Miguel Angel Asturias (1899 - 1974) : Autochiromancie / Autoquiromancia
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Autochiromancie
Je lis dans ma main, ô Patrie,
si douce ta géographie.
Ma ligne de vie qui s’élève
suit le tracé de tes volcans,
puis redescend, ligne de cœur,
jusqu’à la base de mes doigts.
Mes mains sont ta superficie,
l’image vive de ta peau.
Carte de monts. Monts que je veux
appeler : Coutchoumatanès (1),
cimes qui montrent leur turquoise
au saphir de la Mer du Sud.
Que le Tacana (2), doigt géant,
garde l’entrée de la surprise
quand le maïs enfin se change
en grain comestible pour l’homme,
de ta chair céréale humaine.
Le mont diaphane de la Lune
est, dans ta main, un lac ancien
avec sur ses bords douze temples.
De là partit ton peuple enfant
- potier, sculpteur ou tisserand –
à la conquête de l’aurore.
Poussière de clarté dans l’ombre
harmonie au creux de ma main,
ma ligne solaire est la conque
profonde où j’entends retentir
les fleuves sourds, tels des atlantes,
d’autres rapides, suicidés.
J’écoute, l’oreille collée
au sol de ta carte vivante
que je porte ici dans mes mains,
carillonner toutes tes cloches,
clignoter toutes tes étoiles.
Pour mon mariage avec ma terre,
mes amis, je veux comme anneau
une luciole solitaire.
Que, l’immense nuit de ma mort,
ma tempe dorme sur ma main
à la luciole solitaire.
(1) : Hautes montagnes du Guatemala. Elles servaient de repère aux marins dans la mer du Sud
(2) : Volcan du Guatemala
Traduit de l’espagnol par Claude Couffon,
In, Miguel Angel Asturias : « Messages indiens »
Pierre Seghers, 1958
Du même auteur :
Le grand diseur évoque ceux qui passèrent (06/05/2016)
Marimba jouée par les Indiens /Marimba tocada por indios (06/05/2017)
Litanies de l’exilé /Letanías del desterrado (06/05/2018)
Técoun-Oumane (06/05/2019)
Si haut le Sud (06/05/2020)
Les Indiens descendent de Mixco / Los indios bajan de Mixco (06/05/2021)
Le grand diseur parle des hommes (06/05/2022)
Méditation devant le lac Titicaca / Meditación frente al lago Titicaca (06/05/2023)
Le Cuzco (Fragments) (06/05/2024)
Méditations du pied nu (06/05/2025)
Autoquiromancia
Leo en la palma de mi mano,
Patria, tu dulce geografía.
Sube la línea de mi vida
con trazo igual a tus volcanes
y luego baja como línea
de corazón hasta mis dedos.
Mis manos son tu superficie,
la estampa viva de tu tacto.
Mapa con montes, montes, montes,
los llamaré Cuchumatanes,
como esas cumbres que el zafiro
del Mar del Sur ve de turquesa.
El Tacaná, dedo gigante,
guarde la entrada del asombro
donde el maíz se vuelve grano
ya comestible para el hombre,
cereal humano de tu carne.
El monte claro de la luna
es en tu mano lago abuelo
con doce templos a la orilla.
De allí partió tu pueblo niño
—modela, pinta, esculpe, teje—
a la conquista de la aurora.
Polvo de luz en la tiniebla,
línea del sol en la canora
carne del cuenco de mi mano,
caracol hondo en que palpitan
atlantes ríos acolchados
y otros más rápidos, suicidas.
Oigo pegando mis oídos
al mapa vivo de tu suelo
que llevo aquí, aquí en las manos,
repicar todas tus campanas,
parpadear todas tus estrellas.
Al desposarme con mi tierra
haced, amigos, mi sortija
con la luciérnaga más sola.
La inmensa noche de mi muerte
duerma mi sien sobre mi mano
con la luciérnaga más sola.
Poème précédent en espagnol :
Luis Antonio de Villena : Royaume des Taifas / Reinos de Taifas (25/03/2026)
Autochiromancie
Je lis dans ma main, ô Patrie,
si douce ta géographie.
Ma ligne de vie qui s’élève
suit le tracé de tes volcans,
puis redescend, ligne de cœur,
jusqu’à la base de mes doigts.
Mes mains sont ta superficie,
l’image vive de ta peau.
Carte de monts. Monts que je veux
appeler : Coutchoumatanès (1),
cimes qui montrent leur turquoise
au saphir de la Mer du Sud.
Que le Tacana (2), doigt géant,
garde l’entrée de la surprise
quand le maïs enfin se change
en grain comestible pour l’homme,
de ta chair céréale humaine.
Le mont diaphane de la Lune
est, dans ta main, un lac ancien
avec sur ses bords douze temples.
De là partit ton peuple enfant
- potier, sculpteur ou tisserand –
à la conquête de l’aurore.
Poussière de clarté dans l’ombre
harmonie au creux de ma main,
ma ligne solaire est la conque
profonde où j’entends retentir
les fleuves sourds, tels des atlantes,
d’autres rapides, suicidés.
J’écoute, l’oreille collée
au sol de ta carte vivante
que je porte ici dans mes mains,
carillonner toutes tes cloches,
clignoter toutes tes étoiles.
Pour mon mariage avec ma terre,
mes amis, je veux comme anneau
une luciole solitaire.
Que, l’immense nuit de ma mort,
ma tempe dorme sur ma main
à la luciole solitaire.
(1) : Hautes montagnes du Guatemala. Elles servaient de repère aux marins dans la mer du Sud
(2) : Volcan du Guatemala
Traduit de l’espagnol par Claude Couffon,
In, Miguel Angel Asturias : « Messages indiens »
Pierre Seghers, 1958
Du même auteur :
Le grand diseur évoque ceux qui passèrent (06/05/2016)
Marimba jouée par les Indiens /Marimba tocada por indios (06/05/2017)
Litanies de l’exilé /Letanías del desterrado (06/05/2018)
Técoun-Oumane (06/05/2019)
Si haut le Sud (06/05/2020)
Les Indiens descendent de Mixco / Los indios bajan de Mixco (06/05/2021)
Le grand diseur parle des hommes (06/05/2022)
Méditation devant le lac Titicaca / Meditación frente al lago Titicaca (06/05/2023)
Le Cuzco (Fragments) (06/05/2024)
Méditations du pied nu (06/05/2025)
Poème précédent en espagnol :
Luis Antonio de Villena : Royaume des Taifas / Reinos de Taifas (25/03/2026)
Poème suivant en espagnol :
Francisco Brines: Allocution païenne / Alocución pagana (11/05/2026)