds.
Comment vivent-ils, dans leur nudité ?
Comment sont-ils des hommes, alors que leur peau est
couleur d’ébène,
Qu’ils allument leurs feux dans les grottes des montagnes,
Qu’ils logent leurs enfants dans le creux des arbres… ?
(…)
Afrique, pays des trésors,
Terre des nègres déguenillés et va-nu-pieds,
Je vins à toi un jour en nouveau conquérant…
Cherchant la fortune et la vie !
Des dizaines d’année durant, tu as courbé l’échine
Sous le poids lourd des péchés des païens…
Jusqu’à ce que la lumière du matin eut pénétré jusqu’à toi ;
Tu déchiras alors ton linceul
Et tu te redressas alors comme un géant qui regarde l’aurore
en face,
Qui détourne l’orientation des vents,
Et qui, de nouveau,
Ecrit en lettres de sang son histoire sur le front du soleil !
Entends-tu, Afrique, le chant des noirs,
Qui retentissent lourds et terribles ?
Vois-tu les visages des esclaves ricanant autour des cercueils
des tyrans ?
Traduit de l’arabe par Simon Jargy
Revue « Vagabondages, N°31, Juin 1981 »
Association Paris- Poète, 1981
Du même auteur : Il est mort demain (19/08/2014)
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