Pierre Morhange (1901 – 1972) : Description
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Description
On en avait du mal à sauver sa famille
Des chats affolés qui tirent leurs petits par la peau du cou
Ils courent dans le feu des incendies comme des brindilles
L’incendie de la fatigue nous noie
Le sac de la fatigue déjà porté par les os
Des animaux qui ne connaissent rien aux griffes nouvelles
Grandes comme des gueules des griffes en arc et affamées
Des griffes qui font de l’ombre grande comme des chambres
Des griffes partout installées comme des temples dans des forêts
Où on avait du mal à sauver sa famille
Les routes sont des pièges les champs cognent les pieds
Les plaies ont les hommes et l’instinct fait le guet
Les camions ont la nuit c’est l’ombre la plus grande
Elle entre dans les chambres dans les murs dans les lits
Et longtemps après les enfants tremblent
Ils vivent écrasés par l’ombre des camions
Les enfants ont des yeux d’oiseaux de nuit
Même en plein soleil prunelle est un soupirail
Et l’enfant vit en bas par son œil regardez
Il est dans une cave touche le salpêtre les murs noirs et gras
On en avait du mal à sauver sa famille
C’est vrai on courait parfois comme souris
Et des hommes-chats les chats de l’ennemi
Têtes de foire têtes de conte aux lèvres aux yeux vernis
On en avait du mal à sauver sa famille
On joue sa vie sur les yeux d’un passant
Le passant ne sait pas trop ce qu’il fera
On joue sa vie aux cabarets crasseux
Que fera ce valet ? Que fera cette reine ?
Que fera ce persil et cette hallebarde
Ce profil blanc pincé de fil de fer
Et la plate couronne et ce bonnet noir ?
Imitons les furets
Et ressemblons
Aux hérissons
Des oiseaux heureux grisés dans les branches
Recevons la chanson plus forte que nous
On en avait du mal à sauver sa famille
Généreux paysan général de ma vie
Tu nous a portés comme des agneaux
Dans la citadelle de tes failles
Tu as donné ton sang et pudique ton eau
Matrone sévère aux mendiants de vie
Matrone sévère aux mendiants perdus
O porte maudite fermée aussitôt
Il ne faut pas courir pour être entendus
Un jour nous aurons de merveilleux manteaux.
Le Blessé
Au Colporteur, 09200, Saint-Girons, 1951
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