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Le bar à poèmes
7 mars 2026

Pierre Morhange (1901 – 1972) : Description

 

 

 

Description

 


On en avait du mal à sauver sa famille


Des chats affolés qui tirent leurs petits par la peau du cou


Ils courent dans le feu des incendies comme des brindilles


L’incendie de la fatigue nous noie


Le sac de la fatigue déjà porté par les os


Des animaux qui ne connaissent rien aux griffes nouvelles


Grandes comme des gueules des griffes en arc et affamées


Des griffes qui font de l’ombre grande comme des chambres


Des griffes partout installées comme des temples dans des forêts


Où on avait du mal à sauver sa famille


Les routes sont des pièges les champs cognent les pieds


Les plaies ont les hommes et l’instinct fait le guet


Les camions ont la nuit c’est l’ombre la plus grande


Elle entre dans les chambres dans les murs dans les lits


Et longtemps après les enfants tremblent


Ils vivent écrasés par l’ombre des camions


Les enfants ont des yeux d’oiseaux de nuit


Même en plein soleil prunelle est un soupirail


Et l’enfant vit en bas par son œil regardez


Il est dans une cave touche le salpêtre les murs noirs et gras


On en avait du mal à sauver sa famille


C’est vrai on courait parfois comme souris 


Et des hommes-chats les chats de l’ennemi


Têtes de foire têtes de conte aux lèvres aux yeux vernis


On en avait du mal à sauver sa famille


On joue sa vie sur les yeux d’un passant


Le passant ne sait pas trop ce qu’il fera


On joue sa vie aux cabarets crasseux


Que fera ce valet ? Que fera cette reine ?


Que fera ce persil et cette hallebarde


Ce profil blanc pincé de fil de fer


Et la plate couronne et ce bonnet noir ?


Imitons les furets


Et ressemblons 


Aux hérissons


Des oiseaux heureux grisés dans les branches


Recevons la chanson plus forte que nous


On en avait du mal à sauver sa famille


Généreux paysan général de ma vie


Tu nous a portés comme des agneaux


Dans la citadelle de tes failles


Tu as donné ton sang et pudique ton eau


Matrone sévère aux mendiants de vie


Matrone sévère aux mendiants perdus


O porte maudite fermée aussitôt


Il ne faut pas courir pour être entendus


Un jour nous aurons de merveilleux manteaux.

 

 

 

Le Blessé

 

Au Colporteur, 09200, Saint-Girons, 1951


 
 
Du même auteur : 

 

Le Dimanche (08/02/2016)

 

Paris (08/02/2017)

 

Au café (07/03/2025)
 

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